Very touching and delicate, a universe between road movie and psy confessions


Foreveur , le titre en soi est déjà tout un programme. Rémy est pour le moins un garçon « hors norme » : lors de son enfance, une fièvre mal soignée « lui a cramé  » une partie des neurones. C’est un enfant « difficile » parfois violent, mais doté d’une mémoire photographique. S’il connaît le contenu de tout un dictionnaire encyclopédique, cela ne veut pas dire qu’il a compris la signification de tous les mots dont il peut donner la définition. Sa violence, souvent contre sa mère, a obligé ses parents à le placer dans un établissement psychiatrique, « chez les gogols » comme il aime à dire. Il y rencontre une jeune trisomique Émilie dont il tombe amoureux. Quand ses parents se séparent, son père le récupère, mais ce dernier est détruit par son divorce, tombe dans une sorte de clochardisation et dans l’alcoolisme.

Le roman commence quand Rémy le trouve un matin, mort, étouffé dans son vomi. Sachant que sa mère le replacera dans une institution, il appelle au secours sa grand-mère maternelle qui vit en maison de retraite depuis la mort de son mari avec qui elle a vécu une relation fusionnelle. Elle l’envoie chez Jo, le jardinier de la maison de retraite, personnage « taiseux » mais d’une rare empathie. S’en suit une sorte de « road movie » engainant Mamy, Rémy et Emilie (qu’il est allé cherché chez ses parents) jusqu’à la mer, au lieu précis, ou fut prise une photographie représentant ses parents, heureux. Leur but est d’y disperser les cendres du père de Rémy (que ce dernier à dérober au columbarium).

Durant ce voyage quasi initiatique, Rémy se transforme, devient un homme, fait l’amour pour la première fois avec Emilie, comprend tout l’amour de son père, les réactions de sa mère face à cette violence dont elle a été victime et dont il découvre les causes dont les racines se plongent même dans le passé de sa grand mère. Malgré leurs inquiétudes de se faire arrêter par les forces de l’ordre, c’est pour tous les trois protagonistes quelques jours de bonheur absolu durant lesquels ils vont rencontrer des personnes qui les aident mais surtout les acceptent tels qu’ils sont.

Voila un roman au style faussement naïf, souvent drôle, un roman sur la différence, sur la force de l’amour qui peux transcender ceux qui le vivent mais aussi détruire ceux qui sont en périphérie, car l’amour peut aussi rendre autiste. Qu’est ce que la normalité ? Les personnes qui sont « en marge », « différents » ont ils la possibilité, pour ne pas dire le droit, d’être heureux » ? A ces questions Patrice Juiff répond oui, trois fois oui à travers ces deux adolescents Rémy et Emilie qui ne souhaitent qu’une chose : vivre leur amour sans que leurs proches, les « institutionnels », qui ne peuvent les comprendre suivant leurs critères, les en empêchent. Et puis il y a Mamy, une veille « dame indigne » qui aime son petit-fils tel qu’il est, qui n’est pas sans faire penser à la grand-mère de Sophie Marceau dans « La Boum », et qui elle aussi se transforme, accepte de sortir de son passé pour se projeter dans l’avenir, au cours de ce voyage.

Foreveur est un livre agréable, très facile à lire qui nous plonge dans les méandres de la différence, des différences, un livre qui nous pousse à les comprendre, à les accepter car le bonheur appartient à tout un chacun tel qu’il est.

Émile Cougut


Foreveur
Patrick Juiff

éditions du Rocher. 18€90


WUKALI 03/06/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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