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Grand succès pour La vie dissimulée de Marinca Villanova, rééditée en format de poche

par Émile Cougut

Des violences intrafamiliales, le père part laissant sa femme et ses deux enfants Étienne et Nina.
Nina est une petite fille lucide, observatrice, tiraillée entre l’amour pour sa mère et celui pour son père. Ce père qui finit par disparaître au coin de la rue, près d’une boulangerie, après qu’un juge a décidé qu’il était incapable de s’occuper de ses enfants. Un jour, alors qu’il était occupé, les deux enfants se sont perdus dans la forêt. Depuis, la forêt est un lieu quelque peu fantasmé dans lequel Nina se réfugie en pensée à la recherche des odeurs qui s’en dégagent. Il faut dire que Nina est très sensible aux odeurs où plus exactement est toujours à la recherche des odeurs qui la rassurent. Plus tard quand elle aura 13 ans, elle aura toujours son doudou avec elle. Elle se sent quelque peu ridicule, mais elle en a besoin.

Étienne et Nina ont des relations de frère à sœur, il est l’aîné, il est l’homme de la famille, ils se chamaillent mais sont très proches de fait. Mais en grandissant Étienne devient un « adolescent difficile », violent avec ses coreligionnaires, en total échec scolaire. La mère est totalement démissionnaire, incapable de canaliser son fils. Il faut dire que depuis le départ du père, elle est en dépression, elle passe son temps à dormir, en robe de chambre, ne sort plus et passe ses nuits à astiquer l’appartement avec du vinaigre blanc. Aussi, Étienne finit par partir en internat suivi par la Protection de l’enfance.

Nina se retrouve seule avec sa mère. Elle se sent responsable de sa génitrice qui ne fait que se traîner de son lit à son canapé. Elle ne sort plus du tout, si Nina ne fait plus les courses, il n’y a rien à manger. C’est aussi la petite fille qui, de fait gère les comptes familiaux. Il faut dire que la mère n’a jamais travaillé et que sans les grands parents (qui ne viennent jamais) il n’y aurait aucun argent dans le foyer.

A l’école, Nina est une bonne élève, mais plutôt solitaire. Soit elle a eu une grande amie, mais après un incident, la mère de cette dernière refuse qu’elles se voient. Sinon, à part cette exception, elle ne va jamais chez ses amis et surtout n’en reçoit plus, elle ne veut pas qu’ils voient dans quel univers elle vit : un appartement décrépi, une mère de plus en plus zombi, et le manque d’argent criant.

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Mais Nina grandit, culpabilise quand elle se révolte contre l’apathie de sa mère et surtout veut aussi vivre une vie normale de préadolescente. Un voyage scolaire en Espagne est organisé par son collège. Mais comment trouvé les 240 euros pour ne pas être la seule à ne pas y participer ? Ce n’est même pas la peine d’en parler à sa mère, incapable de s’occuper de sa fille, alors c’est Nina qui va essayer de trouver la bonne solution : ses grands-parents et pourquoi pas essayer de retrouver son père ? Ce père absent, taiseux qui semble subir et qu’il faudra bien essayer de comprendre.

La vie dissimulée de Marinca Villanova est un très très beau livre sur l’enfance et ses potentiels traumatismes : la séparation des parents, la démission de la mère, l’absence du père, les rapports sœur/frère, la nécessité quasiment vitale pour certains enfants de « vieillir » plus vite pour affronter les embûches de la vie, la lucidité que tout cela oblige à avoir : un mélange de honte, de révolte mais aussi de responsabilités. Un livre centré sur le lien mère/fille mais inversé par rapport à la « norme » : face à l’impossibilité de la mère de protéger ses enfants, l’un Étienne, se révolte et se replit sur lui et ses plaisirs immédiats, l’autre, Nina devient naturellement la protectrice du maillon faible de la famille.

Soit, on peut dire que son enfance lui a été volé, et de façon bien plus forte, matérielle que le vol dénoncé par certaine activiste climatique suédoise, mais elle assume, et essaie de jouer le rôle d’une jeune préadolescente qu’elle n’est pas. Mais elle progresse grâce à son empathie et un amour absolu pour sa mère qu’elle ne juge jamais.

Cette nouvelle réédition de ce texte, paru en 2021, en livre de poche, doit permettre à ce très beau livre de trouver le public qu’il mérite.

La vie dissimulée
Marinca Villanova
Éditions Eyrolles/ Poche 6€90

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