An oxygen boost in this time of gregarian consensus !


Voilà un essai au titre quelque peu provocateur, puisque le matraquage médiatique tend à nous obliger d’aimer, d’adorer le football. Ce sport est devenu dans nos sociétés quelques peu « blasées », gâtées », en manque de sens spirituel, le nouvel opium du peuple. Ne nous trompons pas, de par le vaste monde, les extrémistes de tout poil et de toutes religions confondues, interdisent la pratique de ce sport au nom d’une lutte contre l’hédonisme et l’individualiste, valeurs transmises, en outre, par le football. Et voilà que part une sorte de tour de passe-passe, le football devenu symbole de la liberté.

Des valeurs, totalement artificielles, ont été attribuées à la nouvelle idole mondiale dont celles autour du respect. Il suffit de voir un match pour s’apercevoir vite que c’est plutôt le non respect de la règle, la remise en cause systématique de l’arbitre (du juge et de ses jugements), la fraude (le football étant le sport où règne avec le cyclisme le dopage le plus scientifique, le plus développé) qui sont mis en avant. Bel exemple pour les jeunes générations : ton copain t’énerve, tu fais comme Zizou : un coup de boule et tout est dit.

[**Robert Redeker*] démontre avec le talent qu’on lui connait l’image attachée à ce sport et à ses pratiques ; de fait, les valeurs du football sont l’individualisme, l’argent facile, la guerre, non seulement sur le terrain mais aussi entre les supporters (et là il peut y avoir des morts). Souvenez vous du film de [**Jean-Pierre Mocky*] « A mort l’arbitre », il y a déjà plus de 30 ans que le football est dénoncé comme titillant les plus bas instincts de l’homme. Le football est devenu une vraie invasion, une intrusion dans le quotidien de tout un chacun mais aussi dans les fondements du pacte social.

A longueur de débats tous aussi vides de sens les uns que les autres, on demande au football de faire rêver, mais quel rêve ? Quel est le contenu de ces rêves ? Un silence absolu règne en guise de réponse montrant bien la vacuité de cette injonction. On souhaite autre chose, mais non seulement on ne sait quoi, mais en plus on sait très bien que les personnes à qui on s’adresse ne peuvent répondre.

Le footballeur est devenu un mercenaire. Il ne se bat pas, ne joue pas pour un maillot, mais pour augmenter sa valeur marchande. Il n’est pas un gladiateur mais une action dans la bourse du mercato, une valeur qui engendre de grandes plus values, non seulement pour lui, mais aussi pour tous ceux qui ont investi sur leurs noms.

Le football c’est aussi le symbole de l’immédiateté, alors que les valeurs, les héros, les génies ne le deviennent, ne se développent que dans le temps. Un footballeur, est un objet éphémère qui disparaît aussi vite qu’il a brillé, chassé par un autre qui devient l’idole de ce sport. Dans deux ou trois siècles on parlera encore de [**Galilée*] ou de [**Napoléon*], mais sûrement pas de [**Messi*] ou de [**Platini*].
 On sait tout cela, on sait que de sport collectif il est devenu avant tout un sport individuel, on sait que l’équipe de football n’est qu’une machine purement financière qui n’a plus de très très lointaines racines sur un territoire, on sait que le football crée de nouvelles idoles éphémères des sortes de Dieux servis par des journalistes et autres « experts » qui nous obligent à les adorer.

Et pourtant. Et pourtant, on continue à regarder, à aimer le football. Tout spectateur devient facilement un expert qui se veut aussi, si ce n’est plus, compétent que les « professionnels ». Et puis pour beaucoup, le football est un retour « dans le vert paradis des amours enfantines », car c’est si facile pour les jeunes de jouer, un simple ballon suffit. Le football, vecteur de nostalgie… le football fait rêver, soit mais c’est le rêve de l’argent facilement gagné par des hédonistes qui n’ont pas la bedaine de tout un chacun. Le footballeur est le « surhomme » que certains auraient voulu tellement devenir.

[**Robert Redeker*] signe ici un essai à la limite du pamphlet sur le football. Cela fait un bien fou. Enfin une contribution intelligente qui synthétise, analyse ce que nous ressentons sans oser trop le dire pour ne pas passer pour des vieux ronchons. Dommage que tous les journalistes sportifs et autres experts es football s’abstiendront de le lire. Ils seraient obligés de sortir de leur petit confort intellectuel.

[**Pierre de Restigné*]


[**Peut-on encore aimer le football ?
Robert Redeker
*]
éditions du Rocher. 18€90


[**Cet essai a été choisi dans la Sélection Livres de WUKALI*]

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WUKALI 17/05/2018)]

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