Most probably from Leonardo’s worksop


Les trois peintures dont nous traitons dans cet article furent un temps considérées comme ayant été peintes par Léonard de Vinci. Des recherches et des analyses scientifiques approfondies ont permis de revenir sur ces attributions. En voici nos commentaires.

LA DAME À LA RÉSILLE DE PERLES

Cette peinture mesure 51cm/ 34cm et est exposée à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan.

Il s’agit d’un buste de femme vu de profil, à la manière d’un camée antique. Le visage est mou, peu expressif, manquant de caractère et de structure interne. Le nez est un peu retroussé. Les lèvres épaisses manquent de sensualité. La joue est couperosée.

Le regard de cette calme dame ne nous introduit pas dans ses pensées. Il n’exprime rien de particulier : il est vide, sans force, figé, n’a pas d’intensité comme si le peintre était resté extérieur à sa création, n’en avait représenté que l’aspect physique. Ce qui est impensable pour Léonard.

La richesse des bijoux est excessive, purement ornementale : résille de perles sur la chevelure avec diadème raccordé, collier de perles avec pectoral, chlamyde en forme de joyau sur l’épaule. La résille de perles ressemble à un bol cachant la chevelure : à l’arrière de la coiffure, pas un cheveu ne dépasse. Comparons avec « Le Portrait d’un musicien  » également à l’Ambrosiana, qui porte un calot : de nombreux cheveux débordent. Le rendu de la coiffure est d’une matérialité purement descriptive, inerte. Rien à voir avec la classique coiffure léonardienne où le vent gonfle les boucles qui virevoltent.

Comme nous l’avons dit, l’excès de bijoux n’est pas une caractéristique du travail pictural du Vinci : la surabondance nuit et cache une incapacité de pénétration psychologique du modèle représenté.

Mais le pire est l’absence de densité volumétrique de cette peinture. C’est tellement gênant que le spectateur n’y voit qu’une surface peinte.

La déduction de tous ces éléments ne surprendra pas : cette œuvre n’est pas de Léonard mais d’un membre de l’atelier à Milan. Nous pensons que l’attribution peut en être donnée à De Prédis qui était très proche de l’artiste à cette époque : vers 1490.

LÉDA

Léda: cette peinture inconnue de 132cmx78cm est apparue à l’exposition des alsaciens-lorrains en 1874 à Paris, propriété d’un aristocrate français. Très abîmée et sale, elle fut acheté par Mr Spiridon, collectionneur et peintre italien, qui la restaura très prudemment, si bien qu’elle semblait en parfait état. Il la vendit à Hermann Goering. Elle fut retrouvée en 1945 dans la fameuse cachette de la mine de sel où les nazis avaient entassé les trésors volés aux peuples européens pendant la guerre. Les Alliés la rendirent à l’Italie qui la classa « Bien national » et elle disparut dans un coffre de banque. C’est seulement vers 1990 qu’elle fut installée au musée des Offices de Florence.

C’est la seule des versions de Léda connues de cette époque que l’on puisse relier, sinon à Léonard, du moins à son atelier. C’est une démonstration de ce que peut être l’art du sourire en peinture.

La jeune femme se laisse cajoler par l’animal, les yeux baissés avec pudeur. Le cygne enveloppe de son aile déployée la taille de Léda. La scène en devient érotique. Les circonvolutions du cou de l’oiseau et sa tête bizarre donne la sensation de se trouver face à un serpent. Il est certain que le traitement particulier de cette scène de la mythologie grecque devient ici représentation d’une Ève païenne. Ce qui signifie que Léonard a imaginé, réfléchi, dessiné et créé un ou plusieurs cartons de ce sujet.

La peinture est brillante, finie, mais sèche. Cela se voit dans la poitrine aux tout petits seins. L’exécution du tableau est très précise, presque précieuse, trop académique et un peu maniériste par l’allongement excessif du corps de la jeune femme.

