Key words for this Roman Emperor : debauchery, political murders, and beyond !


Une nouvelle biographie de [**Néron*]. Et alors, toutes ont leur utilité tant cet empereur est complexe et surtout doté d’une vraie « légende noire », créée dés sa mort. Il suffit de lire les auteurs latins qui écrivirent quelque temps après son règne pour avoir un avis assez négatif sur l’homme : [**Suétone, Plutarque, Tacite*] et autre [**Dion Cassius*] nous décrivent un monstre. Et que dire des premiers auteurs chrétiens ! L’anti-Christ fait homme. La répression après le grand incendie de Rome en 64 aurait fait comme victime [**Saint Paul*] et [**Saint Pierre*].

[**Catherine Salles*] nous décrit Janus, un homme à deux facettes, très différenciées : d’un côté l’artiste, sensible, a la recherche du Beau absolu ; et de l’autre l’angoisse, la cruauté, l’impatience. Elle ne tombe pas comme auraient tendance à le faire certains dans la caricature d’une lecture psychanalytique de la vie de Néron. Bien sûr les apports de [**Freud*] et de ses continuateurs sont utiles et utilisés par les historiens, mais le risque de non sens, de contre-sens est très fort si on n’a que cette lecture pour comprendre un personnage historique. On a trop tendance à oublier la culture, les mentalités, les sentiments de la société et des hommes qui la composaient pour comprendre les attitudes, les décisions de l’homme étudié.

Lire quelques extraits du livre :


Dans les grandes réussites on pense au Yvan IV de [**Pierre Gonnaud*], les critiques d'[**Héléne Carrère d’Encausse*] démontrant s’il en était besoin, que de bons esprits ne sont pas prêts d’accepter cette grille de lecture.

Catherine Salles arrive à ce parfait dosage, une description du psychisme de Néron, mais sans en tirer une théorie, sans en faire la cause première voire unique des actes de l’empereur. Elle n’oublie pas de le remettre dans le contexte de son époque, mais aussi de son cercle familial, celui de la famille des [**Julio-Claudiens*] dont il fut le dernier représentant. Descendre d'[**Auguste*], avoir [**Caligula*] comme oncle, mais aussi [**Claude*] qui fut qui plus est son père adoptif n’est pas rien.

Mais que dire d'[**Agrippine la jeune*], sa mère qui n’a qu’une ambition, mettre son fils sur le trône et gouverner l’empire à travers lui. Cette mère qui a la naissance de [**Lucius Domilius Ahenobarbus*] se désintéresse totalement de lui, confiant son rejeton à deux nourrices (qui lui seront fidèles jusqu’à sa mort) et son éducation à deux esclaves : un barbier et un danseur ! Pour autant Agrippine continue ses intrigues pour monter vers le sommet de l’empire, surtout après la mort de son mari, alors que Néron n’a que deux ans.|right>

On connait la suite : Agrippine se remarie avec l’empereur Claude, fait adopter son fils par l’empereur au détriment de [**Britannicus*] le fils de se dernier, fait marier Néron avec [**Octavie,*] la fille de Claude. Surtout, elle prend pour percepteurs de son fils un général [**Burrus*] et un philosophe [**Sénèque*]. Après on connait la suite : Claude meurt brusquement (sûrement assassiné par Agrippine), la façon dont elle impose Néron sur le trône au détriment de Britannicus.

Les cinq premières années du règne de Néron (on a trop tendance à l’oublier), constituent une époque de calme et de sérénité, même Tacite le reconnaît ! Enfin pour la société, le peuple est choyé, le Sénat retrouve la plénitude de ses pouvoirs, tout est modération et consensus. Soit, Agrippine fait assassiner Britannicus et quelques personnes qui lui font de l’ombre, ce qui lui permet de confisquer leurs fortunes. Néron quant à lui, et ce malgré les reproches de ses percepteurs, passe son temps avec ses orgues à eau, à faire des poèmes, à assister (et participer) aux courses de char. Il tombe amoureux d'[**Acté*], une affranchie qui lui sera fidèle même après sa répudiation. Tout va bien. Mais il se comporte parfois comme un « enfant gâté », tous ses caprices lui sont passés. Alors quand il rencontre l’ambitieuse [**Poppée*], sa face « noire » finit par dominer : il fait assassiner Agrippine, puis son épouse, ne supporte aucunes critiques.

Après la mort de Poppée (tuée par Néron dans une crise de rage (la problématique des femmes battues existait déjà dans la Rome antique), celle de Burrus et le retrait (volontaire) de Sénèque, la mégalomanie de Néron explose. En plus, il craint que l’on ne veuille attenter à sa vie (ses deux prédécesseurs sont morts assassinés faut-il le souligner! ), il s’entoure de personnages comme [**Tigellin*] qui ne font rien pour contenir ses excès, au contraire, l’isolent, le pousse dans les chemins les plus noirs de sa personnalité.|right>

Néron fait régner la terreur, il voit des complots partout, certains vrais, d’autres faux, se ne sont qu’exécutions, suicides forcés (avec les confiscations qui vont avec ce qui permet de renflouer régulièrement les caisses de l’empereur). Le plus célèbre est celui de [**Pison*] dont les victimes les plus connues (même s’ils n’y participèrent pas) furent [**Sénèque*] et [**Plutarque*]. Malgré cela, la plèbe appréciait son empereur. Mais arriva l[**’incendie de Rome en 64*]. Néron eut une attitude bien éloignée que celle que va lui donner sa légende noire : il ne joue pas de la lyre en déclamant des vers, mais prend la tête des secours et se montre un excellent organisateur. Mais, comme se sont ses hommes qui aidèrent efficacement les « pompiers », ses détracteurs firent courir le bruit que se sont eux qui allumèrent l’incendie. Mais surtout, il fit une grave erreur politique. Il profita de ce ravage pour réquisitionner des terrains et bâtir son palais : la mythique Maison d’Or où il met ses collections d’objets précieux et d’œuvres rapportées de Grèce. En plus, en cette période de crise, il part en Grèce pour participer aux différents jeux, où, comme par hasard il remporte toutes les couronnes !

Dans cette étude d’excellente facture, [**Catherine Salles*] nous montre un homme peureux, vivant dans un univers (rassurant pour lui) artificiel autour de la poésie, de l’art, monde artificiel bien éloigné des réalités du quotidien. Aussi, dés son retour précipité à Rome, même ses proches se détournent de lui et il est obligé de se suicider (en faisant preuve de lâcheté, même lui l’aurait reconnu.

Voilà une biographie courte, pertinente, synthétique sans aucune concessions ni manichéisme, bien loin de la légende noire qui entoure le dernier empereur de la dynastie des Julio-Claudiens.

[**Félix Delmas*]|right>


[**Néron
Catherine Salles*]
éditions Perrin. 23€


[(Catherine Salles est agrégée de lettres classiques, docteur ès lettres, maître de conférences à l’Université de Paris X-Nanterre, spécialiste des civilisations de l’Antiquité .)]

[(

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 02/07/2019

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