Les récipiendaires français du Pritzker Prize 2021
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Deux architectes français, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Pritzker Prize 2021

par Pierre-Alain Lévy

L’architecture, c’est d’abord penser l’homme, être au monde et en société, porter une vision philosophique, sociologique et humaniste. Ainsi par le crayon et la planche à dessin naguère ou par son clavier aujourd’hui, un architecte dessine le monde. Comme Vitruve il inscrit l’homme au centre de son univers. C’est pourquoi il est celui qui signe son temps et qui traduit dans l’espace sa vision politique ( du grec ancien politikos  πολιτικός ) et esthétique qui font lien.

Le Pritzker Prize est la plus prestigieuse distinction internationale en matière d’architecture; dans le domaine courant il est d’usage de dire qu’il est l’équivalent du Prix Nobel pour cette discipline~.

De la sorte, c’est mesurer l’hommage rendu aux nouveaux récipiendaires 2021, les français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal.
P-A L

Anne Lacaton (1955, Saint-Pardoux, France) et Jean-Philippe Vassal (1954, Casablanca, Maroc) se sont rencontrés à la fin des années 1970 lors de leurs études à l’École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux. A. Lacaton a poursuivi un Master en urbanisme de l’Université Bordeaux Montaigne (1984), tandis que J-P. Vassal a déménagé au Niger, en Afrique de l’Ouest pour pratiquer l’urbanisme.
A. Lacaton a souvent visité J-P. Vassal, et c’est dans cette symbiose que s’est constituée et créée leur doctrine en matière d’architecture, car en effet ils ont été profondément influencés par la beauté et la rusticité des ressources subsistant au milieu des paysages désertiques de ce pays du Sahel.

«Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde, et les gens sont si incroyables, si généreux, faisant presque tout avec rien, trouvant des ressources tout le temps, mais avec optimisme, plein de poésie et d’inventivité. C’était vraiment une deuxième école d’architecture », se souvient J-P Vassal.

À Niamey, au Niger, Lacaton et Vassal ont construit leur premier projet commun, une hutte de paille, construite avec des branches récupérées dans la brousse avoisinante. Une construction primaire qui a produit une impermanence surprenante, cédant au vent dans les deux ans suivant son achèvement. Cependant ils ont juré alors de ne jamais démolir ce qui pourrait être racheté et au contraire de rendre durable ce qui existe déjà, permettant ainsi de respecter le luxe de la simplicité et de proposer de nouvelles possibilités.

C’est à Paris en 1987 qu’ils ont fondé Lacaton & Vassal. Au fil du temps ils ont su ensemble démontrer leur audace en concevant de nouveaux bâtiments et des projets de transformation de bâtiments existants. Depuis plus de trois décennies, ils ont conçu des logements privés et sociaux, des institutions culturelles et académiques, des espaces publics et des stratégies urbaines. L’architecture du duo reflète leur plaidoyer pour la justice sociale et la durabilité, en privilégiant la générosité de l’espace et la liberté d’utilisation grâce à des matériaux économiques et écologiques.

Car en effet, fournir un bien-être physique et sensible c’est tout leur objectif. C’est ainsi qu’en mettant au point une application des technologies de serre pour créer des conditions bioclimatiques ils ont abouti avec la construction de la maison Latapie à Floirac, France (1993).

Ce faisant, en utilisant le soleil, en harmonie avec la ventilation naturelle, les brise-soleil et l’isolation, ils ont su créer des microclimats ajustables et souhaitables. «Dès le début, nous avons étudié les serres des jardins botaniques avec leurs plantes si fragiles et impressionnantes, leur belle lumière combinée à la transparence de l’air, et la capacité à transformer simplement le climat extérieur. C’est une atmosphère et un sentiment, et nous voulions apporter cette délicatesse à l’architecture », raconte Anne Lacaton.

Tout au long de leur carrière, les architectes ont rejeté les plans de ville tels ceux appelant à la démolition des logements sociaux, se concentrant plutôt sur la conception de l’intérieur pour donner la priorité au bien-être des habitants d’un bâtiment et à leurs désirs unanimes de profiter de plus grands espaces.

Aux côtés de Frédéric Druot et Christophe Hutin, ils ont transformé 530 unités au sein de trois bâtiments du Grand Parc à Bordeaux, France (2017) pour mettre à niveau les fonctions techniques mais plus particulièrement, pour ajouter de généreux espaces modulables à chaque unité sans déplacer ses résidents pendant la construction, et tout en maintenant stabilité des loyers pour les occupants.

«Nous ne voyons jamais l’existant comme un problème. Nous regardons d’un œil positif car il y a une opportunité de faire plus avec ce que nous avons déjà », nous précise Anne Lacaton.
Et Jean-Philippe Vassal de poursuivre: «Nous sommes allés dans des endroits où des bâtiments auraient été démolis et là nous avons rencontré des gens, des familles qui étaient attachés à leur logement, même si la situation n’était pas des meilleures. Ils étaient le plus souvent opposés à la démolition car ils souhaitaient rester dans leur quartier. C’est une question de gentillesse ».

Les travaux en cours comprennent la transformation des logements d’un ancien hôpital en un immeuble d’appartements de taille moyenne de 138 unités à Paris, en France, et un immeuble de 80 unités de hauteur moyenne à Anderlecht, en Belgique; la transformation d’un immeuble de bureaux à Paris, France. Ce sont aussi des bâtiments à usage mixte offrant des espaces hôteliers et commerciaux à Toulouse; et un immeuble de taille moyenne de 40 logements à Hambourg en Allemagne.

«Une bonne architecture est un espace où quelque chose de spécial se produit, où vous voulez sourire, simplement parce que vous êtes là», partage J-P. Vassal. «C’est aussi une relation avec la ville, une relation avec ce que l’on voit, et un endroit où l’on est heureux, où les gens se sentent bien et à l’aise – un espace qui donne des émotions et des plaisirs.» Qu’ajouter de plus si ce n’est une belle idée du bonheur en partage !

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