Delacroix, a genius


L’artiste a peint ce tableau en 1837, Delacroix est alors âgé de 39 ans. Une immédiateté physique saisit le spectateur: lui apparaît un homme dont le regard puissant révèle une vie intense. L’impact visuel de la chevelure bouclée et de la petite moustache créent une impression de profondeur. Le modèle est vu de trois-quarts au niveau des épaules et la tête de face: le passage entre les deux étant assuré par la rotation du cou. On remarquera la sobriété des couleurs dont la palette est très réduite. Le visage est émacié, le front haut souligne l’intelligence du personnage. Le nez est droit et fin, le menton assez volontaire. Le gilet vert tranche sur la chemise blanche, sur l’écharpe nouée autour du cou et sur la veste brune-verte. La profondeur de l’espace pictural se ressent au regard.
On peut qualifier cette œuvre de portrait d’apparat car l’artiste nous montre de lui l’image qu’il veut que nous voyons.

Qu’est-ce qu’un portrait? C’est la représentation physique d’une personne. Le peintre qui a du métier nous offrira un rendu physique parfait de son modèle, à la manière d’un photographe, mais nous n’en saurons pas plus sur sa psychologie. Le peintre qui a du talent sera, lui, apte à nous faire connaître le tempérament et le caractère de son client. Il nous fera sentir à quelle catégorie sociale appartient ce dernier. Mais un peintre de génie? Il nous montrera le destin de l’individu.

Ici, le tempérament de feu et le caractère affirmé de Delacroix sont suffisamment explicites pour ne pas nécessité d’explications. Également, il démontre bien l’appartenance de l’artiste à l’élite intellectuelle et sociale de la société de son temps: la grande bourgeoisie frottée d’aristocratie.

Pourtant, une faille existe car l’inquiétude transparaît dans le regard et, en observant de près, une rigidité excessive du visage surprend : les joues sont creusées, la peau étirée, le menton épaissi et la poitrine semble respirer avec difficulté. La couleur blanchâtre de ce beau visage romantique est trop accentuée.

L’artiste nous livre son secret : il est déjà malade et sait qu’il devra lutter pour pouvoir vivre encore quelques années de plus afin d’accomplir ce qu’il considère comme son devoir de créateur: la réalisation de ces cycles de peintures murales dont l’apogée sera la chapelle des saints anges de l’église Saint-Sulpice à Paris. Il s’agit d’une mise en scène de son destin. Nous sommes là au sommet de ce que l’art pictural peut atteindre. Ce qui ne surprendra personne car le génie universel de l’artiste fut reconnu depuis son premier envoi au salon en 1822: La Barque de Dante.

Jacques Tcharny


WUKALI 14/08/2015
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