The rich literary promise of Donal Ryan, a name to remember


Il est normal que vous ne connaissiez pas Donal Ryan, ce jeune auteur irlandais vient juste de voir son premier roman publié chez Albin Michel, et déjà le lecteur pressent qu’il va prendre une place non négligeable dans la littérature irlandaise. Son livre, «  Le cœur qui tourne   », est une merveilleuse surprise, un cadeau rare qu’il offre au lecteur.
Dans une petite ville d’Irlande, la société traditionnelle, les liens, les solidarités locales sont détruits par la crise économique. Le chômage règne, la misère et son cortège de violence, d’alcoolisme s’installent. La crise se sont les profiteurs qui ont eu le temps de partir et surtout les employés qui ont travaillé, qui se retrouvent sans rien, sans même une indemnité car leur patron avait aussi escroqué les services sociaux. La fin des liens sociaux, c’est aussi l’apparition des tensions, des non-dits cachés, des préjugés, des envies, les personnes n’ont plus rien à faire si ce n’est de regarder leurs voisins et de les critiquer.

Donal Ryan nous décrit cet univers à la façon des pointillistes, chaque court chapitre est écrit par un personnage différent, chacun donne son point de vue de la situation de la ville, de sa position, de ses rapports avec les autres. Exercice ô combien difficile, mais qui est parfaitement accompli par l’auteur. La somme de ses différents points de vue aboutit à une description quasi microscopique de cette société, un vrai travail d’ethnologue, mais aussi de sociologue, de psychologue car tous réagissent par rapport à leurs vécus. Chaque personnage a une personnalité, une autonomie propre, pas un ne semble « artificiel », « irréaliste », tous correspondent à une catégorie humaine totalement réelle.

Au centre de ce roman, au centre de cette petite société domine Bobby Mahon, l’ancien contremaître de l’entreprise locale, une personne respectée par tous, mais qui devient la cible des rancœurs de cette population. C’est une sorte de « pur », l’empathie faite homme, lui aussi a ses problèmes personnels, dont ses rapports avec son père, mais c’est l’espoir de beaucoup pour les aider à survivre. Mais l’irréparable intervient et il est le bouc émissaire parfait, même si personne ne croit en sa responsabilité.

Bobby Mahon est un personnage de fiction qui fait partie de la catégorie dont le plus célèbre représentant est le Prince Mechkine, l’inoubliable héros de « l’Idiot » de Dostoïevski, une sorte de Jésus Christ qui finit par être sacrifié par la société qui lui fait porter la responsabilité de tous ses malheurs.

Le cœur qui tourne est un magnifique roman, d’une écriture limpide, sur les conséquences sociales du chômage et les ravages qu’il provoque dans la vie des hommes, et des femmes, qui le subissent.

Émile Cougut


Le cœur qui tourne

Donal Ryan

Éditions Albin Michel. 18€


Entretien (en anglais) avec Donal Ryan sur son dernier roman «The spinning heart» ( Le Coeur qui tourne), avec ce délicieux accent fruité irlandais


WUKALI 10/03/2015


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