When democracy is at stake

Plus de[** 2 millions d’habitants*] de [**Hong Kong*] dans les rues pour protester contre la décision du gouvernement d’extrader de la ville vers la Chine. Du jamais vu, même les manifestations de la révolution des parapluies de 2014 [**雨傘革命*] ( voir les articles parus dans Wukali[****]) n’avaient jamais réuni tant de monde! C’est l’éternelle politique du grignotage de Pékin, il en va de la loi comme des revendications territoriales en mer de Chine. En l’espèce, il s’agit de détricoter la démocratie hongkongaise, de la vider de sa substance pour la remplacer subrepticement par l’autorité dictatoriale de Beijing. Les habitants de Hong Kong n’ont pas été dupes et la mobilisation a été colossale. Beijing feint de faire porter la faute sur le gouvernement local dans une façon cynique de se laver les mains. La cheffe de l’exécutif local, [**Carrie Lam 林鄭月娥*], a reculé sur sa décision et décidé de suspendre la loi ( suspendre, pas l’abroger !) , les autorités chinoises ont même remis en liberté et sorti de prison le jeune [**Joshua Wong 黃之鋒*], le charismatique et très jeune leader de la Révolution des parapluies. La pilule est amère pour Beijing. Bien entendu c’est le black out sur cet événement dans toute la presse chinoise ! Affaire à suivre.

[**P-A L*]


Dans un dossier publié en 1996 par Perspectives chinoises, l’éminente sinologue [**Marianne Bastid-Brugière*], présidente de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, écrit, à propos de Canton, capitale du Guangdong qui jouxte Hong-Kong : « On pourrait se complaire à aligner la galerie des Cantonnais qui furent au premier rang dans les grands événements et transformations survenus en Chine depuis deux cents ans : [**Hong Xiuquan*], le chef de l’insurrection Taiping, Kang Youwei et [**Liang Qichao, Sun Yat Sen*], le père de la République, [**Ye Jianying*] et Ye Ting, les commandants des armées communistes, mais aussi [**Liang Shiyi*], le maître des programmes ferroviaires et financiers des débuts de la République, chef retors de la Clique des communications ; la puissante famille [**Song*] dont la fortune est inséparable du destin de la Chine nationaliste ; [**Su Zhaozheng*], le fondateur du syndicat des marins chinois, meneur des grandes grèves des années 1920 ; parmi les artistes, [**Ren Bonian*], un ancien soldat Taiping, fondateur de « l’école maritime », qui renouvelle la peinture traditionnelle à la fin du XIX ième siècle ; son cousin [**Gao Qifeng*] et [**Chen Shuren*], les trois étoiles de l’école de peinture du Lingnan qui poursuivent l’innovation picturale jusqu’au milieu de notre siècle. La liste serait plus longue encore si on ajoutait les personnages nés au [**Guangdong*] et considérés comme cantonnais…»

C’est dire si[** Beijing*] a toutes les raisons de se méfier de cette province turbulente, qui se trouve juste à côté d’une ville-monde plus agitée encore : [**Hong-Kong *] ! Un détail qui n’a sans doute pas échappé aux Anglais.

La rétrocession de Hong-Kong de [**1997*] ne se déroula pas toujours dans une ambiance décontractée.

