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Le Pacte entre Hitler et le Vatican, le Concordat du Reich, un dossier brûlant

par Pierre-Alain Lévy

Les relations pour le moins ambiguës entre le IIIe Reich et Hitler avec les Églises allemandes et le Vatican, tel est le sujet traité par le professeur Hartmann Schimpf, historien allemand de l’université de Bochum, et que nous avions publié dans WUKALI en 2017. Il nous a paru intéressant de remettre en lumière ce puissant travail de recherche.

P-A L

Hitler et Pie XII, des relations politiques complexes et spécieuses

1 La situation du catholicisme dans la République de Weimar
2. Le rejet du« christianisme positif» fasciste.
3) Le changement d’avis des évêques et leur approche d’Hitler
4) L’approbation du Centre catholique à la Loi des pleins pouvoirs (23.03.1933)
5) Le Concordat du Reich (20.07.1933) ­ contenu et portée
A. Avantages pour l’Église catholique I. économiquement
II. spirituellement III. politiquement IV. Bilan
B. Avantages pour l’État fasciste
6 ) La continuité du Concordat après la chute du Troisième Reich
A. Services gouvernementaux B. Impôt ecclésiastique C. Droit du travail ecclésiastique
7.) Conclusion
8) Bibliographie)]

La situation du catholicisme dans la République de Weimar

Tout d’abord quelques données précises issues des études et statistiques faites à l’époque, 95% des Allemands étaient chrétiens en 1933. Près des deux tiers d’entre eux étaient protestants, un tiers était catholique.

L’Église catholique, en tant que l’un des plus grands propriétaires de biens matériels, était économiquement un facteur de pouvoir indéniable. La centrale de l’ »Action Catholique«  dirigeait les nombreuses organisations de masse de l’apostolat laïc. L’Église régnait sur les facultés de théologie, les écoles confessionnelles, les hôpitaux et les institutions sociales. Le Reichsverband der katholischen Arbeiterverbände (la centrale des associations de patrons catholiques) était axé sur “l’harmonie des classes” et rivalisait avec les syndicats qui s’orientaient vers le socialisme. Toutes ces institutions étaient représentées par le parti confessionnel catholique du Centre (Zentrum) dans le Reichstag. Dans la république de Weimar, le Centre fournit quatre chanceliers en quatorze ans, le dernier étant Heinrich Brüning.

Élections de 1932. Affiche électorale de von Hindenburg

Le Centre se voit comme le dernier bastion qui résiste, de facon inébranlable, au tumulte de la rue, que ce soit à celui de la gauche radicale (marquée par l’étoile rouge de la Ligue des Combattants du Rotfront (Front Rouge des communistes) que ce soit à celui de l’extrème droite (représentée par les combattants des SA (sections d’assault) du national­socialisme). Le Centre représentant le juste milieu – est­-ce bien vrai cependant ?

Le rejet du «christianisme positif» fasciste

Rappelons que le programme officiel du NSDP (1920) stipulait que « le parti en tant que tel défend le point de vue d’un christianisme positif, sans se lier à une confession précise. » Hitler alla jusqu’à s’afficher en parrain de la fille de Göring à son baptême à l’Eglise.

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Jusqu’en mars 1933, le national­-socialisme fut rejeté par le clergé allemand. C’était dû avant tout à l’article 24 du programme du parti fasciste NSDAP :

Nous exigeons la liberté de toutes les croyances religieuses dans l’État, pour autant qu’elles ne mettent pas en danger son existence et qu’elles ne violent ni l’éthique ni la moralité de la race germanique. Le parti en tant que tel prend la position d’un christianisme positif sans se lier à une confession particulière. Il combat l’esprit juif­matérialiste en nous et hors de nous. ...“ (1)

Le 2 décembre 1930, Adolf Bertram, archevêque de Wroclaw (Breslau), écrivit ce qui suit pour une déclaration de la Conférence épiscopale de Fulda: Le programme du NSDAP se trouve au §24 en contradiction flagrante avec la religion catholique. … La phrase «La liberté de toutes les croyances religieuses, pour autant qu’elles ne violent ni l’éthique ni la moralité de la race germanique» se dirige directement contre les principes chrétiens.

