He worked for the most talented film makers of his time


[**Aldo Graziati*] (1905-1953), qui signait sous le pseudonyme de G.R.Aldo, fut un des plus brillants photographes de plateau du cinéma européen : c’est lui qui réalisa les fameux clichés de « La Belle et la Bête » de [**Cocteau*], en 1946, un des sommets du genre. Il travailla également, après-guerre, avec [**Vittorio de Sica*] et [**Luchino Visconti*]. Il mourut dans un terrible accident de voiture lors du tournage de « Senso  », en 1953.

Sa biographie est truffée de pages vides : né à Scorzè en Vénétie, il appartenait à la petite bourgeoisie locale. A 18 ans, fasciné par le théâtre, il émigre seul à Paris. Vers 1925 il semble avoir fait partie de la troupe des « Boys » de [**Mistinguett*]. En 1927, on le retrouve dans le film «L’île d’amour » de [**Jean Durand*]. Vers 1930, il rentre en Italie où il exerce beaucoup de métiers différents, tout en se passionnant pour la photographie d’art. Insatisfait de son sort et peu enclin à aduler Mussolini, il repart pour Paris peu avant la guerre. |left>

Il commence sa carrière sur les plateaux de cinéma en 1939. Il travaille avec les plus grands cinéastes de l’époque : [**Marcel L’Herbier, Jean Delannoy, Marcel Carné*] ou [**Jean Cocteau*].

Une de ses photos les plus connues, extraite de « L’éternel retour » de Jean Delannoy
en1943, montre le visage de [**Madeleine Sologne*], de face et légèrement en oblique, au-dessus de celui de [**Jean Marais*], horizontal et de profil. L’effet est saisissant pour le spectateur : le fond complètement noir fait ressortir les deux acteurs dont les visages se touchent, accentuant l’aspect fusionnel de ces Tristan et Yseult modernes.

Esthétisme, profondeur de champ et construction intellectuelle deviennent les éléments d’une spiritualité induite par l’objectif de cet inventeur qu’était alors Aldo Graziati, au summum de sa forme.

Sur « Les visiteurs du soir » de [**Carné*], il créé des ambiances particulières dans ses photos où son sens du cadrage, d’une précision unique, et son don pour rendre les contrastes des noirs et des blancs se reconnaissent immédiatement, s’adaptant impeccablement à la vision du metteur en scène. Pour s’en convaincre il suffit d’observer la célébrissime photo où les deux amants ont été changés en statues et où le Diable essaye de les frapper car leurs deux cœurs battent toujours : dans ce lieu isolé tout en blanc, au milieu des oliviers témoins de la scène, ce «  diable de [**Jules Berry*] » se retourne et frappe… Sa présence physique(il occupe le premier plan et son visage reste invisible) et les coups qu’il donne son ressentis par le spectateur comme des atteintes à son intégrité : malgré la fascination qu’exerce ce démon plus vrai que nature qu’incarne à la perfection l’acteur, le spectateur ne peut qu’être solidaire des amants…

Mais le sommet de son Art c’est dans «  La Belle et la Bête » de[** Cocteau*] qu’il va l’atteindre : le monde entier connaît ses extraordinaires rendus des noirs et des blancs dans ses photos où l’on voit un [**Jean Marais*], grimé et méconnaissable, porter [**Josette Day*], évanouie, au-travers d’un couloir que des bras-candélabres illuminent. Le spectateur en reste pantois, sidéré par cet éblouissement féerique, d’apparence si naïve, qui est, en vérité, particulièrement élaboré avec ses noirs expressifs, ses lumières magiques et le sens inné de la composition de son auteur : aucune mélancolie mais un sens positif du merveilleux comme jamais vu auparavant.
Un autre cliché de ce film marquera les esprits : celui où l’on voit Josette Day agenouillée, paraissant transcendée, un turban sur la tête et une robe découpée par la lumière, avec Jean Marais debout en arrière-plan. Il s’agit là d’un hommage au grand[** Vermeer*], dans une ambiance hollandaise recréée avec les tommettes à damiers du sol, avec les vêtements spécifiques de l’héroïne, avec son turban, avec les pourpoints des coussins posés sur le lit, avec les tentures cachant ce dernier.Tout cela éclairé par une luminosité divine venue de droite, en haut…Le spectateur comprend immédiatement cette illumination psychologique. C’est unique dans la longue histoire de la photographie de cinéma.|center>|center>

Son activité sous l’Occupation ne s’arrête pas là : par l’intermédiaire de son ami très proche[** Raymond Voinquel*], il entrera comme portraitiste au [**Studio Harcourt*]. Il y travaillera de 1942 à 1947. Il sera l’un des rares artistes à obtenir l’insigne privilège de pouvoir signer ses œuvres réalisées chez Harcourt. Dans le même temps, il travaillait aussi au[** Studio Dax*] le deuxième studio photo à Paris.

Pour Harcourt, il réalisa notamment une photo de[** Mistinguett*] habillée entièrement en noir sur un fond blanc immaculé. Son sourire forcé évident en dit long sur ce que fut l’Occupation pour les privilégiés : une période où ces gens se grisaient en essayant d’oublier les problèmes du quotidien, la dureté de la guerre sous les bombardements alliés et laissaient les autres être envoyés au S.T.O… Les longs gants noirs portés par la chanteuse, son chapeau ridicule, les boucles d’oreille pendantes au bout de ses oreilles et son immense robe noire débordante sentent l’artifice d’un univers frelaté compromis avec les Allemands, qui sait pertinemment qu’il ne survivra pas à la proche Libération.

En 1947, le tournage de « La chartreuse de Parme » se déroulant en Italie, il retrouve [**Antonioni*] qui le présente à [**Visconti*]. Lequel l’engage comme directeur de la photographie de son film «  La terre tremble »(1948). Les deux hommes s’entendent parfaitement et Graziati va continuer à travailler avec le maître italien, jusqu’à son décès accidentel et prématuré.

Il collabora avec [**De Sica*] sur «  Miracle à Milan »(1951), « Umberto D. »(1952) et « Station Terminus  »(1953), avec [**Orson Welles*] sur Othello(1952). |right>

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, [**Graziati*] n’était pas un touche-à-tout de génie mais bien un surdoué de la photographie de cinéma. Il mit du temps à se trouver, c’est vrai, mais une fois fixé sur son activité de photographe du cinéma il n’en dévia plus. Son œuvre est partout reconnue et célébrée. On peut dire que sa période la plus créative, la plus glorieuse, fut l’Occupation, sans que cela ait eu une influence quelconque sur son comportement personnel.

Malheureusement, sa disparition à 48 ans a privé l’univers du septième art de son talent.
Ses clichés sont très recherchés des connaisseurs pour leur esthétisme et pour leur rareté : ils sont donc chers en ventes, sur sites ou publiques, ou dans les galeries spécialisées.

Les collectionneurs qui en possèdent sont discrets et assez peu accessibles : ils préfèrent la solitude de leur cabinet à l’exposition officielle. Malgré tout, apparaît de temps à autre un cliché signé G.R.Aldo… Comme il n’y a aucun déchet dans sa production, la magie du nom et la qualité de l’œuvre font le reste et les prix s’envolent…

[**Jacques Tcharny*] |right>


Illustration de l’entête: Madeleine Sologne et Jean Marais dans « L’éternel retour » de Jean Delannoy (1943).

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WUKALI 23/02/2018)]

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