About Eugene Delacroix’s notebooks and his journey to Morocco


Trois expositions parisiennes sont consacrées au Maroc, dont une au musée Delacroix, place de Furstenberg. Elle rappelle l’importance qu’eût le voyage au Maroc de l’artiste sur sa destinée de peintre. Il en revint porteur d’une vision enrichie, transformée, bouleversée. Les conséquences de ces quelques mois passés « en Barbarie  », comme l’écrit notre homme, seront incalculables. Une preuve ? Aucun problème : c’est Delacroix qui invente  l’orientalisme  au cours de ce voyage initiatique. Certes, l’exotisme existait bien avant lui mais ce n’était qu’une façade, qu’un décor de théâtre sans épaisseur. Au Maroc, Delacroix invente un nouveau vocabulaire artistique qui conférera à cet exotisme ancien sa profondeur spirituelle, sa densité intellectuelle et ses valeurs picturales. Que l’on pense simplement aux « Femmes d’Alger  »…

En 1830, le roi Charles X décide la conquête de l’Algérie. Une fois celle-ci terminée, le sultan du Maroc devient un voisin encombrant, dangereux, imprévisible. Il faut compter avec lui car son royaume est peuplé de plus de trois millions d’habitants.
Après la chute du frère cadet de Louis XVI et de Louis XVIII, le nouveau « roi des français  », Louis-Philippe, envoie une mission diplomatique au sultan du Maroc pour « régler les questions de voisinage  ». Nous sommes à la fin de 1831.

Grâce à l’intervention de Mlle Mars, la célèbre comédienne dont l’amant en titre est le Comte de Mornay, chef de cette mission, Eugène Delacroix va suivre cette expédition lointaine, hasardeuse voire dangereuse à cette époque. Le peintre est âgé de trente-quatre ans : il n’est plus si jeune, pourtant il réagira comme un gamin émerveillé devant le nouveau monde qu’il découvrira.|center>

Le 11 janvier 1832, la délégation embarque à Toulon à bord du navire « La Perle  », le séjour au Maroc va durer cinq mois. Ils débarquent à Tanger, en attendant que l’audience avec le sultan soit fixée. Un certain faste accompagne les voyageurs : les réceptions, cérémonies, visite, fantasias, fêtes équestres sont brillantes. Entre Tanger et Meknès ils se déplacent en caravane et connaissent les campements à la belle étoile. Enfin, le 22 mars 1832 à Meknès, une audience royale ouvre les négociations avec le sultan. Le contentieux entre les deux pays s’apaise : un traité est signé, couronnant de succès la mission diplomatique. Ce qui n’était pas évident. Delacroix a profité du séjour à Tanger, de retour de Meknès, pour visiter Séville et Cadix en Espagne, pendant quelques jours. En repartant de Tanger, La Perle fit escale à Oran puis à Alger avant de rentrer le 5 juillet 1832 à Toulon où tous furent mis en quarantaine dans un lazaret…Peur des maladies tropicales sans doute…

Delacroix découvre l’orient réel au Maroc, qu’il confronte avec l’orient imaginaire de ses rêves. Il avait lu les « Mille et une nuits », il découvre un univers qui le fascine: « C’est beau comme au temps d’Homère ! Les Romains et les Grecs sont là à ma porte. J’ai bien rit de ceux de David, n’était sa sublime brosse. Rome n’est plus dans Rome, il est ici… ».

Il en ramènera d’innombrables observations et témoignages sur la culture locale. Notamment, la beauté des femmes juives l’impressionnera beaucoup. Il y découvre une lumière d’une clarté qui lui était inconnue, y compose une palette de couleurs incroyablement variées, il en revient avec des sujets qu’il reprendra sa vie durant.|center>

Tout au long de ce voyage, Delacroix écrit ses impressions et observations, dessine ce qu’il voit en d’incessants croquis, en de multiples aquarelles sur des « calepins », que nous appelons aujourd’hui : Les carnets du voyage au Maroc.

Tout est créé sur le motif : certaines pages restent blanches, d’autres sont remplies à l’envers…Le désordre est indescriptible ! Il utilisera sept petits carnets à croquer ce qui l’intéresse. On y trouve pèle-mêle dessins, annotations au crayon(mine de plomb) ou à l’encre brune, aquarelles, indications des sujets dessinés…|left>

Ces sept carnets précieux sont une bible artistique dont il se nourrira constamment. Ils montrent un Delacroix curieux, spontané, avide de découvertes et de nouveautés, Il les conservera toute sa vie. Ils seront dispersés au cours de la fameuse vente après décès du peintre en 1864, comme il l’avait voulu.

Au cours des temps, trois carnets seront démembrés, dépouillés et détruits pour que la vente page par page rapporte plus d’argent…

Quatre sont parvenus jusqu’à nous :

-Un fut acheté à la vente après décès pour le compte du duc d’Aumale. Il est donc conservé au musée Condé de Chantilly.

-Un deuxième, en provenance de la collection Burty, entra dans les collections nationales avant 1900. Il est conservé au cabinet des dessins du musée du Louvre. C’est le plus importants de tous par son contenu très fourni.

-Un troisième a rejoint le précédent au Louvre vers 1930, par donation.

-Le quatrième fut acheté dans une vente Sotheby’s à Monaco, vers 1980, par le directeur du cabinet des dessins du musée du Louvre Monsieur Maurice Sérullaz, agissant au nom de l’état.

Ces trois derniers carnets ont donc rejoint les collections nationales, ce qui est normal et naturel pour de si précieux objets.|center>

Voilà pour l’historique des carnets du voyage au Maroc.

Maintenant les fac-similés :

-En 1909, Jean Guiffrey, directeur du cabinet des dessins de l’époque, publie à 150 exemplaires numérotés le seul carnet conservé à l’époque au cabinet des dessins. Publication en deux volumes : un de textes, l’autre le fac-similé.

-En 1913, Guiffrey publie à 200 exemplaires numérotés le carnet du musée Condé de Chantilly. Publication en deux volumes : un de textes, l’autre le fac-similé.

-En 1928, les principales pages d’un carnet conservé alors dans la célèbre collection du Baron Vitta et dispersé depuis, sont publiées par Maurice Le Garrec dans un grand recueil édité à 300 exemplaires.

-En 1992, Maurice Arama, célèbre historien d’art spécialiste de l’orientalisme, publie l’ensemble des carnets parvenus jusqu’à nous(les quatre donc) sous forme de fac-similés, accompagnés par deux volumes de textes. Le tout formant le « coffret Arama  », édition à 200 ou 220 exemplaires. En réalité, personne ne connaît le chiffre exact , même pas Maurice Arama !

Toutes ces édition sont épuisées aujourd’hui. On en croise, de temps en temps, en salle des ventes…A des prix conséquents : rien à moins de mille cinq cents euros pour les carnets publiés par Guiffrey…

Le hasard est parfois étrange, voilà peu de jours, le 17 décembre 2014 à Drouot, l’étude Gros et Delletrez a vendu les deux carnets publiés par Guiffrey en 1909 et 1913. Ils ont fait 1000€ sous le maillet soit 1250€ frais inclus, ce qui somme toute n’est pas très cher.

Ce sont de petites merveilles, les reproductions sont montées sur onglet. Elles sont d’excellente qualité. Ce type d’achat est  ce qui se fait de mieux: il s’agit d’un bon investissement sur le plan financier mais surtout d’un enrichissement personnel remarquable…


Jacques Tcharny


WUKALI http://www.wukali.com/ 19/12/2014


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