Les instructions pastorales de l’épiscopat bavarois du 10 février 1931 le précisent :

Il est strictement interdit aux prêtres catholiques de participer au mouvement national­socialiste. …. La participation des nationaux­socialistes aux services religieux dans les colonnes fermées avec des uniformes et des drapeaux est et reste interdite. …. Les principes pastoraux contre le national­socialisme restent les mêmes que ceux qui ont été établis contre le libéralisme d’autrefois et contre le socialisme. (4)

L’étiquetage frauduleux du « christianisme positif » est découvert. La coopération entre catholiques et nazis est incompatible ­ ainsi qu’avec le libéralisme et le socialisme impie. L’exclusion des fascistes en uniforme des espaces sacrés est catégorique. Dans de nombreux endroits, les prêtres vont jusqu’à refuser le don des sacrements aux catholiques en uniforme de SA.

Le changement d’avis des évêques et leur approche d’Hitler

Cela rend d’autant plus étonnant le revirement que les évêques catholiques firent à partir du mois de mars 1933:

Nous, évêques allemands, sommes loin de sous­-estimer ou même d’empêcher ce réveil national. …. Il n’est donc pas difficile pour nous, catholiques, d’apprécier le nouvel accent fort mis sur l’autorité dans l’Etat allemand et de nous y soumettre avec cette volonté, qui n’est pas seulement une vertu naturelle, mais aussi une vertu surnaturelle, parce que nous voyons dans toute autorité humaine un reflet de la règle divine et de la participation à l’autorité éternelle de Dieu. (Romains 13,1 ff.) (5)

Les scrupules ont donc disparu. L’Église catholique promeut Hitler directement avec la couleur violette du clergé. Outre le vote sur la liste unique, un référendum sur le retrait de l’Allemagne de la Société des Nations a lieu le 14 novembre.

Avec le référendum du 12 novembre 1933, Hitler veut légitimer le retrait de l’Allemagne de la Société des Nations. Les évêques l’y soutiennent:

Les catholiques déclarent… leur accord avec les efforts clairvoyants et puissants du Führer pour épargner au peuple allemand les horreurs de la guerre et les atrocités du bolchevisme, pour assurer l’ordre public et pour fournir des emplois aux chômeurs.

Bientôt, la présence d’hommes en uniforme de SA et SS (échelons de protection) est autorisée pendant la messe.

Sur l’affiche de propagande nazi pour le référendum de novembre 1933, on peut lire au centre la phrase attribuée au nonce s’adressant à Hitler: «Pendant longtemps, je ne vous ai pas compris. Mais j’ai longtemps essayé de le faire. Aujourd’hui, je vous comprends. Aujourd’hui, chaque catholique allemand comprend aussi Adolph Hitler et votera le 12 novembre « Oui »!»

Les évêques renchérissent les uns sur les autres dans leurs témoignages de dévotion et soulignent qu’ « ils ne se contentent pas d’affirmer l’Etat allemand, mais qu’ils le soutiennent avec beaucoup d’amour et de toute leur force. » (7) L’archevêque et cardinal Faulhaber de Munich, ancien évêque aumônier de la Première Guerre mondiale, écrit à Hitler à la main: «Que Dieu garde notre peuple, notre Chancelier du Reich» (12) Et après la conclusion du concordat du Reich, il félicite le dictateur:
Ce que les anciens parlements et partis n’ont pas accompli en soixante ans, votre clairvoyance politique l’a fait en six mois d’histoire mondiale. Pour le prestige de l’Allemagne à l’Est et à l’Ouest et devant le monde entier, cette poignée de main avec la papauté, la plus grande puissance morale de l’histoire du monde, est une immense bénédiction. (13)

Comment ce changement soudain s’explique­-t­-il?

L’approbation du Centre à la Loi des pleins pouvoirs

Hitler était chancelier du Reich depuis le 30 janvier 1933. Son but était la dictature fasciste. L’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, fut une occasion opportune pour abolir les droits fondamentaux des citoyens et éliminer les opposants politiques, les communistes du KPD en premier. Dès lors, le KPD ne peut plus exercer le droit de vote au Reichstag.

