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L’âme slave dans de Très modestes cadeaux

par Émile Cougut

De très modestes cadeaux est un roman d’ Ugljesa Sajtinac, enfin traduit en français. Car il s’agit d’un roman venu de ce que l’on appelait naguère la Yougoslavie, les pays de l’est, et plus précisément aujourd’hui la Serbie. Une part d’Europe riche en écrivains et à laquelle se consacre les éditions Bleu et Jaune.

Voici un roman épistolaire moderne. Moderne dans le sens où les correspondances ne sont pas écrites sur du papier mais dans des ordinateurs. Ce sont des courriels, si nous voulons être précis. Nous n’en avons que les contenus, à savoir ce que les deux protagonistes ont écrit. Ainsi, tout ce que les machines ont généré automatiquement, comme les dates, n’est pas retranscrit. En tout vingt-six courriels, certains de quelques lignes, d’autres d’une dizaine de pages.

La correspondance entre deux frères. L’aîné est chauffeur livreur dans leur pays d’origine, la Serbie. Le cadet est un auteur dramatique qui commence à avoir du succès, il est parti à New York, invité par une association promouvant les auteurs en devenir.

Leurs échanges, sous l’apparence d’une totale banalité, dessinent deux univers assez différents qui s’attirent et se repoussent : la lutte entre la modernité et la tradition, l’ancien et le nouveau. Ainsi d’un côté la société de consommation et de l’autre une sortant difficilement de l’ère post-communiste et de la guerre qui en a résulté. Somme toute, sont réunies là les différences de perceptions du monde entre deux générations, entre deux univers intellectuels. Mais tout les lie fortement, leurs parents et leur sœur bien évidemment, mais aussi et surtout l’alcool sous toutes ses formes. Que l’on soit en Europe ou aux États-Unis d’Amérique, on boit jusqu’à l’ivresse, quelle que soit la génération.

Ce qui prime avant tout dans leurs échanges est un profond respect des choix de l’autre. Ils ne se critiquent pas, au contraire, ils se soutiennent dans leurs choix mutuels, ils se questionnent l’un l’autre pour essayer de mieux comprendre les motivations qui les animent. Tous les deux font preuve d’une immense ouverture d’esprit, sûrement pour eux une façon d’exprimer l’amour filial qui les rassemble. Nul d’entre eux n’essaie de convaincre l’autre du bien fondé de ses choix, chacun les expose sans aucune retenue sachant que l’autre n’émettra aucun jugement de valeur.

Mais la vie est ce qu’elle est, et le destin de chacun va se trouver inversé comme dans une sorte de jeu de miroir.

De tout cela, de ce profond respect mutuel, se dégage toutefois ce fatalisme de l’âme slave. On ne regrette rien, ce qui est fait est fait, on ne peut revenir dessus. Ce qui ne s’est pas fait dans le passé, ne devait pas se faire, ce qui n’empêche en rien de réaliser dans le présent ce que l’on aurait souhaité, plus ou moins, faire dans le passé. Il faut savoir attendre, semble nous dire l’auteur, et saisir l’occasion quand elle se présente vraiment. Ne jamais regarder en arrière avec des regrets et des remords, mais vivre l’instant présent et se projeter vers l’avenir. Une leçon de vie.

De très modestes cadeaux
Ugljesa Sajtinac
éditions Bleu et Jaune. 18€

Traduit du serbe par Alain Cappon, l’ouvrage permet de découvrir Uglješa Šajtinac, l’un des principaux représentants de la nouvelle génération de la littérature serbe.

Récompensé par le prix Vital du meilleur livre de l’année et le prix Bora-Stanković du meilleur livre de prose publié en serbe, De très modestes cadeaux obtient le Prix de littérature de l’Union européenne en 2014.
Déjà traduit en plusieurs langues, c’est le premier roman d’Uglješa Šajtinac publié en France.

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