When people in Hong Kong revolt, Beijing gets very angry


Par Pierre-Alain Lévy / [**Hong Kong 香港*] en l’espace de quelques semaines est devenu pour les dirigeants chinois un lit de braise dont ils redoutent les effets dévastateurs de propagation bien au-delà de ce confetti d’empire mais sur toute l’étendue de la [**République populaire de Chine 中华人民共和国*]..

C’est du jamais vu, toute une population à se lever pour s’opposer au projet législatif du gouvernement local (nommé par [**Pékin*]) soit permettre l’extradition de Hong Kong vers la Chine de toute personne pour y être jugé. Plus d’un million d’habitants dans la rue. Même lors de la révolution des parapluies (2014), qui si elle n’a pas abouti reste très présente dans la mémoire des HongKongais ( voir les articles* que nous avions consacrés alors à cet événement), jamais une telle mobilisation ne s’était produite et elle ne perd pas de sa force. Bien au contraire, malgré les interdictions de manifestations lancées par le gouvernement local, les manifestants pro démocratie se retrouvent chaque jour face aux forces de police pour que ce projet liberticide soit purement retiré et annulé. Leur détermination est absolue. Il est piquant au demeurant de constater pour un observateur extérieur tels nous sommes, que paradoxalement si l’usage par les forces de police des grenades lacrymogènes contre les manifestants est intense, les policiers pris individuellement semblent perplexes et perdus. A contrario on a pareillement vu ces jours derniers des hommes habillés en civil et portant des maillots blancs s’attaquer férocement à des manifestants hommes ou femmes isolés.

La jeunesse s’est entièrement dressée contre ce projet d’extradition dont à juste titre elle redoute les effets pervers, [**car en effet c ‘est son propre avenir qui est en jeu, sa liberté*] il convient de le souligner.

L’on a vu aussi les avocats et le monde judiciaire descendre solidairement dans la rue pour soutenir les manifestants et cela c ‘est aussi une première et de taille, d’autant plus quand on connait le système politique au sein de la chambre unique du parlement local qui accorde une prépondérance aux corporations et aux dirigeants socio-professionnels, au détriment de ceux qui sont élus au suffrage universel, mais qui sont minoritaires dans cette assemblée territoriale et législative qui les noie.

Le gouvernement en place à Hong Kong n’est pas élu au suffrage universel, bien moins de la moitié des représentants dans la chambre unique sont élus par les habitants de l’entité administrative, le reste est constitué par les socio-professionnels plus perméables (euphémisme!) nommés et plus enclins à accepter les inclinations que souhaite Pékin. C’est un peu comme la publicité du Canada Dry, çà a la couleur de la démocratie, çà en a l’apparence, mais ce n’est pas la démocratie …! ). Ses dirigeants sont en fait choisis par Pékin, et l’actuelle chef de l’exécutif [**Carrie Lam 林鄭月娥*], nommée par Pékin, plus que docile à l’influence du régime central chinois, est conspuée par les manifestants qui réclament sa démission. Elle se refuse au demeurant à retirer ce projet de loi d’extradition de l’ordre du jour.

Les accords conclus entre le gouvernement britannique et [**Deng Xiaoping 邓小平*] en 1997 stipulent en effet selon l’expression du dirigeant chinois : «One country , two systems». [**一个国家,两个系统*] .Une formule qui si elle semble accorder la liberté aux habitants de la Région administrative spéciale ( ce qui n’existe pas en revanche dans toute le reste de la Chine) est suffisamment élastique pour donner du temps au temps, et permettre aux autorités chinoises de reprendre la main quand il le faudra. N’oublions pas que l’on est en Asie dans le pays de [**Sun Tsu 孫子*]. Bien souvent en Chine (pas seulement en Chine d’ailleurs c’est aussi vrai dans le monde occidental) les grands événements naissent subrepticement d’un fait qui semble anodin ou à défaut de peu d’importance. Il est intéressant de lire et de relire [**Simon Leys*] raconter comment la révolution culturelle est ainsi née à Shanghai avant d’essaimer sur tout le territoire avant qu’elle ne touche Pékin. Si vous ne connaissez pas l’oeuvre de Simon Leys (1935-2014), le plus grand sinologue spécialiste da la Chine communiste, je vous engage séance tenante à lire les livres qu’il a consacré à ce pays).

À cet égard, il est intéressant aussi de connaitre l’origine même de ce projet d’extradition judiciaire de Hong Kong vers la Chine. Tout a débuté par un fait-divers sordide et sanglant qui relève des affaires criminelles et judiciaires. Un jeune couple de Honkongais part en vacances à Taîwan, le garçon a 19 ans il s’appelle [**Chan Tung-kai (陳同佳)*], sa petite amie en a 20 et se nomme [**Poon Hiu-wing 潘曉穎*]. À Taipei il assassine sa fiancée, met son cadavre dans une valise le dissimule dans un terrain vague et revient paisiblement à Hong Kong. Il n’y a pas de convention d’extradition entre Hong Kong et Taiwan. Il est cependant arrêté en mars 2018 à Hong Kong. Les autorités chinoises se saisissent de ce vide policier et judiciaire pour concocter un projet où en fait les autorités de Hong Kong transmettraient à la justice de la république populaire de Chine leurs pouvoirs et permettraient ainsi l’extradition vers la Chine ou le prévenu serait jugé avec d’autres lois. En réalité, un abandon totale de souveraineté, porte ouverte à toutes les dérives et surtout la mise au tombeau du fameux «One country, two systems» ! Les manifestants, la population de Hong Kong ne s’y sont pas trompés !


