The King of Pop now in Paris


Après Londres et la National Portrait Gallery, l’exposition consacrée à [**Michael Jackson*] On the wall, s’est installée jusqu’au 14 février au Grand Palais à [**Paris*].

Voila s’il en est une intéressante opportunité de visite, car que l’on ne s’y trompe pas, cette exposition sur le «Roi de la Pop» (The King of Pop) (1958-2009) n’est pas un énième hommage, une hagiographie, à l’un des plus grands artistes américains de variété de son temps, mais constitue bel et bien une tentative d’essai artistique sur le rayonnement de l’artiste dans la sphère des arts, sur sa« modernité», en tous cas tel est le sens de l’exposition qu’a voulu mettre en valeur [**Nicolas Cullinan*], directeur de la [**National Portrait Gallery*] à l’origine de cette exposition.

Olécio partenaire de Wukali

Près de 48 artistes ont travaillé autour de l’image de Michael Jackson, soit à sa demande, soit spontanément, pour d’autres après sa mort, voire quand la germination de l’exposition prit forme, sous la requête de Nicolas Cullinan.

«Tous les artistes quelque soit la génération à laquelle ils appartiennent et d’où qu’ils viennent dans le monde, ont été fascinés par le personnage de Michael Jackson et ce qu’il apporté, et chacun a su le représenter en utilisant des formes artistiques appropriées» nous a déclaré le directeur de la National Portrait Gallery

Et cela commence très fort avec cette peinture du chanteur sous les traits du roi Philippe II d’Espagne par [**Rubens*] ou plus exactement il va de soi par [**Kehinde Wiley*] et commandé par l’artiste en 2009 peu de temps avant sa mort. Evidemment cela a du panache et disons le sans ambage c’est aussi une façon marketing pour un peintre de talent d’aujourd’hui de valoriser et diffuser son oeuvre et faire reconnaître sa maestria, n’empêche ! Kitsch diront certains, à n’en pas douter, mais reconnaissons tous les mérites au peintre, on ne chipotera pas pour quelques faiblesses au niveau du traitement du cou à croire que l’idée de la représentation équestre aurait éventuellement pu servir pour d’autres commanditaires !

En réalité tout commence avec la rencontre d'[**Andy Warhol*] et de [**Michael Jackson*] et le portrait qu’il en fit pour la couverture de Time le 12 mars 1984. Un article qui fit d’ailleurs sensation et où le journaliste qui l’interviewait étrillait le chanteur sur son apparence et son allure androgyne. Les deux artistes s’étaient rencontrés dès 1977 à New York et fréquentaient tous deux la même discothèque le Studio 54. Andy Warhol fera de nombreuses photographies de l’artiste. La peinture connaitra une riche destinée et fera ultérieurement l’objet d’une vente très médiatisée chez Sotheby’s et les enchères connaitront des sommets.Il existe plusieurs autres portraits de Jackson par Warhol. La mise en abime dans l’exposition des deux artistes est de ce point de vue très pertinente, d’un côté avec Warhol celui qui met notre société en lumière, la société de la consommation du [**Ketchup*] et du [**Coca Cola*], the American way of life. Cette invention iconographique que d’aucuns assimilent à de la publicité ( et c’en est aussi) et qui contribua à son succès est en fait moins à considérer sur le plan de l’esthétique, que sur celui de ce que l’on pourrait aussi nommer conceptuel, voire philosophique, politique et social. N’oublions pas que Warhol était le fils d’un mineur tchèque émigré aux USA et qu’il passa son enfance à Pittsburgh ville de la sidérurgie américaine dans un état très industrialisé. Ces produits alimentaires et commerciaux devenus symboles de la société américaine ont une valeur pluri sémantique, tout à la fois hommage mais aussi clin d’oeil goguenard sur des nourritures et une cuisine pour le moins particulières et la force de la société de consommation en opposition à des mondes où la faim est bel et bien présente !

L’ iconographie de [**Andy Warhol*] est bâtie sur l’image, sa multiplication, sa diffusion et mise à disposition de tous, soit une une culture populaire à savoir le Pop- Art, de l’autre avec [**Michael Jackson*], un phénomène de la scène -chanteur, chorégraphe et danseur à la fois ( ce n’est pas pour rien qu’il mettait au pinacle [**Fred Astaire)*]- qui plus est Afro-Américain né dans une famille artistes les Jackson 5, et qui connut un succès international tout bonnement ahurissant ! Rappelons qu’il a produit dans toute sa carrière[** plus de un milliard de disques*] sous support vynil sans comptabiliser le reste des musiques enregistrés cd, dvd, videos, etc! Voila pour le moins ce qui justifie de cette exposition qui considère la personne même de Michael Jackson comme phénomène social qui engendre une vision artistique.

