In the timeless vicinity of Paul Gauguin

La ora na.

Il y a quelques jours il neigeait sur Paris, grand froid.
Et je décidais d’aller au Grand Palais de Paris avec [**Herenui Li*].
C’est ma période polynésienne…entre traditions et modernité.
J’avance emmitouflé dans ma doudoune et mes Timberland avec ce duo hybride Vaiteani, un homme et une femme, un métropolitain et la polynésienne du même nom. Pop, folk électro.
« Belle île en mer » réchauffe les tympans. Je m’évade.

Ce duo est une rencontre strasbourgeoise ; les deux membres se retrouveront sous les alizés et feront un concours musical devant [**Laurent Voulzy*]. L’album réalisé avec le label « Un plan simple », n’est pas basique. Il est doux, poignant, évident malgré sa complexité : anglais, français et tahitien s’y mêlent.


Je me sens un peu comme[** Paul*].

J’approche de la vahiné.

Nous avons rendez-vous aux abords du musée. J’ai les images du film d’[**Edouard Duluc*] avec [**Vincent Cassel*] et [**Tuheï Adams*]. Barbu et hirsute il a été s’abreuver dans les terres lointaines des Iles sous le Vent (très jolie maison d’éditions Le vent des îles).

[**Herenui Li*] est là, figée les pieds plantés dans le verglas. Miss Tattoo Tahiti : Ink Girl Tahiti 2017

Cette jolie jeune femme au sourire désarmant a fait de son corps sa toile, son œuvre.
Je me sens le temps d’un instant comme l’acteur du film, la barbe poivre et sel, le cheveu hirsute avançant vers une de ses sculptures de bois de pua, l’encre marquant la chair de cette jeune eurasienne de Polynésie comme ses outils ont façonné le bois pour lui donner un autre dessein une autre forme, un autre sens.

Nous nous saluons sans ukulélé ni fleur (les clichés ont la dent dure). Tout en bavardant, nous nous dirigeons vers l’exposition et les premières toiles du maitre [**Gauguin*].

Le peintre est un mélangeur, de couleurs et de styles.
Né à Paris à la fin du printemps 1848, il vivra avec sa famille pendant 6 ans au Pérou.
A 17 ans, il travaille dans la marine marchande et voyage.

Ces voyages ou ce voyage que l’on retrouve dans son œuvre : entre Paris, Normandie, Bretagne, et les iles ou pays tropicaux (ou alizéens), entre peinture, sculpture, mosaïque, gravure ou encore entre impressionnisme, symbolisme et synthétisme.

Il s’est perpétuellement cherché depuis ses débuts en 1875 jusqu’à sa mort en 1903, évoluant dans sa quête tout en ramenant inlassablement certains éléments presqu’obsessionnels. Les enfants : assis ou travaillant ou jouant dans l’eau ; les femmes que l’on retrouve aussi bien dans les portraits, ses escapades normandes ou bretonnes et bien évidemment à [**Tahiti*].

115 ans après sa mort, c’est Tohotaua qui venue à Paul sous les traits de Herenui.
Je souris à cette idée pendant qu’Herenui contemple le Portrait de l’artiste au Christ jaune (1890).

L’artiste était un globetrotter, un ‘heart’ trotter oscillant entre vie conjugale, familiale avec sa femme danoise [**Mette Sophie Gad*], ses enfants ([**Emil, Aline, Clovis*] et [**Paul Rollon*]) et ses aventures amoureuses : [**Juliette, Annah, Teha’ama*] ou [**Vaeoho*].
A voir défiler toutes ses peintures bretonnes de l’Ecole de Pont Aven, me revient à l’esprit le film de [**Jean Pierre Marielle*] en 1975 : Les galettes de Pont Aven.

Qu’elle soit assise, bergère, paysanne, lavandière ou se prénomme Angèle, la jeune femme est rousse et coiffée d’un toukenn ou d’une cornette.

A-t-il toujours eu besoin de fuir ailleurs pour mieux revenir ?

Tous les deux, presque muets, nous déambulons dans les salles lumineuses à travers ses périples géographiques mais aussi artistiques.
De tenues traditionnelles, on se retrouve dans les nues caraïbéens de Gauguin.

Je suis gêné. Pourquoi ? car se tient à côté de moi cette jeune femme tahitienne et que je connais la polémique qu’a engendré le film ? Je ne sais pas. C’est idiot.

Herenui a dû le sentir, elle me fait remarquer l’étrangeté de la représentation des femmes par les artistes de l’époque. En effet, Paul a dessiné, peint de nombreuses femmes. « Les femmes occidentales sont vêtues et celles du Sud le sont beaucoup moins ; moi, je viens de plus de 15 000 km au sud-est d’ici et je rêverais d’être encore plus couverte ! » me lance-t-elle dans un sourire en changeant de salle.
C’est un autre temps quoique…

Je la retrouve face aux vahinés de l’artiste.
Je me poste pour ma part devant la toile colorée Parahi Te Marae (Là réside le temple, 1892) aux couleurs à la [**Van Gogh*] fait de dominante jaune, mauve et rouge.

Après un arrêt devant la représentation holographique 3D de la maison atelier de l’artiste, la Maison du Jouir ; nous terminons notre visite sur la toile de 1903 L’invocation faite essentielle de magenta, bleus et verts. Le centre de la toile est vide et sur les deux côtés de ce centre se placent des jeunes femmes à la peau cuivrée, au loin un rappel de sa religion catholique. Certainement le message de la fin, de la fin de l’artiste tout autant que de l’exposition.

Nous sortons en silence


Je remercie Herenui Li qui repart à travers les flocons.

Je rebranche mes écouteurs et reprend mon voyage.

« Ua roa te tau tō’u tī’aira’a ’ia ’oe
’Ua roa te tau tō’u mihira’a ’ia ’oe
Te vai muhu noa ra, auē
E here ’āpī ānei tā ’oe e tauahi ra …
» du groupe Vaiteani.

[**Jérôme Pilleul*]


Illustration de l’entête: Paul Gauguin, Portrait de l’artiste au Christ jaune. Huile sur toile 30 x 46 cm (entre 1890-1891). © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

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WUKALI 02/03/2018)]

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