Retour à Cuba

par Émile Cougut

Retour à Cuba de Laurent Bénégui, un roman? Non, une biographie familiale plutôt, avec une partie autobiographique, une partie sur l’histoire de sa famille et une partie sur l’histoire de Cuba. Celui d’avant la révolution et de la révolution castriste.

Mais c’est aussi, plus loin, l’histoire de ces Français qui, face à la misère dans les campagnes sont partis chercher fortune ailleurs. Tout de suite on pense aux États-Unis d’Amérique, mais nombreux sont ceux qui sont partis, et fait souche, en Amérique Latine dont Cuba, comme Léopold, le grand-père de l’auteur.

Les précurseurs

Léopold, membre d’une fratrie béarnaise de 11 enfants, poilu gazé en 1918, part à Cuba où il se fixe dans la région de Guantánamo. Il y fonde une immense plantation de café dans la Sierra. Il est rejoint par sa femme, et meurt, très jeune, quand ils attendent le petit sixième.

Madeleine, la veuve, revient en France avec les enfants, et renvoie un de ses fils, Jean, avec son épouse, pour faire revivre la plantation et rembourser les dettes. Mais la révolution castriste intervient, Jean essaie de se maintenir, mais finit par revenir en France, ruiné. 

Reconstruction en demi teinte
De fait Léopold passe toute son enfance dans le mythe de la richesse familiale perdue, jusqu’au jour où il décide d’écrire la saga familiale. Il est aidé en cela par les membres de sa famille dont certains ont vécu à Cuba.

Il apprend même qu’il a toujours un cousin éloigné qui vit sur l’île, le dernier qui n’est pas revenu en France, d’ailleurs il ne parle même plus la langue de ses ancêtres. 

A force de voyages, d’interviews filmés, la réalité familiale finit lentement par se dessiner. Léopold, en fait est parti à Cuba à la demande de son demi-frère aîné qui avait fait fortune grâce à son travail. Mais, vu son comportement, ce dernier préfère l’aider à créer sa propre plantation. Hélas, Léopold est un alcoolique, volage, mauvais gestionnaire. Il est mort sûrement plus d’une cirrhose que des suite du gaz moutarde.

A son décès, la plantation était en faillite  et sans l’aide d’autres colons français (qui ouvrent leur caveau car il n’y avait pas d’argent pour payer une concession), elle aurait été saisie. 

Et Jean, le fils qui a essayé de faire revivre la plantation ne s’avère pas exactement celui que l’on croyait. En fait, il n’a remboursé que le tiers de la dette familiale, le reste lui ayant été remis pour aider le reste de la famille. Mais il ne le fit pas, et quand il revint en France, il était bien plus riche qu’il ne le disait. De plus ses relations avec le pouvoir communiste étaient plutôt excellentes. Son retour est bien plus du au fait que son fils devait faire son service militaire, qu’aux rigueurs du pouvoir.

Alors, fort de son savoir, l’auteur part à Cuba avec sa compagne et leurs deux filles à la recherche du passé familial. Pour retrouver les traces de la plantation, du caveau et découvrir cette branche de sa famille dont il ignorait l’existence.

Retour à Cuba est une quête sur ses racines, sur la vérité d’un mythe familial. Ainsi, toutes les étapes sont notées permettant à l’auteur de dessiner les traits de sa (grande) famille, la personnalité de chacun de ses membres, leurs souvenirs, leurs silences, leurs déchirures.

En arrière plan, l’histoire de Cuba : la vie dans la campagne au temps de Batista (qui était loin de celle de La Havane).

Mais aussi la révolution avec les ambiguïtés de Castro (qui faisait une révolution catholique) et le poids idéologique de son frère et du Che (dont le programme était fusiller et encore fusiller… l’aurait-on oublier ?)

Qu’est devenu le pays en 2020, victime de la politique américaine de Trump après le renouveau due à celle de son prédécesseur.

Il n’y a aucune nostalgie, une quête la plus « objective » possible n’omettant pas les secrets peu avouables de ses ancêtres. Il sait qu’il en est le dépositaire, comme ses filles le seront plus tard.

La recherche du passé d’une partie de sa famille. Cuba où on espère faire fortune pour sortir de la misère. Amin Maalouf, dans Origines, nous raconte exactement la même histoire.

Mais les destinées de chaque individu ne sont jamais les mêmes, les secrets, la réaction de chacun face aux événements de l’histoire, non plus. Et de fait, la lecture de ses deux livres sont complémentaires. Le fond est le même, l’histoire et son traitement différent. Donc on s’enrichit. 

                                                          

 Retour à Cuba
Laurent Bénégui
éditions Julliard. 20€

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