Rappelons pour mémoire que Hong-Kong fut prise en trois fois par les Anglais. Le [**traité de Nankin*], qui mit fin à la première guerre de l’Opium ( 1839-1842 ), permit au Royaume-Uni d’acquérir l’île de Victoria, à perpétuité, notons-le. La seconde guerre de l’opium (1856-1860 ) permit aux Anglais d’acquérir, à perpétuité également, la péninsule de Kowloon; et en 1898, le Royaume-Uni signa avec la Chine la Convention pour l’extension du territoire de Hong-Kong, qui lui attribue, par bail emphytéotique de 99 ans, les Nouveaux Territoires, adjacents à Kowloon. Ce bail de 99 ans n’était qu’un moyen pour le Royaume-Uni de limiter les protestations de la France et de l’Allemagne. Or, 1898 plus 99 égale 1997..
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Lors de sa première rencontre avec le Petit Timonier, [**Deng Xiaoping 邓小平,*], au Palais du Peuple de Beijing, le 24 septembre 1982, [**Margaret Thatcher*] sait bien sûr que, techniquement, seuls les Nouveaux territoires sont cédés pour 99 ans, le reste est cédé à perpétuité. Forte de cet avantage juridique, elle propose donc de rendre Hong-Kong à condition que la Colonie reste sous administration britannique. Mais, réplique le Petit Timonier, de toutes façons, la Chine communiste ne reconnaît pas les « Traités inégaux ». Remarque du Petit Timonier : « je ne peux pas parler avec cette femme. Elle est complètement déraisonnable ». La conséquence de cette première rencontre désastreuse fut un krack immobilier et financier à Hong-Kong.|right>

Pourtant, deux ans plus tard, Margaret Thatcher signait avec la Chine un accord sur le principe « [**un pays deux systèmes *] » [**一国两制*] . « Thatcher à réalisé que la Chine n’est pas l’Argentine et que Hong-Kong n’est pas les Féroé », écrira Global Times, un quotidien nationaliste.

Margaret Thatcher deviendra donc plus raisonnable, c’est la seule fois où la Dame de fer reculera

Mais les démocrates de Hong-Kong reprocheront toujours à la Dame de fer de n’avoir pas saisi l’occasion de 1984 pour introduire des réformes démocratiques, et mettre ainsi la Chine devant le fait accompli…|center>

[**1er juillet 1997*]. Directeur général de Paribas, banque d’affaires française, à Hong-Kong, je suis invité aux festivités qui marquent le changement de souveraineté ; mais je ne peux m’y rendre, je suis au fond de mon lit avec un rhume carabiné, je dois donc suivre les cérémonies à la télévision. Sous une pluie battante, on voit défiler les Black Watch, corps d’élite, au son des cornemuses, puis le Gouverneur [**Chris Patten*], sous une pluie battante, replie les couleurs et se dirige à pied vers le port où est amarré le Britannia, yacht de la Couronne Britannique. Le [**Prince Charles*] l’y attend, direction : Manille. La rétrocession de Hong-Kong aura été très particulière, très émotionnelle, c’est la fin officielle de l’empire, la fin du dernier grand comptoir anglais et de la perle de l’Empire en Asie. Les enjeux sont considérables, la réussite ou l’échec de la Chine à Hong-Kong influera directement sur la question taïwanaise.

Les cérémonies se passent donc sous une pluie battante; en fait, il pleut depuis un mois sans discontinuer, d’où mon rhume. Pour les Anglais, cette pluie ininterrompue est un mauvais présage sur l’avenir de Hong-Kong. Pas du tout, répondent les Chinois, les dieux envoient ces masses d’eau pour laver Hong-Kong de la souillure ( de la colonisation britannique, bien entendu…). Les malentendus des deux côtés sont considérables, Chinois et Anglais se regardent avec méfiance.

650 soldats d’élite des légendaires Black Watch, dont la Reine-mère est colonel en chef, sont arrivés à Hong Kong en 1993 pour assurer la bonne marche du changement de souveraineté. Une question a passionné les Hongkongais : portent-ils un slip sous le kilt ? Un journaliste et photographe du South China Morning Post a trouvé la réponse juste avant la restitution de Hong Kong…|right>

Les Chinois surtout se demandent ce que trament les Anglais…jusque là, les gouverneurs de Hong-Kong avaient été des fonctionnaires, de très haut niveau et compétents, certes, mais des fonctionnaires. Le dernier gouverneur de Hong-Kong sera un politique : [**Chris Patten*], devenu depuis [**Lord Patten of Barnes*], il avait été Ministre du développent d’Outre-Mer en 1986/1989, et Secrétaire d’État pour l’environnement en 1989/1990. Un « Junior Minister » certes, un politicien de second plan, mais un politicien quand même.

