A ghost house ? No, our urban surroundings !

Shining de [**Stanley Kubrick*], Le locataire chimérique de [**Roland Topor*] (adapté au cinéma par[** Roman Polanski*]), et combien d’autres romans, de films sur les maisons hantées, sur la folie qui tombe sur leurs occupants et les ravage, les détruit. La liste est longue, très longue et il est impossible de tout recenser (je m’excuse auprès des lecteurs qui trouve anormal que je ne cite pas tel ou tel roman, film, nouvelle qu’ils portent au pinacle).

[**L’affaire Mayerling*] est un (nouveau) roman sur ce sujet qui est loin, très loin d’être épuisé. [**Bernard Quiriny*] aborde ce thème de façon originale en dépassant largement le cadre de la science-fiction pour nous amener vers une réflexion sur le cadre de vie dans nos sociétés occidentales actuelles.

L’auteur, qui se met en scène, écrit un roman, (aidé par son ami Braque qui s’est spécialisé dans l’architecture des bâtiments collectifs et dans l’urbanisme) ou plutôt procède à une enquête sur ce qui est devenue L’affaire Mayerling du nom d’une résidence dans la ville moyenne de Rouvières. Rouvières, ville de 250.000 habitants, en pleine expansion. Rouvières, paradis des promoteurs immobiliers qui construisent à tout va. Et un jour, une maison de maître avec son parc, en plein centre ville est mise en vente. C’est une société espagnole inconnue du paysage immobilier de Rouvières qui obtient la vente, et elle construit un petit immeuble de « haut standing » de cinq étages. Les lots sont très rapidement vendus et c’est alors que tout commence…

Rien ne va plus chez les propriétaires et les locataires : ils se déchirent entre eux, tombent malades, changent, évoluent comme madame Camy qui se transforme en nymphomane insatiable, des fantômes apparaissent, des odeurs d’origines inconnues empestent certains appartements, les canalisations semblent avoir une vie propre. Un jeune couple fusionnel se déchire, mais dés qu’ils s’éloignent de leur appartement, ils sont raides d’amour l’un pour l’autre. Aucune plante, tant dans les appartement que dans le parc arrive à s’épanouir.

Au bout de quelque mois, l’immeuble est dans un état de décrépitude avancée. Le promoteur espagnol a fait faillite, l’architecte s’est suicidé, impossible de trouver les plans et de comprendre ce qu’est cette mystérieuse machine dans les sous-sols. Le syndic de copropriété ne répond que très rarement aux demandes des résidents. Alors, ces derniers prennent la décision de détruire l’immeuble. Mais celui-ci est loin de se laisser faire.

En lisant L’affaire Mayerling on est pas loin de penser à La vie mode d’emploi de [**Georges Perec*] par sa structure : de courts chapitres, découpés de façon quasi chirurgicale, des courts moments de vie des principaux résidents déchirés par leurs tourments, qui prennent une vraie épaisseur pour devenir de vrais personnages et non des ombres sans personnalité. Une montée non de l’angoisse mais de l’incompréhension sur ce qui leur arrive, de leur transformation vers le mauvais côté de l’âme, de la nature humaine.

Mais surtout, Bernard Quiriny, en filigrane, signe un pamphlet contre les architectes et les urbanistes qui obligent la population à vivre dans des conditions inhumaines dans le sens premier de ce terme, c’est à dire qui ne sont pas adaptées à l’homme. Une critique contre le tout béton et le macadam qui détruisent la nature, une critique contre la Charte d’Athènes et les délires de [**Le Corbusier*] et de ses disciples qui ne résonnent que par rapport aux fonctionnalités de la ville, des logements et non sur le bonheur des hommes. « Demandez à un urbaniste pourquoi les viles sont laides, invivables, malfamées, les habitants tristes, malades : il ne répondra pas qu’il y a trop de béton, de bâtiments hideux, pas assez de verdure : il dira qu’il n’y a pas assez de béton, et trop de verdure. Que la révolution, en somme, n’est pas allé assez loin. »

L’immeuble Mayerling symbolise cet horreur qui ne prend pas en compte les hommes, leur complexité, leurs désirs, et qui finit par nier ceux-ci, qui les exclue. Mayerling c’est du béton, du béton sans âme, toute idée de nature s’étiole, disparaît, et ce qui reste de vivant, les résidents, s’étiolent, disparaissent.

Un petit paragraphe résume parfaitement la pensée de l’auteur : « Je ne sais quel philosophe a dit que la barbarie surgit dans deux types d’endroits : là où la densité démographique est très basse, et là où elle est très forte  ».

Et que dire de la citation de [**Rousseau*] (auteur dont je hais la pensée mais qui a eu des éclairs de génie comme dans ce qui suit) : « Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu’ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps ainsi que les vices de l’âme, sont l’infaillible effet de ce concours trop nombreux. L’homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très peu de temps. L’haleine de l’homme est mortelle à ses semblables : cela n’est pas moins vrai au propre comme au figuré. Les villes sont le gouffre de l’espèce humaine. »

On ne peut plus flâner de la même façon dans une ville après la lecture de [**L’affaire Mayerling.*]

[**Émile Cougut*]


[**L’affaire Mayerling
Bernard Quiriny*]
éditions Payot-Rivages. 20€


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WUKALI Article mis en ligne le 04/06/2019

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