General views about Art History


WUKALI a débuté depuis plusieurs semaines une série d’études d’Histoire de l’art sur les peintures de Léonard de Vinci, proposées par Jacques Tcharny. Il nous livre ici pêle-mêle pour Wukali divers morceaux-choisis

L’historien d’art possède le très rare privilège de pouvoir se projeter au coeur même des civilisations passées, d’en tirer un plaisir intellectuel et existentiel, une raison de vivre, et parfois même d’exercer une profession liée. Sa capacité éveillée et sensible d’introspection permet aussi de marquer le présent. A la dynamique historique, spirituelle et philosophique, à la méthode analytique, il ajoute tout son fond subjectif d’humanisme et de culture.


Pierre-Alain Lévy



CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L’ART D’UNE CIVILISATION


A: Phases du développement artistique d’une civilisation (cf René Huyghe L’ Art et l’homme) 

– 1 : l’archaïsme, pendant lequel apparaissent les tendances propres de la civilisation concernée qui cohabitent avec les influences des civilisations environnantes. Exemple : les débuts de l’art grec qui ont beaucoup regardé vers l’Égypte.|left>

-2 : le classicisme, qui synthétise la phase précédente puis s’approfondit spirituellement, vibre d’un souffle épique qui lui est personnel pour atteindre un apogée de ses vérités intrinsèques. Exemple : la Renaissance italienne dans la Florence des Médicis, l’art de Versailles sous Louis XIV.

-3 : le maniérisme qui connaît un essoufflement créatif, où redondances et répétitions entraînent un épuisement puis une crise spirituelle. Exemple : Parme au seizième siècle, la Chine des Song du sud.

-4 : le baroque qui voit une dislocation de l’élan vital et sa diffusion aux civilisations environnantes. Exemple : Rome au temps de la dispute entre le Bernin et Borromini.

B :Trois niveaux de lecture d’une œuvre d’art où d’une civilisation

Le mental : prépondérance de l’idée sur le reste

Le visuel  : domination de la conception par l’œil

Le technique : apogée de l’acte créateur de la main

Quand il y a dominante du mental dans l’évolution artistique d’une civilisation, c’est que cette dernière est à prépondérance archaïque. Si le visuel l’emporte, c’est le maniérisme qui domine. Si c’est le technique, la civilisation est d’essence baroque. S’il y a équilibre des trois, nous voyons le classicisme triompher.

LE CANON DES PROPORTIONS


Découverte empirique des sculpteurs grecs de la période classique (Phidias?). Jamais totalement oublié, tout au moins par les écrits de l’Antiquité classique. Codification par les artistes et les historiens d’art de la Renaissance florentine du Quatrocento.

Il se définit comme suit : le rapport de proportion de la tête à l’ensemble du corps, donc il s’applique aussi bien en peinture qu’en sculpture.

Le rapport classique est de 1/8 : ce fut le premier créé et codifié. Plus tard on a compris que sa modification correspondait à un changement d’époque.

Si le rapport diminue (1/6,1/7) c’est que l’archaïsme domine. S’il augmente jusqu’à 1/9, c’est que le maniérisme l’emporte. Au-delà de cette limite, le baroque s’impose. C’est le 19ème siècle qui a réussi à codifier le canon des proportions.

Le Nombre d’or

Prenons un rectangle et coupons-le de telle manière qu’apparaissent un petit et un grand rectangle. Le rapport de proportion du petit au grand doit être le même que celui du grand au total des deux. Cette découverte empirique fut faite dès l’Antiquité. La Renaissance s’en empara et l’appliqua. Les cubistes de « l’école de Puteaux » le codifièrent et l’un d’entre eux écrivit un livre sur le sujet. En réalité, c’est une tendance naturelle de la rétine à harmoniser ce qu’elle voit : il n’y a rien de sorcier là-dedans. La science du 20ème siècle l’a parfaitement expliqué.

Les cubistes de Puteaux étaient liés aux frères Duchamp-Villon et comprenaient : Jacques Villon, Marcel Duchamp, le sculpteur Raymond Duchamp-Villon, Gleizes, Metzinger, Fernand Léger, La Fresnay et même le poète Guillaume Apollinaire. La relation avec les « Cubistes de Montmartre »(Picasso, Braque) étant assurée par Juan Gris.|center>

LES TROIS HUMANISMES DE LA RENAISSANCE. André Chastel. L’Univers des formes


Archéologique et épigraphique: Padoue

Philosophique et Philologique: Florence

Mathématiques (le plus important): Urbino (se rappeler que le père de Raphaël était ingénieur en chef de la ville d’Urbino)

Alors qu’à la même époque scepticisme et rationalisme dominent à Paris.

Les Humanistes Trecento : fin du quatorzième siècle) Carl Grimberg. Histoire Universelle    

Marseille Ficin puis Pic de la Mirandole chez les Médicis à Florence. Guarino Guarini chez les Este à Ferrare. Theodore Gaza puis Lorenzo Valla chez les Aragon à Naples. Pier Paolo Vergerio chez les Carrara à Bergame. Le plus rayonnant de tous : Vittorino Da Feltre chez les Gonzague à Mantoue. A Urbino règne la famille des Montefeltre tandis qu’à Rome quelques papes vont protéger les humanistes.