Or, à partir de 1992, [**Chris Patten*], gouverneur de Hong-Kong, se mit en tête d’introduire plus de démocratie à Hong-Kong, entraînant une violente réaction du gouvernement chinois. Pourquoi, alors que les Anglais ne s’étaient pas souciés du tout de démocratie à Hong-Kong pendant un siècle et demi, se réveillent-ils quelques années seulement avant le changement de souveraineté ? Les réformes furent mises en œuvre en 1995, trois ans avant la rétrocession à la Chine. Cadeau empoisonné ? La réforme consistait entre autre chose à accroitre le nombre de sièges élus au suffrage universel, à l’abaissement de l’âge légal de 21 à 18 ans, etc…etc…

Les Chinois réagirent violemment en affirmant que l’objectif était de pervertir leur système politique, Chris Patten, dont les Chinois , chose rare avait sinisé le nom par un sobriquet [**Fat Pang 肥彭,*] fut trainé dans la boue, les menaces voilées fusèrent. [**Lu Ping 魯平*], ministre des Affaires de Hong-Kong et Macao, traita Patten de « sinner of a thousand Years », littéralement « pêcheur de mille ans ». [**Zheng Guoxiong 郑国雄*], directeur adjoint de [**Xinhua*], agence de presse chinoise, dit que « Patten cherche la confrontation en mettant ses réformes en avant. Ceci affecte la prospérité de Hong-Kong. Chris Patten n’a pas l’intention sincère de coopérer avec la Chine. Son attitude est entièrement confrontationelle, Chris Patten ignore complètement les efforts et l’attitude du gouvernement chinois, et il est la cause d’effets désastreux sur la prospérité et la stabilité de Hong-Kong…». [**Zhou Nan 周南*], directeur de Xinhua à Hong-Kong, décrivit les propositions de réformes de Patten comme étant une « triple violation » des accords signés. Par contre, les trois partis politique pro-démocratie de Hong-Kong, United Democrats of Hong-Kong, Meeting Point, et Association for Democracy and People’s Livelihood, applaudirent bien entendu les réformes, bien que les trouvant trop timides. |left>

Le diable était décidément sorti de sa boîte. Au Royaume-Uni, les anciens gouverneurs de Hong-Kong, dont[** Lord Murray MacLehose*], critiquèrent violemment Patten qui mettait en péril les relations avec la Chine, [**Peter Cradock*], ancien ambassadeur à Beijing et Chris Patten s’insultèrent littéralement, et les partis pro-démocratie gagnèrent les premières élections sous le nouveau système.

Le « génie » est à nouveau récemment sorti de sa boîte à Hong-Kong. Les craintes de la Chine de voir ces provinces du sud historiquement agitées, et contaminées par les Anglais, menacer la stabilité du régime, sont-elle justifiées ? Y a t-il eu souci sincère des Anglais d’établir la démocratie à Hong-Kong, Chris Patten a t-il voulu réaliser ce que à quoi Margaret Thatcher avait renoncé en 1984 ? Ou bien, y a t-il eu complot comme le pensent les Chinois, complot pour déstabiliser la Chine à terme, et si oui, va t-il réussir ? L’avenir ne va pas tarder à nous le dire…

[**Jacques Trauman*] |right>


[**Annexes* : Articles sur Hong Kong publiés dans WUKALI*]

La Police de Hong Kong réprime les manifestations démocratiques étudiantes
A Hong Kong, un adolescent de 17 ans fait trembler Pékin
Hong Kong dérange, Pékin déporte ses libraires et éditeurs


Illustration de l’entête: capture video


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WUKALI Article mis en ligne le 20/06/2019

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