Le personnage est foncièrement américain, il en porte toutes les valeurs, la culture et les angoisses. Il aime cette société du spectacle et du cinéma, le monde de la danse: «J’aime Sammy Davis, j’aime Fred Astaire, j’aime George Lucas, je suis dingue de Jane Fonda et de Katharine Hepburn» déclara -t-il ainsi dans un entretien dans Interviews magazine dont au demeurant Andy Warhol était le propriétaire. Noir dans une société foncièrement blanche il souffre de la différence et du racisme «ordinaire» et on se perdrait dans une analyse freudienne si on révélait qu’il souffrait d’un vitiligo maladie auto immune caractérisée par une dépigmentation de la peau ! Il est beau et devenu foncièrement beau, chirurgie esthétique oblige certes mais ne devrions-nous pas tout autant alors considérer toutes ces starlettes blanches qui elles aussi ont eu recours à cet artifice et dont pour autant on ne moque pas la nouvelle physionomie admirée !

On ne trouve pas dans l’exposition la porcelaine produite à 3 exemplaires de Jeff Koons et représentant Michael Jackson et son chimpanzé Boobles

Dans le catalogue de l’exposition ( je ne vanterai jamais assez l’importance fondamentale des catalogues d’exposition dans ce qu’ils ont d’unique en terme de recherche et de muséologie) l ‘essayiste et romancière britannique[** Zadie Smith*] née d’un père anglais et d’une mère jamaïcaine, établit une analyse fine du chanteur-danseur,

«J’ai pensé que les Jackson représentaient pour les Noirs la possibilité d’être beau et que vous pouviez être aimé voire adoré pour votre négritude ( in your blackness). Quand j’ai découvert cela dans les années 80, ma mère avait rompu avec la sympathie qu’elle pouvait avoir alors pour Michael Jackson et pour des raisons qu’elle n’exprima pas clairement mais qui me devinrent évidentes par la suite. Pour moi il devint très tôt un personnage traumatique enveloppé de honte. C’était comme si l’histoire violente des races en Amérique s’était incarné de façon schizophrénique, autodestructrice et hypocrite dans un seul et même individu.» D’autres et notamment dans la communauté afro-américaine à l’inverse considèrent le personnage du chanteur à l’égal d’un dieu, un dieu de beauté, un dieu mystérieux et mort dans la souffrance dans l’espoir inarticulé de devenir blanc. Son androgynie étant devenu aussi l’antidote à un machisme sociétal partagé paritairement entre Noirs et Blancs.

Nombre d’oeuvres représentant le chanteur ont été réalisées à partir de photographies, ce qui permet d’expliquer la diffusion partout dans le monde de l’image de la star et son appropriation par des artistes de tous pays.

On découvre dans l’exposition un quilt ( que nos amis québécois dans un souci rigoureux de l’usage du français nomment courtepointe, une tapisserie faite d’éléments textiles disparates très en vogue aux USA) réalisé par [** Faith Ringgold*], une artiste de Harlem, et qui représente le chanteur vêtu de son blouson iconique conçu pour la scène et au centre d’un groupe d’hommes du quartier du nord de Manhattan dansant et gesticulant.

Les groupies les plus fervents admireront sans réserve le blouson de cuir imaginé par son costumier [**Michael Lee Bush*] pour sa tournée «BAD»,et dont les deux faces sont décorées de grappes de fourchettes, cuillères et couteaux en format miniature, telles des amulettes du Moyen-Âge protectrices et portées sur les vêtements, chapeaux et autres parures (tout Français ainsi connait la peinture représentant le roi Louis XI et son chapeau orné de médailles de saints. Autres temps penserez-vous ?)

La modernité du personnage est mise en scène dans une série de dyptiques réalisés par [**Lorraine O’ Graddy*] artiste new yorkaise et confrontant les photographies de [**Charles Baudelaire*] et de [**Michael Jackson*] et ce n’est pas pour rien que l’ensemble a été intitulé: Le premier et le dernier des Modernistes (2010). On est surpris par la similitude des poses prises par les deux personnages. L’artiste contemporaine insistant à travers cette confrontation iconographique sur l’absence d’opposition entre ce qu’elle nomme art populaire et grand art.

Une citation de [**James Baldwin*], romancier américain né a Harlem et bien connu en France ( il a vécu à St Paul de Vence) et reproduite dans l’exposition est tout à fait révélatrice de l’influence de Michael Jackson sur la société contemporaine et ipso facto sur les arts: «La cacophonie Michael Jackson exerce une fascination dans tout ce qui ne concerne pas la personne de Michael Jackson (The Michael Jackson cacophony is fascinating in that it is not about Jackson at all). On ne lui pardonnera pas rapidement d’avoir fait tourné les tables. Les monstres sont appelés monstres et traités comme il se doit, abominablement, parce que ce sont des êtres humains qui provoquent une résonance en nous, dans nos plus profondes terreurs et dans nos désirs». On ne peut mieux dire !

Michael Jackson aurait eu cette année 61 ans !

[**Timothy Orpington*], correspondant de Wukali à Londres et [**Pierre-Alain Lévy*]


[**Michael Jackson: On the wall*]
Grand Palais. Paris
jusqu’au 14 février 2019

Illustration de l’entête: portrait de Michael Jackson par Andy Warhol peinture sur soie, 76,2 x 66 cm.


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WUKALI Article mis en ligne le 05/01/2019)]

King (A Portrait of Michael Jackson), 2005 from Candice Breitz on Vimeo.

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