La lutte entre Guelfes(républicains) et Gibelins(partisans des aristocrates) va dominer tout le Moyen-Âge et la Renaissance.

Le début de la Renaissance artistique : 1401, le concours pour les portes du baptistère de Florence (victoire de Ghiberti sur Brunelleschi).

Ce que fut Homère pour les Grecs et Virgile pour les romains, Dante le sera pour les peuples de l’Italie. Dante est psychiquement un homme du Moyen-Âge mais son écriture appartient déjà à une autre période : la Renaissance. C’est Pétrarque qui sera vraiment le premier humaniste et le premier homme de la Renaissance.

L’amour transcende l’œuvre de Dante grâce à Béatrice, comme celle de Pétrarque grâce à Laure ou celle de Boccace grâce à Fiammeta.

MORCEAUX CHOISIS

Laurent le Magnifique  : « Qu’il est beau le printemps de la vie mais, las, les jeunes ans fuient sans arrêt. Que toute joie se goûte aujourd’hui : du jour qui vient, rien ne nous assure  »
Pindare : « La jeunesse est une fleur dont l’amour est le fruit. Heureux le vendangeur qui le cueille après l’avoir vu lentement mûrir ».
Omar Kayyam : « J’ai envoyé mon âme plus loin que l’infini, déchiffrer les secrets de l’au-delà. Mon âme est revenue et m’a dit : je suis tout à la fois, l’Enfer et le Paradis ».
Proverbe Bambara : «On ne prend pas garde à ses fesses tant qu’elles n’ont pas de furoncle». (Sic…)
Diderot  : « Dieu est une invention qui ne fournit aux questions que des réponses obscures et si insatisfaisantes qu’elles poussent les hommes à se haïr et à s’entr’égorger  »
Voltaire  : « Le Coran est un livre incroyable qui fait frissonner la saine raison »
Luchino Visconti dans Le Guépard   :
«Qu’est-ce qu’un politicien ? Un individu qui sait masquer, tempérer ses intérêts particuliers par un vague idéalisme public».
Anthony Beevor : « La terrible vérité, que très peu d’officiers avaient le courage de reconnaître, était que l’acceptation, voire l’approbation par l’armée de la conception nazie d’une guerre raciale à l’Est, échappant aux règles militaires normales et au droit international, transformait fatalement celle-ci en une organisation criminelle »
René Huygue : « Dans le brasier du fanatisme brûle, à hautes flammes, le dépôt sacré de la mémoire  ».
Marcel Brion : « Rembrandt construit dans le feu, là où le précaire et le périssable s’anéantissent, pour que brille au fond du creuset l’or des transmutations majeures  »
Jacques Tcharny : « La religion est à la spiritualité ce que la pornographie est à l’érotisme : l’escalier de service ».
Michel Audiard (Un taxi pour Tobrouk) : «Deux imbéciles debout feront toujours plus de chemin que deux intellectuels assis
Confucius : «Dieu a créé le chat pour que l’homme puisse caresser le tigre».
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LES HUMANISMES ET L’ART DE LA STATUAIRE. Alan Gibbon: Bronzes de la Renaissance.


Courants d’idées d’origine diverses, en rupture avec la scolastique médiévale, libérant l’esprit critique et permettant à l’individu de penser par lui-même.

C’est une révolution intellectuelle : la dominante Théologie médiévale, couronnement suprême de l’édifice créé au Moyen-Âge, est remplacée par la Métaphysique triomphante de la Renaissance.

La statuaire de la Renaissance est le support d’une élévation spirituelle. Au Moyen-Âge, la sculpture nécessite un angle de vision privilégié. A la Renaissance, la vision tournante prend possession de la sculpture réconciliant idéalisme et réalisme.

La beauté devient une construction intellectuelle, l’harmonie une recherche de pureté, d’équilibre. L’esthétique est une quête d’absolu, d’éternité, de spiritualité. L’idéal de beauté de la Renaissance est une glorification de l’homme, sujet et objet des spéculations humanistes. Le Maniérisme sera une abstraction idéalisante des idées humanistes.

Donatello. Alan Gibbon: Bronzes de la Renaissance    |left>

Avant lui, le contraposto inventé par les sculpteurs grecs de l’âge d’or (Praxitèle ?) est un instant de transition dans le mouvement en opposition avec l’immobilité. Il est circonscrit dans le bassin et marqué au niveau de la hanche. C’est une harmonie de rupture : le mouvement s’amorce aux hanches mais le torse reste immobile.

