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La chair du tigre…dans l’enfer du harcèlement scolaire

par Émile Cougut

Le harcèlement scolaire, un vaste sujet de société qui revient régulièrement à la une de l’actualité. Un fléau, le symbole d’une société qui est bien loin du « vert paradis des amours enfantines » si cher à Baudelaire. Mais c’est aussi un vrai sujet de roman, mais avec bien des écueils. Dans ce registre, la pleurnicherie dégoulinante de bons sentiments digne des écrits naturalistes du XIX siècle, Les deux orphelines en tête, ou parfois le réquisitoire borné et l’inverse la recherche effrénée d’excuses pour l’auteur, quitte à oublier les souffrances de la victime. Il y a un juste milieu à tout cela, et le dernier roman de Zoltan MayerLa chair du tigre en est la preuve éclatante.

Quoi qu’il en soit, si nous sommes très rigoureux, nous devons nous demander si ce livre est un simple roman ou un roman philosophique à la Voltaire, voire une longue fable en prose. Oh, il n’y a pas de morale, aucun jugement de valeurs, mais dans ce roman se dégage de l’ensemble une vraie philosophie de vie et une vraie plénitude dans le bien-être d’où en résulte un vrai optimisme.

Oui, de l’optimisme dans une affaire de harcèlement scolaire, ce n’est pas, de premier abord, évident ! Et pourtant, quand on a du talent, on y arrive sans mal. Le tout est de trouver, non seulement les personnages mais surtout leur psychologie propre pour y arriver. Ce en quoi Zoltan Mayer réussit parfaitement dans cet exercice.

Luxie est une petite fille de douze ans. Elle est chinoise, a toujours aimé et adoré la France et le français (elle se sent française dans un corps chinois), et son père est nommé pour son travail à Nice. Aussi se retrouve-t-elle dans une magnifique villa, avec piscine, sur le bord de la baie des anges. Son père est absent, toujours au travail ou avec des partenaires de travail. Sa Mère, Jing, ancienne violoniste reconvertie dans les antiquités, a suivi mari et fille. Elle est mélancolique, dépressive, enfermée dans ses chimères elle est bien loin de sa fille.

Luxie est une enfant surdouée, dans tous les sens du terme, elle parle français comme si c’était sa langue maternelle, elle est passionnée par les insectes en particulier et par la nature en général. Et de fait elle vit en harmonie avec la nature, développant toute une philosophie d’harmonie avec cette dernière, elle n’est pas d’origine asiatique pour rien.

De fait, Luxie est, à tous les niveaux, très différentes des autres enfants qui fréquentent la même école qu’elle. Bien sûr, il y a Ethan, un « vieux » qui a deux ans de plus qu’elle, amoureux gauche, maladroit, qui se veut, tant faire se peut, protecteur. Mais surtout il y Jade, une fille de sa classe qui la hait dés le premier jour et qui entraîne une partie de son entourage à harceler, parfois très violemment, Luxie. Cependant, cette dernière laisse faire, subit en souriant, car elle sait, au plus profond d’elle-même que cette violence qui lui est destinée n’est que le reflet de la violence qui détruit Jade. Et Luxie est persuadée que tôt ou tard Jade comprendra qu’elle est une belle âme, peut importe des coups qu’elle, Luxie, doit subir.

Si face à cette violence, Luxie reste stoïque, il n’en est pas de même pour Jing qui se réveille de sa torpeur et veut, quoi qu’il en coûte, défendre sa fille. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne rencontre strictement aucun soutien de la part de l’institution scolaire qui pense que c’est plus ou moins normal vu que Luxie ne fait aucun effort pour ne pas être différente des autres.

A force de violence, Luxie finit par déroger à ses principes et, ayant détruit l’harmonie qui était en elle, c’est le chaos qui finit par l’entourer. Jusqu’à ce que le presque irréparable arrive pour que cette harmonie revienne. Revienne renforcée : Jade a pris conscience de ses actes et ses parents, surmontant leurs pudeurs, leur éducation asiatique arrivent à avoir des gestes d’affection pour leur fille. Certes des gestes d’affections, si naturels pour une Française, si incompréhensibles pour des Chinois, mais gestes d’affection qui permettent à Luxie de rayonner.

Elle a été victime de harcèlement, mais grâce à sa force, grâce à sa philosophie, grâce à sa quête continue de l’harmonie parfaite ; son univers, l’univers entier peut repartir sur les chemins de la sérénité. Pas de pathos mal placé, pas de jugement à l’emporte pièce, des faits et une petite fille rayonnante que le lecteur ne pourra jamais oublier.

La chair du tigre
Zoltan Mayer

éditions Anne Carrière.18€

     

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