Voir des forces de l’ordre casquées en tenue de maintien de l’ordre faire face à des manifestants n’est pas en soit un cas de figure originale. Des gilets jaunes en France manipulés et investis par les extrêmes, aux manifestants écolo-rétro qui s’opposent à la construction de barrages hydrauliques on connait et les derniers événements récents ont vu des manifestants s’attaquer aux policiers ce qui est un comble dans un état de droit ! Mais là à Hong Kong, la défense de la démocratie a un sens existentiel que nos agités du bocal ( 激动的 ) des extrêmes françaises et européennes feraient bien de méditer !

Là, il ne s’agit pas d’un feu de paille, c’est en fait le destin de [**Hong Kong*] et de la [**Chine*] qui, et pour l’un et pour l’autre, sont en jeu et bien plus encore !. C’est ce que redoute comme la peste [**Xi Jinping 习近平*] et le Parti communiste chinois qui sont pris au dépourvu et ne savent pas du tout comment s’en sortir ! Une situation de crise unique, au temps de l’internet, du téléphone portable et la mondialisation. Dans un premier temps ces manifestations de Hong Kong n’étaient absolument pas reportées dans les médias chinois, black out total ! Depuis peu les choses ont changé, il en est fait état mais le discours consiste à dire que ces manifestants pro-démocratie sont manipulés par l’étranger ( i-e les USA de Donald Trump).. C’est d’ailleurs toujours le même argument la même rengaine ressassés par les totalitaires, ce qui se passe chez nous c’est le fruit diabolique des étrangers corrompus ( CQFD !) ! Régulièrement ainsi en Chine, la faute est reportée sur les diables blancs, les Américains, les Japonais ou le gouvernement de Taiwan! Des gardes-rouges maoïstes à l’oligarchie autour de [**Xi Jinping 习近平*], c’est le même argument, le même discours, les mêmes pratiques politiques et c’est bien là tout le problème !

Le porte parole du gouvernement chinois a très récemment déclaré : «Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu». Il ne faut pas prendre cette déclaration à la légère. Nous n’avons certes point la mémoire du poisson rouge et nous nous rappelons les événements de la [**place Tian’anmen : 天安门广场 *] à Pékin en juin 1989, quand les autorités chinoises avec l’armée et les forces de police avaient réprimé dans un bain de sang les manifestants et étudiants pacifiques au prix de plus de 1000 morts. Mais «the winds of change» comme disait [**Churchill*], soufflent aussi sur l’empire du Milieu, le colosse nouvellement redevenu est aussi devenu fragile et il le sait, ce qui explique cette fureur contenue de Pékin.

La Chine, est empêtrée, engluée contre son gré dans la guerre commerciale qui l’oppose aux USA de [**Trump*] et qui dores et déjà provoque des incidences négatives sur son économie, (la Chine d’aujourd’hui talonne au plan économique les USA et est devenue la deuxième puissance mondiale). Petit détail qui a son importance, les dépenses militaires des États Unis représentent plus de $600 milliards quant à la Chine, trois fois moins.

La Chine redoute, comme le feu a peur de l’eau, de voir la contestation se répandre comme une tache d’huile des faubourgs de [**Kowloon 九龍*] à [**Hong Kong 香港*], vers la province du [**Hubei 湖北省*] ou les quartiers de [**Wudaokou 五道口*] ou ce qui reste des [**Hutong 胡同*] de [**Pékin 北京*] .

Au moment même où je termine l’écriture de cet article (aujourd’hui Lundi 12 août 2019 à 11h56) j’apprends par un communiqué flash de [**France Info*] que :« Les manifestants pro-démocratie ne relâchent pas la pression. Les autorités de Hong Kong ont annoncé, lundi 12 août, l’annulation de tous les vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport en raison de la manifestation en cours dans le terminal principal. « A l’exception des vols au départ dont l’enregistrement est terminé et des vols à l’arrivée qui sont déjà en route pour Hong Kong, tous les autres vols ont été annulés pour le reste de la journée », a annoncé l’autorité aéroportuaire dans un communiqué. Il s’agit d’un évènement majeur pour cet aéroport considéré comme le huitième plus grand au monde.»

Gageons que les hélicoptères de combat de l’Armée populaire de libération chinoise, [**中国人民解放军,*] ne sont pas prêts au décollage pour réprimer les manifestants pacifiques de Hong Kong !

[**Pierre-Alain Lévy*]


[(-

[**Lire différents articles parus dans WUKALI sur Hong Kong*]

A Hong Kong un adolescent de 17ans 黃之鋒 fait trembler Pékin ( Octobre 2014 )

La police de Hong Kong réprime les manifestations démocratiques étudiantes ( Novembre 2014)

Hong Kong dérange, Pékin déporte ses libraires et éditeurs ( Juin 2016 )

Hong Kong peut-elle déstabiliser la Chine (Juin 2019 )

)]

Illustration de l’entête: The Straits Times. Reuters


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WUKALI Article mis en ligne le 12/08/2019

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