Avec le David de Donatello, premier grand nu de bronze fondu depuis l’antiquité(138cm), éclate le génie de l’artiste. La synthèse est dynamique, la recherche est dans l’essence du mouvement. Donatello déplace le centre de gravité de la hanche à la taille, impliquant une modification sans retour de la structure organique du corps. Le torse, libéré de ce corset psychanalytique, s’anime d’une vie inconnue jusqu’alors. La dynamique nouvelle invite à la rotation. La perception circulaire de la sculpture est née. Le mouvement devient une création de l’imagination.

Brancusi

Cette façon de sculpter durera jusqu’au début du vingtième siècle : c’est le génie de Brancusi qui provoquera une nouvelle mutation. Ayant compris que la main pense et suit la pensée cachée dans la matière, que l ‘aspect extérieur des objets est leur réalité mais que leur nature intrinsèque est leur vérité, l’artiste renoncera aux compositions statiques au profit de l’ellipse, de la courbe, de l’ovale, de la parabole. Ainsi il imprimera à ses œuvres le dynamisme de notre époque. On peut noter que la forme elliptique de ses oiseaux a été adoptée par les fusées et les satellites, voire les engins cosmiques.

A l’équilibre des masses de la sculpture classique, il substitue l’équilibre des forces plus apte à exprimer ce dynamisme de notre temps. C’est la spiritualisation de la sculpture, en opposition complète avec l’abstraction.|center>

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

Avec la naissance de l’esprit grec, l’homme se place au centre de l’univers(conception de Ptolémée).

Les patines des bronzes du XVème au XVIIIéme siècles ont deux couches : vernis brun-rouge et laque translucide.

La plénitude de la réussite de certains artistes s’explique par l’accord prédestiné de leur nature propre avec la phase de civilisation à laquelle ils vécurent (Botticelli ou Fra Angelico avec le Quatrocento)|center>

Chez Léonard, unité physique, psychologique et spatiale qui définit la nouvelle force de l’art florentin. Ses contemporains le sentaient confusément, notre temps l’a expliqué.

La civilisation classique de l’Europe s’est bâtie sur quatre piliers : la pensée grecque, le droit romain, la spiritualité chrétienne et la vitalité des barbares. Elle s’organise dès le sixième siècle et les carolingiens, surtout Charlemagne empereur d’occident, la font démarrer et prospérer. Les invasions vikings arrêteront son essor qui ne reprendra vraiment qu’avec le début des croisades. Se rappeler que la première croisade qui délivrera Jérusalem est, n’y plus ni moins, une expansion viking en orient car les « barons » qui la conduisent sont tous des vikings de troisième génération, à commencer par Godefroy de Bouillon.

Réflexions sur la peinture. René Huyghe, Les puissances de l’image.

Dans l’œuvre d’un maître, il y a toujours un centre psychologique du tableau, généralement différent du centre géométrique que tout le monde voit. Un exemple célèbre est « Le Radeau de la Méduse » de Géricault  : à deux exceptions près, tous les personnages ont le regard orienté vers la droite. C’est qu’ils aperçoivent à l’horizon une minuscule voile : un bateau passe. Va-t-il voir et sauver les naufragés ? C’est l’ultime espoirs de ces hommes abandonnés…Lieu et centre psychologique du drame qu’ils vivent et nous avec eux.

Chez tous les peintres de qualité, il y a un moment de la journée et une période de l’année préférés. Que l’on pense à Fra Angelico utilisant des teintes douces, tendres, presque pastels pour élaborer ses tableaux de madones. C’est le matin et le printemps, la découverte du monde commence…Arrive midi, roi des étés que célèbre Renoir à « La Grenouillère  » , voire van Gogh dans « La Méridienne ». Puis c’est la fin d’après-midi, moment privilégié par Watteau qui représente les paysages dans des teintes bruns-rouges automnales qui donnent aux arbres leurs parures du crépuscule. La nuit tombe par un froide journée de janvier : c’est le moment qu’adore nous montrer Léonard de Vinci. Que l’on examine la version de « La Vierge aux rochers » conservée au Louvre : n’apparaît qu’une froide analyse transcendée par l’intelligence, mais quelle intelligence ! Celle du plus grand génie de la peinture qui bouleverse, transforme, reconstruit à sa guise et…Nous mystifie !

Tout portrait est la représentation physique d’un modèle. Qu’en fera un peintre du dimanche ? Il en fera une transcription picturale approximative sans grand intérêt. Un peintre de métier en donnera un rendu quasi photographique exact mais sera incapable d’en donner une interprétation psychologique. Un peintre de talent, au-delà de cet aspect photographique, pénétrera son caractère comme son tempérament. Quant au peintre de génie, il nous fera saisir le destin du modèle (Titus par son père Rembrandt). Il y a même une œuvre (et une seule) qui dépasse le destin individuel pour devenir « imago mundi », autoportrait psychologique du peintre et reflet synthétique global de son époque : Mona Lisa…

Jacques Tcharny


Illustration de l’entête: Rembrandt Harmensz van Rijn. Le Roi Saul et David jouant de la harpe (1655-1660). Mauritshuis. La Haye



WUKALI 16/12/2014


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