Incendie du Reichstag, nuit du nuit du 27 au 28 février 1933. ©Mary Evans

Le 8 juin 1933, les évêques expriment leur soulagement et leur satisfaction en ce qui concerne la suppression du communisme:

«Ainsi, l’incrédulité et l’immoralité qu’il a déclenchées ne doivent plus empoisonner la moelle du peuple allemand; ainsi le bolchevisme meurtrier avec sa haine satanique de Dieu ne doit plus menacer ni dévaster l’âme du peuple allemand. A la mémoire des grands siècles de l’histoire allemande, la nouvelle dignité et la grandeur allemandes doivent s’épanouir à partir de leurs racines chrétiennes». (14)

La dictature d’Hitler est officiellement instituée par la Loi sur les pleins pouvoirs (janvier 1933). Le Führer arrive à obtenir la majorité constitutionnelle des deux tiers indispensables seulement avec l’approbation du Centre, qui, lui, refuse de coopérer avec le SPD antifasciste. La perspective d’un concordat impérial s’avère être un leurre auquel le Vatican ne résiste pas. La dissolution de tous les partis est acceptée par le Saint­ Siège. Quant au Centre, c’est une auto­dissolution. En juillet 1933, l’accord, informel jusqu’ici, entre le nonce Pacelli (plus tard il sera nommé pape Pie XII) et le vice­-chancelier Franz von Papen est finalement signé. C’est la prise de pouvoir fasciste contre le concordat en échange. La stratégie papale rappelle, de façon frappante, les Accords du Latran signés par le dictateur fasciste Mussolini et le pape Pie XI en 1929.

Signature du concordat à Rome, le 20 juillet 1933.

Le Concordat du Reich de 1933

Contenu et portée

Quels sont les avantages particulièrement importants du concordat pour le Vatican et lesquels le sont pour l’Allemagne fasciste?

Avantages pour l’Église catholique

Économiquement

a) Les prestations de l’Etat restent valables; leur remboursement ne peut être effectué que d’un commun accord entre l’Etat et l’Église contre une compensation appropriée; (Art. 18);
b) les Églises conservent le statut d' »organisme public » (article 13);
c) nouveau: l’impôt ecclésiastique peut être retenu uniformément ­ maintenant au niveau du Reich ­ par l’Etat. Celui­ci le transfère à l’Église en tant que prestataire de services (Art. 13 ­ Protocole final);
d) L’impôt de l’Église ne peut être aboli que par accord entre l’Etat et l’Église. (Article 18);

Spirituellement

a) les facultés de théologie des universités d’État sont préservées; l’enseignement et la dotation en personnel des postes sont exclusivement réservés à l’Église (article 19);
b) nouveau: l’enseignement catholique devient matière régulière dans tous les types d’école (écoles nationales, professionnelles et secondaires; lycées) dans l’ensemble des Länder (Etats fédéraux) du Reich (Art. 21);
c) Garantie de la pastorale dans les hôpitaux, prisons et autres institutions publiques (article
d) Garantie d’une pastorale militaire indépendante (exempte) sous la direction de l’Évêque aumônier dans l’Armée (art. 27);

Politiquement

a) Liberté de l’Église d’organiser ses affaires indépendamment et de faire des lois contraignantes pour ses membres. (Article 1); b) Droit à la libre attribution des fonctions ecclésiastiques, mais en tenant compte de la clause politique (droit de veto du Führer concernant les évêques nouvellement nommés par le Pape) (art. 14)
c) Préservation du système d’associations catholiques ­ à l’exception des syndicats, interdits déjà le 02.05.1933 (art. 31).

Conclusion
En plus de l’État, c’est l’employeur qui, lui aussi, va maintenant aider l’Eglise avec la collecte de l’impôt d’’Église en déclarant la confession de l’employé au niveau du Reich. Les juifs, les membres de sectes et les personnes sans confession sont donc facilement reconnaissables pour la Gestapo.

L’Église conserve son indépendance dans l’État totalitaire. Elle n’est pas mise au pas, comme le sont les institutions non religieuses. En tant qu’institution, elle échappe à la persécution des partis politiques et des associations non religieuses. L’Église conserve son influence sur les jeunes par une éducation religieuse garantie. De plus, la conclusion du concordat signifie que Hitler rejette clairement les partisans nationaux­ socialistes qui sont adeptes d’une nouvelle identité germanique néo­païenne.