Le paysage d’eaux, de rochers et d’arbres est trop léché, trop fignolé pour pouvoir être rattaché au maître : derrière Léda, se voient des champs où des meules sont assemblées. Le paysage se termine par une bien gentille colline toute cultivée. De l’autre côté, un amas rocheux sans ouverture dont on pourrait décrypter la quasi-totalité des minéraux constitutifs.   C’est une peinture de botaniste si l’on en juge par la végétation. Pas le moindre courant d’air ne circule dans les branches visibles. On n’imagine pas que Léonard ait pu participer à ce tableau.

L’absence de densité volumétrique est évidente. L’œil du spectateur y voit une belle représentation plane d’une surface peinte.

Les différences les plus notables avec l’art du maître sont  l’absence de densité volumétrique, le rendu un peu gratuit de la ligne trop décorative, le manque de maîtrise de l’espace et l’inexistence du sfumato que Léonard pratiquait depuis longtemps.
Notons enfin que l’aspect du sol tapissé de fleurs rappelle un peu Boticelli.
 

BACCHUS

Nous savons qu’à l’origine cette peinture, aujourd’hui exposée au Musée du Louvre, montrait un Saint Jean Baptiste dans le désert. La transformation en Bacchus entraîna l’ajout de la peau de panthère, de la couronne de pampres, du raisin et le changement de la croix en thyrse.

La chevelure ressemble à une perruque. Le regard n’exprime absolument rien. Le visage est mort. Les bras sont ceux d’un mannequin robotisé et lobotomisé avec l’index de la main droite dressé stupidement et montrant on ne sait quoi. Le corps n’a aucune consistance. Le personnage est assis dans le vide. L’index de la main gauche rigide est dirigé en direction du sol. Un précipice informe sépare le spectateur de cette peinture. Cerf et cheval gambadent au loin dans un paysage indéfinissable.

Le rendu volumétrique est absent. Une sorte de brouillard envahit le tableau et gêne la vision du spectateur. Au regard des œuvres avérées du Vinci, celle-ci en est une pâle caricature.

Un traitement ancien à la céruse empêche toute pénétration des rayons infrarouges et donc toute lecture du premier dessin mais, pour toutes les raisons ci-dessus expliquées, il est impensable qu’une peinture de Léonard puisse exister dessous.

Nous pensons qu’une relation avec Melzi est envisageable pour l’attribution de cette peinture.

Jacques Tcharny


Dés la semaine prochaine, prochain article et fin de la série consacrée aux peintures de Léonard de Vinci: Épilogue


Récapitulatif des précédents articles sur Léonard de Vinci parus dans WUKALI

La Madone à la grenade et la petite Annonciation de Léonard de Vinci ?

La Madone Litta de Leonard de Vinci au musée de l’Ermitage

Léonard de Vinci au Louvre et à Londres

Le Baptême du Christ et l’Annonciation

Léonard de Vinci. Les cartons du Louvre et de la National Gallery (suite 9)

L’Adoration et Portrait d’un musicien

[La Madone Benois et Saint Jérôme
->http://www.wukali.com/La-Madone-Benois-et-Saint-Jerome-de-Leonard-de-Vinci-suite-7-1981?var_mode=calcul#.VRupS8anqEQ]

Autour de La Dame à l’Ermine et la Belle Ferronnière de Léonard de Vinci

La Cène

[Le catalogue des peintures de Léonard de Vinci #3. Ginevra Benci, Dame à l’oeillet
->http://www.wukali.com/Le-catalogue-des-peintures-de-Leonard-de-Vinci-3-Ginevra-Benci-Dame-a-l-oeillet-1870#.VL5zesbc6EQ]

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[Authentification d’un dessin de Léonard de Vinci
->http://www.wukali.com/Authentification-d-un-dessin-de-Leonard-de-Vinci-157#.VL50vcbc6ER]


WUKALI / 07/07/2015
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