Japanese nuclear physicists during the Second World War and the Atomic bomb


Dans son édition du 29 juin, le grand quotidien tokyoïte Asahi Shimbum à l’occasion de la découverte de carnets ayant appartenu à un physicien nucléaire, révèle dans un article l’avancée des recherches japonaises qui furent effectuées à la demande du gouvernement impérial jusqu’en 1945 pour doter le pays de la bombe atomique .

SI ce fut un des secrets les mieux gardés pendant toute la durée de la guerre, il se renforça considérablement après la capitulation du Japon (5 septembre 1945) moins d’un mois après Hiroshima (6 août 1945), quand les autorités américaines prirent possession des archives scientifiques des instituts de recherche nippons.

Des carnets datant d’octobre à novembre 1944 et qui viennent d’être découverts à l’université de Kyoto 京都大学 (Kyoto University) confirment bel et bien le programme secret du Japon et pourraient permettre d’estimer à quel niveau recherche les scientifiques japonais étaient alors parvenus. Ils concernent tout particulièrement l’équipement nécessaire pour l’enrichissement de l’uranium. C’est en effet ce qu’a déclaré le professeur Hitoshi Yoshioka qui étudie l’histoire de la technologie scientifique à l’université de Kyushu

On savait qu’il y avait eu deux équipes de savants atomistes japonais impliqués pour produire une arme nucléaire

La première dépendait de la Marine Impériale 大日本帝國海軍 et portait comme nom de code « F Research »à sa tête Bunsaku Arakatsu professeur de physique à l’Université impériale de Kyoto ( aujourd’hui l’Université de Kyoto) et nombre de ses collègues

La seconde, dépendant de l’Armée impériale japonaise 大日本帝國陸軍, et était connue sous le vocable de » Nigo Reearch », elle était dirigée par Yoshui Nishina, physicien à l’Institut Riken de Tokyo 理研

Parmi tous ces documents qui refont surface et qui ont été découverts parmi des archives diversifiées, il est à noter que bien plus nombreux sont ceux produits par l’Institut Riken de Tokyo (bombardé le 13 avril 1945).

Ces carnets scientifiques ont été découverts par le professeur émérite Akira Masaike dans l’ancien Institut de recherche isotopique de l’université. Ils appartenaient à Sakae Shimizu, un chercheur qui travaillait auprès de Bunsaku Arakatsu.

L’équipe de l’Université impériale de Tokyo était chargée de la fabrication du matériel de séparation et de l’enrichissement de l’Uranium-235 obtenu de l’uranium 238, indispensable pour obtenir la réaction en chaine en fission nucléaire.

Dans les carnets sur la couverture desquels était marqué Séparation par ultracentrifugation on trouve des tableaux représentant des systèmes rotatifs et des données chiffrées ainsi que des photos de journaux spécialisés dans la recherche et provenant de pays étrangers.

On a aussi découvert dans ces archives un papier où était consigné l’ensemble de ce qui était nécessaire pour construire un équipement d’enrichissement de l’uranium ainsi que des dimensions chiffrées précisant les diamètres et les dimensions de tous les composants.

Le premier projet de cyclotron 100cm fut planifié par le professeur Bunssaku Arakatsu en 1942. Ce cyclotron, bien que toujours en construction fut détruit par les forces armées américaines en 1945. Il y avait 4 cyclotrons au Japon avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Deux se trouvaient au Laboratoires Nishina de l’Institut Riken, un troisième au laboratoire Kikushi de l’université d’Osaka et le dernier au laboratoire Arakatsu de l’université de Kyoto. Ces différentes pôles scientifiques constituaient le coeur de la recherche fondamentale nucléaire japonaise. Seuls les centres de l’Institut Riken et de l’université de Kyoto concentrèrent leurs travaux de recherche pour le développement de l’arme atomique

L’Allemagne nazie dans le même temps cherchait elle aussi dans ses laboratoires à se doter de l’armement nucléaire. Hitler fit même livrer secrètement par un de ses sous-marins de l’oxyde d’uranium à son allié japonais.

Secret, armement nucléaire, cenfrifugeuses, soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, autre lieux loin de l’impérialisme militaire japonais de naguère, autres contextes, un autre pays, l’Iran. Les mêmes mots, les mêmes développements scientifiques et leurs conséquences militaires envahissent le champ du discours politique et diplomatique.

La multiplication des centrifugeuses iraniennes n’annonce rien de bon quoi qu’en disent les sycophantes de la désinformation généralisée et moralisatrice…

Tatsuya Suzuki correspondant de Wukali au Japon
et Pierre-Alain Lévy


WUKALI 03/07/2015
Courrier des lecteurs: redaction@wukali.com

Illustration de l’entête: . Sur la photo et de gauche à droite le Pr Kimura et M Hori, au second rang le Pr Arakatsu, M Uji et le Pr Uemura



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