From sexual abuse to eating disorders, violence and drug addiction, the unbearable Stations of the Cross of a famous top model

[**Nikki DuBose*] est une vraie américaine « moyenne », pas une star, pas une rebelle, pas une pauvre, non une Américaine comme il y en a des millions. Une femme qui aurait du être aussi anonyme que ses semblables, mais…

Mais elle connut son heure de gloire comme mannequin et surtout, vu son calvaire, elle s’investit dans des associations luttant contre les violences aux enfants et contre les ravages des dérèglements alimentaires. Son autobiographie est aussi un élément sûrement essentiel dans sa thérapie. Car si elle est une américaine « moyenne », Nikki DuBose est aussi et avant tout une victime, une victime de sa famille, une victime d’un système : le mannequinat.

Née en Caroline du Sud dans les années 80, ses parents divorcent quand elle n’a que deux ans. Sa mère se remarie avec un homme qui se révèle vite être un pervers manipulateur (parfois violent), un véritable tyran. Sa mère se réfugie dans l’alcool et développe une personnalité tripolaire. Un voisin pédophile abuse d’elle. N’ayant aucune confiance en elle, elle se réfugie dès ses 8 ans dans une boulimie plus que compulsive, puis jeune adolescente dans le sexe, l’alcool, les drogues (essentiellement de l’herbe et des acides). Elle réussit à avoir l’équivalent de son baccalauréat, mais elle n’arrive pas à poursuivre des études supérieures, change régulièrement de travail, de lieu de vie, d’amants, fuyant son beau-père, sa mère (tout en voulant créer un vrai lien mère/fille), surtout se fuyant. Elle essaie de se soigner, mais son mal est si profond que c’est un échec. Et puis elle se lance dans le mannequinat, plus exactement, au début, elle pose pour des photographes amateurs puis professionnels. Elle a quelques contrats, mais comme elle ne correspond pas aux canons de « beauté » de ce milieu (elle a des rondeurs), elle devient anorexique. Plus elle maigrit (mais il y a toujours quelques kilos de trop), plus elle devient un squelette recouvert de peau (comme elle se décrit), plus elle a de contrats, plus elle est admirée, adulée. C’est l’époque où il ne se passe pas un jour où elle est ivre, où elle consomme des quantités très importantes de cocaïne. C’est l’époque où elle est violée par un photographe. Elle arrive à progresser dans ce milieu encore plus dangereux que la jungle où les filles sont prêtes à tout pour pouvoir décrocher des contrats et atteindre le nirvana : les défilés de Haute couture.

Si on l’adule, elle, ne s’aime toujours pas, a pleinement conscience qu’elle a un masque (et elle a horreur de ce qu’il y a derrière), que les autres ne voient qu’un corps, ne souhaitent instaurer qu’une relation basée sur le sexe et non sur la personne qu’elle est vraiment. C’est une période de fête, de l’argent facile, des amants réguliers et éphémères. Physiquement, elle s’épuise, elle porte les stigmates de ses abus, ses muscles ont parfois du mal à fonctionner.

Le décès de sa grand-mère adulée, puis de sa mère, la rencontre avec Olivier, un Français, la poussent à sortir de cet enfer, à surmonter ses démons. Bien sûr, [**Nikki DuBose*] est américaine et il ne faut surtout pas oublier dans sa démarche Dieu, la prière, la Bible.


[**Nikki DuBose*] se livre à ses lecteurs sans aucun faux-semblant, elle décrit les faits qui ont fait sa vie. Elle porte un regard très lucide sur son passé, sur ses actes, sur ses fuites, sur son auto-destruction totalement consciente. On perçoit à travers ce livre qu’elle veut servir, non d’exemple, mais de répulsif pour que d’autres jeunes femmes ne réitèrent pas ses erreurs, ne se sentent pas attirées par le miroir aux alouettes que représente le mannequinat.

Il est difficile à comprendre l’attrait que représente le mannequinat auprès de la population quand on connaît l’envers du décor. On ne veut voir que de belles femmes, les paillettes, l’argent, la fête, les palaces, la beauté des vêtements revêtus, et jamais l’esclavage sexuel, la drogue, les privations. Bien sûr cycliquement des bonnes âmes, des associations dénoncent régulièrement les ravages qu’il représente, essentiellement auprès des jeunes filles, critiquent son côté artificiel (cela se saurait si la majorité des femmes s’habillait en taille 32 pour les plus grosses), avec ses photos quasi systématiquement retouchées, etc. Mais rien n’y fait, les médias se précipitent aux défilés de mode, font des reportages sur les mannequins, etc. Il y a même des chaînes de télévision dédiées à leur univers (enfin sur le côté pile de ce milieu, jamais sur l’autre) !

Souvenons-nous d’[**Isabelle Caro*] qui avait fait une campagne contre l’anorexie en posant nue pour montrer les conséquences de cette maladie qui sévit dans les milieux de la mode. Elle est décédée à 28 ans. De 2001 à 2012, se sont 30 mannequins (hommes et femmes confondus) qui sont morts d’anorexie. Et les abus de ce milieu n’ont pas du les aider à survivre.

[**Nikki DuBose*] fait montre d’une parfaite lucidité en écrivant que plusieurs fois elle a frôlé la mort et que si elle n’avait pas su prendre les mains tendues vers elle, elle n’aurait jamais pu écrire, car elle serait déjà morte. Bien sûr, les vendeurs de faux rêves, les profiteurs du système, s’épancheront en disant que c’est l’histoire individuelle d’une seule personne, histoire qui ne concerne qu’elle et pas les autres mannequins, que bien sûr, il y a trop de filles anorexiques dans ce milieu et qu’ils vont tout faire pour lutter contre ce fléau. Et ce sont les mêmes qui, après s’être battus la coulpe, vont dire aux filles de perdre « seulement un ou deux kilos » si elles veulent travailler. À de très rares exceptions prés, l’immense majorité des anciens mannequins parlent à mots plus ou moins voilés toujours du même univers : la tyrannie de la maigreur (pas de la minceur, de la maigreur), la drogue, l’alcool, le sexe omniprésents. [**Nikki DuBose*] ne voile pas ses mots, elle ne dénonce pas, loin de là, elle décrit. Et c’est sûrement pire.

[**Dans l’enfer du mannequinat*] est un livre d’utilité publique à mettre dans toutes les mains des jeunes filles passant plus de 10 minutes à regarder les défilés de mode.

[**Pierre de Restigné*]


[**Dans l’enfer du mannequinat*]
[**Nikki DuBose*]
éditions du Rocher.19€


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WUKALI 15/01/2018)]

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