The Milkmaid of Bordeaux, one of Goya’s last works


Père du Romantisme pictural, reporter de guerre avant l’heure (Les Désastres de la guerre, Le Colosse, Les 2 et 3mai 1808), tellement en avance sur son temps que son œuvre annonce l’art moderne… Tout et son contraire a été dit sur l’art de l’espagnol [**Goya(1746-1828)*] qui appartint, de manière souvent réductrice pour les historiens d’art, à l’école néoclassique.

Ce qui est certain c’est que, parmi les peintres de génie qui forment l’essence de l’art pictural, Francisco Goya reste l’un des plus mystérieux : une formation chaotique et une jeunesse décrite comme « picaresque », un long séjour en Italie dont nous ne savons pas grand-chose ; un mal étrange qui le rendit complètement sourd(1793), lui ouvrant les portes de son inconscient en lui révélant ses mondes intérieurs délirants, qu’il exorcisa sur les murs de sa maison ( La quinta del sordo : la maison du sourd) ; des sujets, énigmatiques, à la limite de l’interprétation personnelle du commentateur et les conditions bizarres qui lui permirent de passer les quatre dernières années de sa vie en exil à Bordeaux, tout en conservant les avantages de sa position de premier peintre du roi : suite à la restauration de l’absolutisme monarchique par [**Ferdinand VII*] d’Espagne en 1823, le peintre obtint un congé officiel pour aller se faire soigner en France. Il ne revit jamais son pays natal et rejoignit sa maîtresse [**Leocadia Weiss*] à [**Bordeaux,*] ville où le vieillard vécut avec elle et la petite fille qu’ils eurent ensemble ( [**Rosario Weiss*]) et où il créa, en 1827, un chef d’œuvre particulièrement étonnant et spectaculaire : [**La laitière*].

Cette peinture est un OVNI dans le corpus du peintre comme dans l’art bidimensionnel car elle est un cas unique chez Goya comme dans l’art pictural de l’époque : elle est prémonitoire et annonciatrice de temps nouveaux car d’inspiration romantique mais, stricto sensu, tableau impressionniste puisque, pour la première fois dans l’Histoire, un peintre renonce à la couleur locale, référence de l’art bidimensionnel, au profit de la division des tons qui est le fondement technique de l’impressionnisme. Naturellement le sujet reste traditionnel, basé sur un modelé classique mais doté d’une luminosité que seuls les plus talentueux peintres ont été capables de métamorphoser en une lumière translucide et dominante d’inspiration céleste : [**Van Eyck, Léonard de Vinci, Vermeer*]…

L’œuvre est une huile sur toile conservée au musée du Prado de [**Madrid*], elle mesure 74×68 cm. Elle est peinte dans des tons assez doux et très lumineux avec des couleurs claires, franches et simples. Le modèle en est une typique laitière française du temps, pimentée à la sauce madrilène. Elle porte un corsage sous son tablier, un châle sur les épaules et un foulard qui regroupe ses cheveux vers l’arrière. Les arrondis fluides des lignes de l’écharpe qui se croisent sur la poitrine et les plis de le la jupe sont calmes, descriptifs et analytiques, Un pot à lait se voit derrière elle, sur sa droite. La perspective tend à faire croire qu’elle est assise sur une monture. Les nuages du ciel sont visibles mais peu lisibles: leurs couleurs, évoluant du vert clair à un vert sombre d’orages et de tonnerre.

La manière dont elle est peinte sort du cadre de ce que l’on connaissait à l’époque car le tableau est indépendant de toute règle picturale alors existante. Il dégage une harmonie chaste, troublante et fascinante. Le personnage est bien mis en valeur : elle paraît naturelle, absorbée dans ses pensées, un peu lasse et fatiguée des travaux quotidiens que son travail implique. Mais ses yeux expriment une force, une volonté que l’on est surpris de trouver chez une femme. Cette caractéristique est si violemment explicitée que nous pouvons, physiquement, ressentir le côté le plus terrifiant du tempérament espagnol, qui était celui de Goya comme de ses compatriotes de la période : le fanatisme.

Sa carnation teint-de-brique, ses pupilles et sa chevelure noire, son menton volontaire, la solidité de son corps magnifiquement peint et un cou puissant surmontant une poitrine développée et avenante, le tout exalte l’individualisation de ce sujet qui s’empare de l’espace pictural environnant. Cette femme du peuple, bien au-delà de sa condition, est une vision de l’artiste. Dans une sorte de chassé-croisé démentiel, elle est une réincarnation de l’éternel féminin qu’était pour le peintre, autrefois et dans d’autres circonstances, la [**Duchesse d’Albe*]. Cet hommage d’un vieillard à la beauté féminine doit être compris par rapport à sa situation personnelle : Leocadia Weiss avait 42 ans de moins que lui.

Les couleurs utilisées forment une palette exceptionnelle : tons chauds sur le visage en comparaison avec ceux du ciel, beaucoup plus froids, mais l’ensemble coloré montre une unité stupéfiante due à la transparence générale qu’a réussi à inventer l’artiste. C’est une symphonie de bleus, bleus-verts, verts, blancs et ocres qui fusionnent en un maelstrom d’impressions lumineuses et de puissantes réverbérations de lumières.
Cette peinture est un chef d’œuvre esthétique, le triomphe et l’apothéose d’un peintre qui a recherché toute sa vie une forme de synthèse de tout ce qu’il portait en lui, et qu’il obtint finalement avec « La laitière de Bordeaux ».

[**Jacques Tcharny*]|right>


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WUKALI 04/10/2017

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