Free-masons in France in the early XVIIIth century and the police reactions


L’année dernière, à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand s’est tenue une exposition à l’occasion du tricentenaire de la franc-maçonnerie, la première exposition à Paris de cette importance sur ce thème depuis celle de sinistre mémoire des années faite par l’occupant nazi. A cette occasion, les personnes ne connaissant pas l’histoire de la franc-maçonnerie ont pu comprendre que ce mouvement a été victime, dès sa création en France, d’une suspicion forte des pouvoirs publics et, par voie de conséquence d’une répression policière. Des différences entre le XVIIIè siècle et la période nazi, il y en a tant en nombre qu’en forme. Pas un franc-maçon n’a été exécuté à cause de son engagement sous l’Ancien Régime. Et cela s’explique par bien des raisons.

[**Jean-Paul Lefebvre-Filleau*] dans ce livre publié aux éditions du Rocher nous apporte quelque clefs pour expliquer non seulement l’attitude des pouvoirs publics mais aussi l’échec total à moyen terme de la répression.

L’auteur replace la franc-maçonnerie dans son contexte anglais, ses origines plus ou moins mythiques, ses premières réunions dans les auberges de Londres, la création de la Grande Loge d’Angleterre dans celle de l’Oie et le Grill, l’évolution des constitutions d'[**Anderson*] éditées en 1723.

La franc-maçonnerie est arrivée en France avec l’exil du roi [**Charles II*]. Elle était plus que tolérée par [**Louis XIV*] car composée essentiellement de partisans des rois [**Stuart*] (les jacobites) donc des opposants aux Anglais. Mais la politique étrangère de la France évoluant, le retour des Stuart sur le trône d’Angleterre étant devenu impossible, les relations avec ce pays s’étant normalisées, les franc-maçons devinrent suspects (plus tard quand la guerre repris entre les deux pays, ils furent tout aussi suspects puisque le mouvement venait d’outre-Manche).

De plus, le rituel maçonnique impliquant le secret, le pouvoir craignait qu’il ne se fomentât des complots contre les pouvoirs publics. Surtout, le [**cardinal Fleury*], percepteur puis « premier ministre » de[** Louis XV*] se méfiait des franc-maçons. Dès 1737 a lieu une première descente de police à la loge Coustos-Villeroy. Ces descentes dureront 10 ans. La franc-maçonnerie est condamnée et interdite par l’état. En 1738, la bulle In eminenti apostolatus specula de [**Clément XII*] est fulminée : c’est une condamnation sans appel de la franc-maçonnerie (d’autres suivront). Mais elle ne fut jamais présentée et donc enregistrée par le Parlement et donc ne pu être appliquée dans toute sa vigueur en France malgré les pressions de l’aile la plus conservatrice du clergé.

Il y a donc régulièrement des descentes de police lors de tenues maçonniques. Mais comme très vite la haute aristocratie fut initiée, l’action de la police a très vite trouvé ses limites : on ne pouvait pas poursuivre des proches du roi. Soit, les non nobles avaient quelques problèmes (l’égalité devant la loi étant encore un vœux pieux), mais tous les Frères étaient de fait protégés par cette haute aristocratie : les premiers Grands Maîtres en faisant souvent partie comme le [**duc d »Antin*] et surtout le [**comte de Clermont*] un cousin du roi.. Et surtout, à la mort de[** Fleury*], son successeur, [**Maurepas*] était un initié. [**Jean-Paul Lefebvre-Filleau*] montre très bien sa position plus qu’ambiguë vis-à-vis des francs-maçons : s’indignant contre eux officiellement, les aidant dans l’ombre. De fait, cette répression ne dura qu’une dizaine d’années et n’entrava en rien le développement de la franc-maçonnerie dans tout le royaume.

A partir des archives de l’époque, Jean-Paul Lefebvre-Filleau nous présente les « affaires » les plus notables de cette époque dont furent victimes les francs-maçons, les remet dans leurs contextes, apporte une analyses des méthodes policières et surtout de la prudence du Lieutenant Général de Police qui ne veut pas voir son avenir « compromis » par maladresse ou zèle.

On pourrait reprocher quelques redites, quelques digressions sur l’époque qui n’apportent que peu au fond de cette étude, voire des lourdeurs dans le textes : on aurait préféré des notes de pas de pages ou à la fin du livre plus nombreuses, car la lecture des éléments biographiques de certains personnages rend la lecture plus « hachurée ».
Au delà de ces petites restrictions, [**Les premiers francs-maçons face à la répression policière*] est une bonne introduction à la connaissance du début de la Franc-maçonnerie en France.

[**Félix Delmas*]


[**Les premiers francs-maçons face à la répression policière
Jean-Paul Lefebvre-Filleau*]
éditions du Rocher. 15€50

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WUKALI 02/03/2018)]

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