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Le mystère Richelieu. Le sens de l’état et de la France, le portrait par Philippe de Champaigne

par Émile Cougut

Voilà un livre pour le moins « étrange », car impossible à ranger dans une des catégories traditionnelles servant au parfait agencement d’une bibliothèque. Ce n’est pas un roman, même pas un roman historique. Ce n’est pas un livre de critique d’art, et pourtant la peinture et plus précisément le portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne qui se trouve au Louvre est maintes et maintes fois étudié, disséqué.

Richelieu
Champaigne Philippe de (1602-1674). Paris, musée du Louvre. Inv1136.

Ce n’est pas (ou pas que) un livre de pensées, de retours sur le passé de son auteur, sur ses émotions, sa philosophie de vie. Ce n’est pas ça, mais c’est tout cela aussi. Ce livre est la mise par écrit de la fascination qu’a éprouvé le jeune Philippe Le Guillou quand il vit la première fois le tableau de Philippe de Champaigne, fascination pour l’œuvre picturale mais aussi fascination pour le personnage représenté : le cardinal de Richelieu.

A travers ses lectures (ha, Julien Gracq ) ses recherches d’autres représentations du principal ministre de Louis XIII, de ses voyages, de ses visites, de ses déambulations dans des lieux qui portent encore la marque du cardinal dont Richelieu en Touraine, il esquisse à grands traits la vie, l’œuvre, la personnalité de Richelieu. Bien sûr ses réflexions sont ponctuées des moments importants qui ont fait la gloire du cardinal : les États généraux de 1615 où il arriva comme un simple élu, évêque de Luçon, pour en sortir avec l’image d’un diplomate, d’un facilitateur doté d’un vrai talent oratoire, le siège de La Rochelle, la journée des Dupes, la conjuration de Cinq-Mars.

Se dessine un homme, sûr de son destin, lucide, se sachant haï, mais n’acceptant aucune complaisance, seul son chemin et son but lui importe. Son but, c’est l’État, c’est la France, c’est l’autorité du roi. Il combat sans merci les restes de féodalités, tout ce qui peut nuire à la cohésion sociale et au bien-être du pays, il se montre aussi intraitable avec les forts qu’avec les faibles. Dévoué au roi, il sait qu’il est à la merci d’une disgrâce. Mais un lien puissant le lie à Louis XIII qui, au début, se méfia de lui, l’homme de sa terrible mère, pour, après, comprendre que c’est grâce à lui qu’il régnera pleinement.

Richelieu c’est aussi un vrai esthète, un homme aimant le luxe et plus généralement le beau comme les jardins en particulier et la nature en général. Il a compris très vite l’importance du théâtre qu’il favorisa, de l’opinion publique avec la création de la Gazette de Théophaste Renaudot, véritable journal officiel de l’époque (certains même pourraient dire « Pravda » de l’époque). Il se voulait poète, passait ses rares temps de loisirs à faire des vers qui sont… à oublier. C’est le protecteur des arts, avec la création de l’Académie française, perçue avant tout comme un des outils servant à réunifier toute la France, là grâce à la langue ; en quelque sorte comme la prolongation « naturelle » de l’Édit de Villers-Coteret de François Ier.

Mais Richelieu c’est aussi une intelligence dans un corps délabré. Il est souvent (pour ne pas dire toujours) malade. Il souffre énormément, prêt à écouter n’importe quel charlatant pour atténuer ses douleurs. Et de fait s’il est un homme libre dans la société, il est surtout l’esclave de son corps qui le torture sans répit. Mais sa volonté, son sens du devoir, lui permettront, jusqu’à la fin de surmonter ses douleurs pour le bien du Roi, pour le bien de la France.

Il est certain que le temps a donné une place à Richelieu permis tous les grands hommes qui ont bâti la France, qui ont marqué durablement son histoire. Bien sûr, il y a une face cachée de cet immense personnage comme sa rancœur parfois sa mesquinerie. Mais il a toujours agi, en dernière instance pour un intérêt supérieur, celui de l’État qui dépasse largement celui de la matérialité des hommes.

N’oublions pas que sur son lit de mort, il a demandé au Roi de prendre, de garder à son service, Mazarin, qui lui, avec d’autres moyens va parachever l’œuvre entreprise par Richelieu et fera même plus car il sauvera la royauté.

Alors, quand nous le pourrons, suivons le conseil de Philippe Le Guillou, allons à la chapelle de la Sorbonne et pensons à Richelieu en admirant son tombeau sculpté par Girardon. Puis, bien sûr, empli de cette beauté, traversons la Seine, et allons au Louvre pour être envoûtés par le portrait de Philippe de Champaigne.

Le mystère Richelieu
Philippe Le Guillou
éditions Robert Laffont.
Collection Les passe-murailles. 18€

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