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Haendel à Aix avec Accentus, virtuosité et sentiments

par Pétra Wauters

Laurence Equilbey vit une belle histoire avec le festival de Pâques depuis sa création en 2013, puisqu’à l’époque déjà, elle avait dirigé la Passion selon Saint-Jean, la première du festival. Vous savez en effet que, selon le rituel, le Festival de Pâques propose en alternance chaque année l’une des deux passions de Bach. C’est un rendez-vous que les mélomanes ne manquent pas.   

Haendel choeur Accentus direction Laurence Equilbey
Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

La soirée de ce samedi 16 avril au Grand Théâtre de Provence était entièrement consacrée à Georg Friedrich Haendel. Des œuvres profanes et des œuvres sacrées au programme, des extraits de Rodelinda, Regina de Longobardi HWV 19 et d’Ariodante HWV 33, et pour finir, le chef-d’œuvre du compositeur, le Dixit Dominus HWV 232.

La première partie laissait présager le meilleur. Les musiciens dès l’ouverture s’expriment au plus haut niveau, montrant si besoin était, qu’ils maitrisent le répertoire haendélien jusqu’au bout de la baguette de leur cheffe. Arrivent ensuite les solistes. Des entrées sur scène très remarquées et de jolies techniques vocales. On continue de savourer même si dans les premiers moments, la voix du contre-ténor américain Lawrence Zazzo  manque un peu de puissance. Cela ne durera pas. Le chanteur, au  beau visage expressif, a du « mordant », et au fur et à mesure que sa voix se chauffe, le soliste fait preuve d’une expressivité vocale touchante. On applaudit chaleureusement ses interprétations car il incarne véritablement ses rôles. C’est aussi le cas des sopranos de la soirée, Francesca Aspromonte et Chiara Skerath. Les deux dessinent leurs personnages avec intelligence, tout à tour amoureuses, mutines, désespérées, des interprétations toute en rondeur pour ces deux jeunes femmes à la technique brillante. Nous avons un petit faible pour le timbre velouté de Chiara.  

Après la pause, le Dixit Dominus

Olécio partenaire de Wukali

Il était jeune Haendel, 21 ans à peine, lorsqu’il entreprit un voyage en Italie en 1706, dans un premier temps à Florence, puis à Rome où il s’installera quelques temps. L’année suivante, toujours à Rome, il créera le Dixit Dominus, une cantate sacrée en 8 parties composée d’après la traduction latine du psaume 110 de l’Ancien Testament. Le jeune Haendel, qui déjà excelle dans l’art du contrepoint hérité de ses maîtres allemands, s’inspire du langage de l’art théâtral Italien et de son élégance mélodique pour composer cette œuvre de jeunesse certes, mais pleine de maturité, de brio et d’éclat, d’énergie.

C’est peut-être ce qui manque un peu en ce début de seconde partie, de l’énergie. Là encore, cela ne durera pas. Que de belles choses sont offertes. Les belles voix de Francesca Aspromonte, Chiara Skerath, Lawrence Zazzo dialoguent et se répondent. Un bel équilibre entre texte et musique, le tout fusionne dans un climat spirituel réjouissant. Il y a aussi dans l’interprétation cette dimension théâtrale que l’on attendait. 


Il faut dire qu’à la tête du chœur Accentus et de son Insula orchestra, qui joue sur des instruments d’époque, la cheffe d’orchestre est sans doute l’une des personnalités musicales qui restituent au plus près l’esprit de ce baroque tardif. Tout Haendel est là : sa créativité mélodique, son sens du contraste, sa maitrise harmonique, toutes ces qualités qui apportent du corps et du relief, à des textes religieux certes beaux, mais parfois quelque peu austères. Parmi nos passages préférés, nous retiendrons un magnifique Tecum principium in die virtutis«  ou encore le « Gloria Patri e Filio« . Ce « Dixit Dominus« , est un chef-d’œuvre absolu qu’on a envie de réécouter en rentrant chez soi! On ne s’en lasse pas. Ce joyau porte la musique sacrée à un niveau rarement atteint.

Laurence Equilbey convaincante et passionnée, les solistes, Christophe Grapperon le chef de chœur,  un chœur du reste remarquable dont on sent bien que chaque chanteur est érudit, talentueux,  tous sur scène nous ont apporté quelques frissons !  Un grand merci pour ce moment de bonheur. 

Insula orchestra
Accentus

Laurence Equilbey, direction
Christophe Grapperon, chef de chœur
Francesca Aspromonte, soprano
Chiara Skerath, soprano
Lawrence Zazzo, contre-ténor

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Rodelinda, regina de’ Longobardi, HWV 19 (extraits)
Ariodante, HWV 33 (extraits)
Dixit Dominus, HWV 232

Illustration entête: photo Caroline Doutre

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