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Galilée, le faux manuscrit mis à jour

par Pierre-Alain Lévy

Si les Fake news font les délices de tout poil, quelque soit leurs cibles, des complotistes au petit pied, il y a, et l’on ne peut que s’en réjouir, des mises au point et des études qui permettent de remonter le temps et de rendre à César… Mais le domaine de la manipulation et de l’escroquerie d’attribution en l’occurrence, est aussi celui des faussaires qui en font profession. C’est ce que nous allons vous raconter dans cet article au sujet d’une lettre attribuée à Galilée.

Par ailleurs si certains abrutis des méninges estiment que le monde s’est fait en une semaine ( on trouve ces braves gens dans des sectes religieuses ultra-conservatrices américaines par exemple…, « mais pas que » nous en avons aussi ), il existe une frange considérable de l’opinion, qui ne disposant pas d’information scientifique suffisante, cède à la facilité dans un compromis intellectuel factieux d’acceptation veule d’une information pré-digérée, répétée ad vomitum par les réseaux sociaux ou des journaleux courant après l’immédiateté d’une actualité vibrionnante. Pour attraper un pigeon, le saviez-vous, il faut lui mettre un grain de sel sur la queue, essayez donc !

Il en va hélas aussi des domaines scientifiques et de l’histoire de l’art tout particulièrement. Je n’aurais pas la cruauté de traiter ici d’attributions, comment dire… pour le moins suspectes de peintures à des maîtres célèbres ! En effet nous avons dans le passé à de nombreuse reprises dans WUKALI tonné contre ces scandales.

Le doute, oui le doute, est une des vertus, de l’appréciation scientifique et du domaine intellectuel. C’est l’honneur même de cette communauté universelle de chercheurs de réfléchir sur les textes ou des artefacts et d’en apprécier leurs qualités. La philologie ( l’étude des textes) combinée aujourd’hui à tous les multiples dispositifs d’imagerie et d’analyse chimique qui existent, permettent de s’approcher au plus près de la vérité.

Si les fake news font le tour du monde à la vitesse de la lumière, tel n’est hélas pas le cas quand leurs démentis tentent de rétablir la véracité.

Et Galilée dans tout cela ?

Galilée lettre
Galileo Galilei (1564-1642)

L’université du Michigan aux USA, vient de révéler qu’un manuscrit en sa possession et jusque là considéré comme étant de la main de Galilée (1564-1642), ne serait en réalité qu’un faux. Ajoutons que cette « incunable » est le joyau même de cette institution.

Un historien de l’université de Géorgie, Nick Wilding, qui avait eu l’occasion de voir une image du document considéra son attribution avec doute et en fit part en mai dernier au conservateur de la librairie de l’université du Michigan qui diligenta aussitôt une enquête.

Le haut du manuscrit est le brouillon d’une lettre que Galilée a écrite avant une présentation d’un nouveau télescope au Doge de Venise en 1609. Le célèbre astronome a réellement écrit une version de cette lettre – une version finale se trouve aux Archives d’État de Venise (Archivio di Stato di Venezia), en Italie. La moitié inférieure du document est constituée d’une série de notes sur les lunes de Jupiter, également basées sur des notes réelles prises par Galilée. La version finale de ces notes se trouve également en Italie, à la Bibliothèque centrale nationale de Florence.

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Galilée lettre
Manuscrit de l’université du Michigan

Les preuves du faux

Tour d’abord la graphie et la qualité de l’encre utilisée qui ne semblaient pas dater du XVIIème siècle, ainsi que la sémantique et le choix des mots. Qui plus est le filigrane du fabricant de papier indiquait AS et BMO pour Bergame, or ce papetier n’est pas connu avant 1770 soit plus de cent ans après la mort de l’astronome !

Le haut du manuscrit est le brouillon d’une lettre que Galilée a écrite avant une présentation d’un nouveau télescope au Doge de Venise en 1609. Le célèbre astronome a réellement écrit une version de cette lettre – une version finale se trouve aux Archives d’État de Venise (Archivio di Stato di Venezia), en Italie. La moitié inférieure du document est constituée d’une série de notes sur les lunes de Jupiter, également basées sur des notes réelles prises par Galilée. La version finale de ces notes se trouve également en Italie, à la Bibliothèque centrale nationale de Florence.

L’université du Michigan avait acquis le manuscrit en 1938, qui lui avait été donné par un homme d’affaires de Détroit, Tracy McGregor, qui l’avait lui-même acheté lors d’une vente aux enchères en 1934 d’un autre collectionneur. Le catalogue de la vente aux enchères de 1934 affirmait que le cardinal Pietro Maffi (1858-1931), archevêque de Pise, avait authentifié le manuscrit en le comparant à d’autres lettres de Galilée dans sa collection, précise aussi la Bibliothèque de l’université du Michigan.

À la lumière des investigations faites sur ce manuscrit, il apparait donc q’il ne s’agit pas d ‘un document autographe de Galilée, mais fabriqué par un faussaire italien du 20ème siècle bien connu, un certain Tobia Nicotra qui oeuvra particulièrement entre les années 1920 et 1930.

En outre, ( cerise sur le gâteau ), l’université n’a pu trouver aucune preuve de l’existence du document de Galilée avant les années 1930. Pire encore, les deux documents auxquels Maffi prétendait avoir comparé le manuscrit afin de l’authentifier se sont avérés être des faux de Nicotra. Selon une déclaration de l’université, Wilding a également découvert un faux Nicotra Galileo similaire (une lettre censée être de 1607) dans les collections de la Morgan Library à New York…

Illustration de l’entête:  Galileo Galilei expliquant ses théories à l’université de Padoue. Peinture de Felix Parra (1845-1919), 1873. Mexico City, Museo Nacional De Arte (Munal, Art Museum)

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