An immemorial story, from Greek tragedy to contemporary moral fatal wanderings. Great art !


La malédiction des Atrides. Un des plus grands mythes grecs. Une horreur et des morceaux de littérature qui font partie du patrimoine culturel de l’humanité. [**Eschyle*], [**Euripide*] et surtout [**Sophocle*] avec son Orestie nous interpellent toujours sur cette famille sanguinaire. Qui ne connait pas Agamemnon, Clytemnestre, Egysthe, Iphigénie, Electre, Orestre, ce sont tous des noms que nous associons à des mares de sang, à des sacrifices, à des tourments moraux inouïs, à la vengeance, à un cercle infernal qu’il faut faire cesser, mais comment ?

L’histoire est connue et archi connue : pour permettre à la flotte grecque d’avoir des vents favorables pour aller conquérir Troie, les Dieux demandent le sacrifice d’Iphigénie l’aînée du roi des rois Agamemnon. A son retour de la guerre, il est assassiné par son épouse Clytemnestre et son amant Egysthe. Poussée par sa sœur Electre, le jeune Orestre tue les deux assassins. Justice est faite, les Dieux arrêtent cette série de crimes.

Cette histoire, ces personnages, ont été repris, mis en valeur depuis la création du mythe des Atrides ; le théâtre, l’opéra, la peinture, le roman les ont mis des milliers de fois à l’honneur.

Le dernier à l’avoir fait est un des plus talentueux écrivains irlandais [**Colm Tóibín*], dans son dernier roman[** Maison des rumeurs*], il reprend cette histoire et nous livre une nouvelle et magnifique version. On retrouve l’histoire du sacrifice d’Iphigénie à la mort de Clytemnestre. Mais, il la modifie quelque peu pour la rendre encore plus prégnante, plus humaine, dans le sens où la fatalité due aux décisions des Dieux a disparu, tous les personnages sont mus par leur libre arbitre, par leurs passions, par ce qu’ils sont véritablement. Ils en deviennent beaucoup plus humains, responsable de leurs actes, ils sortent du mythe pour venir dans le réel. Et c’est d’autant plus fort que l’histoire qu’ils vivent peut devenir la nôtre.

Quand elle comprend qu’Agamemnon va sacrifier leur fille, Clytemnestre comprend que les Dieux n’y sont pour rien, que tout cela n’est que superstition, et elle décide de se venger, de venger la mort d’Iphigénie, non à cause d’une quelconque malédiction divine, mais par haine, par pure haine. Elle n’aime pas Egysthe, loin de là, elle l’utilise pour sa vengeance, et se trouve prisonnière des manipulations de son amant. Une forte haine les unit, les soude. La manipulatrice devient manipulée, mais elle arrive toujours à garder une certaine emprise sur lui.

Electre, subit son enfermement dans le palais. Elle est révoltée, veut venger la mort de son père. C’est une solitaire qui cherche l’amour de sa mère tout en tissant une toile visant à son assassinat.

Orestre est enlevé, il va s’enfuir avec deux autres garçons dont Léandre qui devient naturellement le chef du groupe. Ils passent cinq ans dans un lieu improbable, au bout du monde. Il finit par revenir. La fin du roman n’est pas exactement la même que celle du mythe. Orestre est toujours tourmenté, mais il est dominé, dominé par sa mère qu’il finit par assassiner sous l’ordre de sa sœur. Il est dominé par Electre et Léandre quand ce dernier revient avec des rebelles et s’empare, de fait, du pouvoir, rendant Orestre comme une sorte de fantoche. Il est marginalisé, mais surtout seul, enfermé dans le passé, seul héritier, dernier maillon de cette malédiction qui a fait tant de morts. Quant à Egysthe, il est gracié et prend place au conseil des Anciens.

On est presque, à travers ce magnifique roman, passé des Erinyes aux Euménides, car Orestre n’est pas totalement pardonné de son matricide. [**Sophocle*] a, en la personne de [**Colm Tóibín*], un très beau disciple.

[**Émile Cougut*]


[**Maison des rumeurs
Colm Tóibín*]
éditions Robert Laffont. 21€


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WUKALI Article mis en ligne le 07/02/2019)]

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