The teasing Iranian modern art collections


Peut-être ne le saviez-vous pas mais l’Iran possède une collection de peintures d’art moderne et contemporain, américaines et européennes, que l’on dit être une des meilleures et plus complètes au monde. Pour ne citer que le musée d’art contemporain de Téhéran, on peut y admirer des oeuvres de Pablo Picasso, Vincent van Gogh, Camille Pissarro, Richard Hamilton, Claude Monet, James Ensor, Edouard Vuillard, Edward Hopper, Jules Pascin, André Derain, René Magritte, Giorgio Morandi, Georges Rouault, Jean-Paul Riopelle, Adolph Gottlieb, Fernand Léger, Alberto Giacometti, Francis Bacon, Max Ernst, Peter Phillips comme l’on trouvera aussi des peintures de Joan Miró, Mark Rothko, Andy Warhol, Jackson Pollock, Cy Twombly, Pierre Soulages ou Richard Serra. Dois-je ajouter à cette déjà longue liste largement incomplète des oeuvres d’autres artistes et sculpteurs tels : Henry Moore, René Magritte, Eduardo Chillida ou Alexander Calder

Quiconque a pu visiter le musée d’art contemporain de Téhéran a été marqué par le très célèbre tableau de Pollock intitulé Mural on a Red Indian Ground, ou a vu avec plaisir les séries d’ Andy Warhol dont les portraits de Mick Jagger, Marilyn Monroe et Mao Tsé Toung.

Ne vous méprenez pas et n’allez pas penser que ces fabuleuses collections ont été voulues et rassemblées par la volonté de l’iman Khomeini ou de son héritier spirituel et temporel l’actuel Guide suprême Ali Khamenei. À la différence de la religieuse de Georges Brassens qui cachait sous sa cornette…mais c’est une autre histoire, ces têtes enturbannées ne dissimulaient pas (défunt et vivant confondu), un goût immodéré pour la peinture occidentale ! Tout simplement ces collections ont été constituées au temps de la dynastie Pahlavi sous l’impulsion du Shah et tout particulièrement de la Shahbanou Farah Diba ( فرح دیبا) dans les années 70. Certains experts estiment aujourd’hui la valeur de cette collection à plus de $2.5 milliards !

Notons cependant que le schiisme dont on parle aujourd’hui beaucoup et pas souvent de façon très intelligente, n’a jamais proscrit la représentation de l’être humain et que la peinture persane, sublime s’il en est, est riche de scènes avec de multiples personnages ( Écoles de Tabriz ou d’ Herat (aujourd’hui en Afghanistan). Je connais même une de ces dites miniatures, comme on les nomme en français, qui représente Mahomet. De quoi faire tomber les poils des barbes et blanchir les têtes des bêtes à cornes de Daesh côté sunnite ! Avec un peu d’humour notons par ailleurs que dans la peinture abstraite ou contemporaine occidentale la représentation humaine est si peu manifeste et si torturée qu’elle pourrait avoir quelque accointance avec… pardon je délire !

Voilà que l’Iran en tout cas, celui du président Hassan Rohani ( oui je sais c’est un peu compliqué si vous ne regardez que le JT de TF1), voyons donc : en Iran il y a un guide suprême : Ali Khamenei, j ‘en ai parlé plus haut, et un président élu : précisément Hassan Rohani. Et selon vous qui possède le pouvoir ? Ce n’est pas le président élu… vous avez compris, c ‘est l’autre avec ses Gardiens de la révolution, les Pasdarans ! Enfin j ‘ai vaguement tenté d’expliquer la complexité du poker menteur à Téhéran! Pas facile n’est-ce-pas ?).

L’Iran cherche donc à séduire aussi dans une stratégie de communication digne de Gramsci, elle cherche à poser des passerelles avec l’Europe ou les Etats-Unis, via la médiation sensible de l’art. Ce que l’on nomme dans le jargon à la mode le soft power. C’est à dire un pouvoir d’influence via les idées notamment dans le domaine des arts et de la culture. Ce que nous faisons d’ailleurs de notre côté avec les Alliances Françaises par exemple ou notre industrie du cinéma !

Majid Mollanoroozi le nouveau et sémillant directeur du TMoCA ( musée d ‘art moderne et contemporain de Téhéran, créé faut-il le souligner en 1977 par Farah Diba), nommé en 2014 par la nouvelle équipe en place autour de Rohani, a déjà conclu une opération avec la France en prêtant une oeuvre pour le musée d’Art moderne de la Ville de Paris à l’occasion d’une exposition «Unedited History, Iran 1960-2014». Auparavant et avec intelligence et courage, des galeries et institutions privées avaient déjà fait connaître au public français la richesse de la création iranienne ( Galerie Nicolas Flamel ou Artcurial)

Et voilà que depuis le 14 juillet 2015 et dans le sillage des négociations de Vienne, des directeurs de musées font antichambre à Téhéran pour obtenir pour leurs institutions respectives l’organisation d’une exposition des collections iraniennes. Pour l’heure les premiers en liste sont manifestement des musées allemands ( Staat museen de Berlin et le Schirn Kunsthalle de Francfort, on compte aussi le MaXXi muséum de Rome et côté américain le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington.

La France et plus précisément le Centre Pompidou prêtera, et c’est un immense événement en Iran car c’est la première fois, une oeuvre du peintre abstrait iranien Farideh Lashai qui appartient à ses collections, pour une toute prochaine exposition rétrospective qui lui sera consacrée au TMoCA à Téhéran du 20 novembre 2015 au 26 février 2016.


Je voudrais dédier cet article à mes amis iraniens qui luttent pour la liberté. Je connais la chape de plomb qui étouffe la jeunesse étudiante iranienne, je connais les menaces que fait peser la police religieuse sur les femmes qui ne se conforment pas aux diktats de répression vestimentaire. Je pense tout particulièrement à ces deux poètes iraniens, une jeune femme et un homme, Fatemeh Ekhtesari et Mehdi Musavi, qui ont été condamnés tout récemment pour leurs textes et à subir 99 coups de fouet pour avoir serré la main d’une personne du sexe opposé ainsi qu à 11ans et demi et 9 ans de prison respectivement.

L’Iran c’est le berceau d ‘un immense poète né au XIème siècle, Omar Khayâm, lui qui écrivait dans un de ses recueils intitulé Les Rubayats en s’adressant à Dieu : «Quel est l’homme ici-bas qui n’a point commis de péché, dis ? Celui qui n’en aurait point commis, comment aurai-il vécu, dis ? Si parce que je fais le mal, tu me punis par le mal, quelle est donc la différence qui existe entre toi et moi, dis ?»

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 06/11/2015
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l’entête: intérieur du TMoCA . Architecte Kamran Diba


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus