Days of affliction after a rape


Voilà un livre, un témoignage de plus, sur une réalité qui se fait progressivement de plus en plus visible : le viol. Hélas, c’est un crime qui, comme celui de Caïn, poursuit l’humanité depuis qu’elle est sur terre. Hélas, durant des millénaires, rarement le viol fut reconnu comme un crime. Hélas, et l’actualité récente nous en amène la preuve, certains prédateurs trouvent des raisons multiples pour expliquer leurs geste : «la fille était consentante (tout le monde sait que quand une femme dit « non », cela veut dire oui), elle avait aguiché l’auteur,» maintenant on a droit à « elle ne portait pas de voile ». Soit, quand nous relisons l’épopée de Gilgamesh, la seule femme qui ne soit pas voilée est la prostituée, celle d’ailleurs qui aide le héros dans sa quête, soit sous Saint Louis les mêmes prostituées avaient interdiction de se couvrir les cheveux. Heureusement depuis quelques siècle notre société a évolué. Notre société, mais pas tous ses membres. Bien sûr, on vous racontera l’histoire d’un homme qui s’est retrouvé en prison à cause d’une fausse accusation de viol. C’est vrai, cela c’est déjà produit. Mais c’est vraiment une exception et sûrement pas une règle. Alors pourquoi toujours ressortir cet argument qui accable encore plus la victime. [**Caroline Doléans*] en a souffert, comme trop de victimes de viol, et pourtant, les faits qu’elle a vécus ont été filmés en grande partie. On cherche toujours des excuses aux auteurs, rarement on essaie de se mettre dans la tête, dans les souffrances des victimes.

Caroline Doléans, le 17 avril 2009 est victime d’un viol collectif dans un wagon du RER qui la ramène chez sa mère. Elle nous livre sa vie à travers des morceaux de son journal personnel, à travers les analyses qu’elle tente de faire de son histoire. C’est un témoignage émouvant car elle écrit avec ses mots, avec ses tripes. Elle essaie de comprendre pourquoi sa vie est une longue série de douleurs et surtout, elle nous explique quel est le chemin qu’elle a pris pour sortir de son enfer quotidien. Elle nous montre son chemin, et elle a l’intelligence de ne pas nous l’imposer. Elle sait qu’il n’y a pas un chemin, mais des chemins, et que le sien lui a permis de devenir la femme qu’elle est devenue, une autre victime n’a pas à le suivre. Caroline Doléans raconte, n’impose rien.

Jeune fille en rupture scolaire, issue d’une famille recomposée, elle a la douleur de perdre sa sœur aînée après son viol, mais arrive quand même à avoir son bac. Mais rien ne va pour elle, sa mère la met régulièrement à la porte, elle boit beaucoup, elle se drogue, ses histoires de cœur sont un vrai désastre.

Il faut lire le calvaire du procès, de l’appel, l’empathie dont fait montre son avocat, la hargne des auteurs qui ne perçoivent pas le mal qu’ils ont fait. Un très beau moment de lecture dont on ne sort pas indemne.

Et puis, il y a son chemin, la façon dont elle agit pour sortir de son enfer quotidien : partant du principe que les hommes ne sont pas intéressés par elle, mais par son corps, elle devient escort girl. Prostituée de luxe qui « gagne en deux passes plus d’un mois de smig ». Elle continue dans la fête, dans l’alcool, dans la drogue. Une sorte de suicide, jusqu’au jour ou elle a un déclic et arrête tout pour travailler et reprendre ses études.
Bien sûr on peut trouver qu’elle ne développe pas assez le moment, le pourquoi de se décision de cesser la prostitution. Mais est-ce important ? Sûrement pas tant le témoignage de Caroline Doléans est totalement exempt de pathos. Elle ne demande qu’une chose, non qu’on la comprenne, mais qu’on ne la juge pas. Elle ne demande rien si ce n’est de la laisser vivre. Elle oublie une chose, c’est qu’elle a un vrai talent pour l’écriture et qu’elle a dans ce livre des dizaines d’idées à développer dans de superbes futurs livres. Une chose est certaine, c’est que Caroline Doléans est avant tout une belle âme.

[** Émile Cougut*]


[**Il n’y a de lumière que dans la nuit
Caroline Doléans*]
éditions Balland. 17€


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WUKALI 27/11/2017)]

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