The dramatic and true story of a song composer who died at Auschwitz


Si je vous dis [**Casimir Oberfeld*], vous allez me regarder avec des yeux de merlan frit. Si je vous dis que c’est un des plus célèbres compositeurs de l’entre-deux-guerres, vous allez vous demander soit si je n’ai pas abusé de l’alcool ou d’autres produits illicites, soit que j’ai encore trouvé un « truc » pour essayer de briller en société en étalant une pseudo culture. En parlant de culture, je vous dis « c’est vrai », tout de suite vous voyez les jambes de [**Mistinguett*], j’enchaîne avec « Paris sera toujours Paris » et tout de suite vous me répondez [**Maurice Chevalier*] et son canotier et la reprise magnifique de cette chanson par [**Zaze*] et la polémique qui en a suivi. Et puis, je dis « Félicie ?  » «  Félicie ?, me répondez-vous, prénom féminin quelque peu désuet », alors je vous aide en complétant « Félicie, aussi ». Alors ce n’est qu’éclats de rire, [**Fernandel*], des paroles drôles mises en valeur par une mélodie légère, charmante, facile à se souvenir.
Point commun de ces trois chansons, leur unique compositeur : [**Casimir Oberfeld.*]


Cet auteur, compositeur, ami de [**Fernandel*], d’[**Alfred Willemetz*], le parolier génial de l’époque, fut un des plus importants sociétaire de la SACEM dans l’entre-deux-guerres, il fut l’auteur de centaines de chansons de variétés, de nombreuses opérettes et de musiques de films. Parmi ceux-ci, « la marche 6/9 one-step » de la Margoton du bataillon. Ce film de [**Jacques Darmont*] avec [**Armand Bernard*] dans le rôle principal, est loin d’être passé à la postérité, et sa musique aurait dû suivre le même chemin, si cette marche n’avait pas été autant parodiée. D’abord en 1937 quand cette mélodie fut reprise pour être l’hymne officiel… du tour de France, l’année d’après pour le  chant de l’avenir, hymne des éclaireurs socialistes de l’époque. Bien sûr, aucune demande n’a été formulée auprès de Casimir Oberfeld afin d’avoir la permission d’utiliser sa mélodie. Aucune demande non plus de la part de la part de [**Charles Courtioux*], imprimeur lyonnais de partitions musicales et de [**Charles Marbot*] (directeur de la SACEM de 1956 à 1973) en 1941 quand ils déposent la chanson «Maréchal nous voilà».

Et oui le véritable auteur de la mélodie qui devait devenir l’hymne officiel de l’Etat Français à la place de la Marseillaise est [**Casimir Oberfeld*]. Peu le savent et pour cause les plagiaires n’allaient pas se vanter de leur forfait. Il faut dire que nous sommes en 1941 et Casimir Oberfeld symbolise à lui seul tout ce que vomit le pouvoir collaborationniste : il est un juif (de par son père, banquier, mais pas du côté de sa mère de vieille famille protestante) et polonais d’origine. Voilà qui aurait fait plus que tâche. Mais cela montre aussi que l’histoire sait être ironique et démontre continuellement la vanité des idéologies mortifères.

La Mélodie volée du maréchal est la quête de [**Grégoire Alexandre de Donici*], né en 1942 à Genève, qui comprend alors qu’il est adulte que son père n’est pas le mari de sa mère mais l’homme qui l’a adopté. Son père, rejeton de la famille d’[**Henri Dunant*] a réussi, grâce à ses fonctions au sein de la Croix-Rouge de sauver bien des vies lors de la débâcle allemande. Mais son oncle adoré, celui qui l’a élevé, fut un collaborateur très actif, animateur à Radio Paris, condamné à mort à la Libération et à quelques années de prison en France. Non, son père est le premier mari de sa mère (il ignorait jusqu’à ce jour que sa mère s’était mariée deux fois) et n’est autre que Casimir Oberfeld.

Sa quête sur ses racines paternelles, le conduit jusqu’au village de Venkrbec en Tchéquie. C’est là que son père a fini son existence. En effet, quand les Allemands ont pris la place des Italiens à Nice, il a été arrêté comme tant d’autres juifs qui avaient cru trouver refuge dans le comtat niçois (comme la famille de Simone Veil). Déporté à [**Auschwitz*] (où périront ses parents), il est devenu le pianiste du camp. Emploi «protégé », du moins par rapport à ceux des autres déportés. Mais en 1944, face à l’arrivée des troupes soviétiques, le camp est évacué sous des températures sibériennes. Casimir Oberfeld se retrouve dans un wagon ouvert. A une halte à la gare de Venkrbec, les nazis jettent neufs corps, des hommes morts de froid. Discrètement le prêtre, le père CeCetka les enterre dans le cimetière. Mais il prit soin de bien noter la disposition des corps en relevant leur numéro de tatouage dont le «169899». Grace à cette action, il fut possible d’exhumer les restes de l’homme ayant reçu ce tatouage : [**Casimir Oberfeld*]. Après une analyse ADN pour être certain qu’il s’agissait bien du compositeur, le 29 juin 2016, Casimir Oberfeld était (définitivement) inhumé au carré de la SACEM au cimetière du Montparnasse.

S’ll y a beaucoup de répétitions dues essentiellement à l’entremêlement de deux destins : la vie de Casimir Oberfeld et la recherche de son fils, ce livre fait resurgir des nimbes du passé, un de ces « oubliés de l’histoire » qui symbolisent souvent le quotidien de tant de personnes. A travers Casimir Oberfeld, nous nous remémorons le long calvaire de tant de victimes de la barbarie nazie, des gens qui vivaient, aimaient et qui furent massacrés au nom d’une idéologie mortifère.

[** Félix Delmas*]


[**La mélodie volée du maréchal
Jean-Pierre Guéno*]
éditions de L’Archipel. 19€


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WUKALI 02/02/2018)]

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