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Aude, un très joli livre émouvant et très bien écrit

par Émile Cougut

Voilà une longue nouvelle, ou un court roman, qui me laisse bien seul devant ma page blanche (c’est comme cela que j’appelle l’écran de mon ordinateur quand je me mets à rédiger une recension critique). Difficile de ranger les idées, de les développer. Souvent il y a l’histoire et ses rebondissements qui permettent d’avancer. Mais dans Aude d’Andriana Langer, l’histoire est très mince et se déroule naturellement, sans deus ex machina. Mais, c’est normal car l’histoire est « normale », elle a été vécue par des milliers et des milliers de personnes.

Qu’on en juge : Aude est étudiante en médecine, elle est externe et souhaite passer l’internat. Sa vie est celle de milliers d’étudiants qui ont compris qu’à la faculté il faut travailler et ne pas perdre son temps dans les soirées étudiantes pour atteindre le but qu’ils se sont fixés.

En tant qu’externe, en plus des cours théoriques à la faculté, elle suit des stages dans divers services de l’hôpital. Elle sort de la théorie pour la pratique, et la pratique c’est faire face à la souffrance humaine. Un monde que beaucoup d’externes ne connaissent pas, Aude en fait partie.

Alors, comment gérer cela ? Comment prendre assez de recul avec la personne souffrante pour faire un bon diagnostic. Difficile épreuve car il faut montrer au patient qu’il est unique, et non un cas parmi tant d’autres. Oui, un cas unique qui mérite toute l’attention du corps médical pour trouver une solution mettant fin à ses souffrances, qui le soulagera de ses maux. C’est aussi les premiers contacts avec la mort, symbole de l’échec, de la vanité des efforts du savoir médical.

En étant externe, Aude tout en apprenant développe son sentiment d’empathie, voire de résilience.

Parfois, dans une chambre de malade, à côté d’un patient, lors d’une visite du chef de service, Aude s’évade, son esprit sort de son corps pour partir vers un tableau, vers la peinture qui lui permet de sortir du matériel pour le beau et l’intuitif. En plus, la jeune femme, la nuit, souvent, se réfugie dans des rêves récurrents.

Et puis il y a Paul, le bel interne brillant dont elle tombe amoureuse, et réciproquement. Deux étudiants travailleurs qui s’épaulent, qui dessinent un futur commun au travers de leur passion (la médecine), mais un futur avec un univers commun, à eux, dans lequel ils vont pouvoir se retrouver et sortir de la souffrance pour une certaine idée du bonheur.

Une héroïne banale, comme il y en a tant, une écriture souvent avec des élans poétiques de très grande beauté, un sujet rarement abordé : comment arriver à gérer la souffrance des autres sans perdre son âme, son soi profond.

Une lecture qui ne peut laisser indifférent, car tôt ou tard, notre chemin rencontrera celui d’Aude, et nous serons rassurés de savoir qu’elle nous voit, nous perçoit comme un être unique dont il faut guérir les souffrances physiques. Et si elle peut le faire, c’est avant tout parce qu’elle a fait un travail en elle, qu’elle a su et sait fuir le réel, le matériel sordide, pour aller et nous amener vers le beau, vers la guérison aussi bien physique que morale.

Aude
Andriana Langer
éditions Valensin. 20€

Illustration de l’entête: La mort d’Ophélie. Odilon Redon. Pastel sur papier et carton, 50.5 x 67.3 cm. Collection Diane Woodner. New-York.

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