L’Etat fasciste prend le contrôle de la lutte contre les opposants religieux membres de sectes, concurrents de l’Église; l’Etat combat également les libres­-penseurs, les athées, les libéraux, les socialistes et les communistes. L’État le fait de manière efficace et brutale. Avec la défense pour tous les ordres et toutes les associations catholiques de ne plus s’engager dans des activités politiques et de servir exclusivement des « fins religieuses, purement culturelles et charitables » (art. 31), la direction de l’Église peut aussi plus facilement museler les critiques internes de L’Église. Le but de la privation du
droit de vote du citoyen correspond de toute façon au commandement paulinien dans l’épître 13 aux Romains, qui exige catégoriquement la soumission du sujet aux autorités.

Hitler salue Ludwig Muller (à droite), sympathisant nazi, «évêque du Reich » et l’abbé Albanus Schachleite (1934).

Avantages pour l’État fasciste

1) Le fascisme allemand est reconnu par une superpuissance idéologique conservatrice avec une influence politique et une puissance économique mondiales. Pour Hitler, qui est toujours considéré avec suspicion, c’est le premier succès en matière de politique étrangère, succès qui atténue la méfiance à l’égard du national­ socialisme agressif et qui rend Hitler acceptable à l’échelle internationale.

2) Les réserves morales des croyants catholiques fidèles au pape cèdent la place à une confiance grandissante en Hitler. Quel meilleur moyen d’accepter la terreur fasciste que la bénédiction de la papauté? Un organisme considéré dans le monde entier comme le défenseur de la charité chrétienne et d’une vraie humanité.

3)« L’interdiction de l’appartenance des ecclésiastiques et des religieux aux partis politiques et la défense de s’y engager» (art. 32) signifie l’abstinence politique du catholicisme allemand. Hitler peut triompher. Les reins de l’opposition catholique sont cassés. La concession de l’Église facilite le fonctionnement rapide de la dictature fasciste.

4) Le dirigeant fasciste reçoit le « droit de veto pour les évêques nouvellement nommés » (article 14) que l’Église a désignés avant. Les nouveaux candidats à la fonction d’évêque prendront soin de se conformer à la volonté du Führer.

5) Pareillement au pacte Hitler-­Staline, il existe un traité secret dans le concordat. L’État fasciste s’y assure de la coopération des ecclésiastiques en tant qu’aumôniers militaires, même en cas de guerre. Le protocole secret profite donc à la stratégie des guerres hitlériennes sur le plan psychologique.

Prière dans le livre des cantiques de l’armée, publié le 24.08.1939:

In deiner Hand, o Gott, liegt die Herrschaft über die Reiche und Völker der Erde. … Segne die deutsche Wehrmacht, welche dazu berufen ist, den Frieden zu wahren und den heimischen Herd zu beschützen, und gib ihren Angehörigen die Kraft zum höchsten Opfer für Führer, Volk und Vaterland.

Dans ta main, ô Dieu, se trouve la domination sur les royaumes et les peuples de la terre. …. Bénis la Wehrmacht allemande, appelée à garder la paix et à protéger le foyer familial, et donne à ses membres la force de faire le plus grand sacrifice pour les dirigeants, le peuple et la patrie.

Prêtres faisant le salut hitlérien lors d’un rassemblement de jeunes catholiques
dans le stade de Berlin-Neukölln en août 1933

6) Le protocole additionnel reste secret, d’autant plus que Hitler se préoccupe avant tout de l’introduction du service militaire obligatoire. Celui­-ci viole le Traité de Versailles qui stipule que, après la Pemière Guerre mondiale, les effectifs dans le Reichswehr ne dépassent pas le nombre de 100 000 soldats de métier. ­ Hitler, par contre, s’intéresse à un réarmement accéléré avec une armée fortement élargie. Pie XI ne s’y oppose pas ­ au détriment de la République française laïque et d’autres anciens Etats de l’Entente. Avec le protocole secret, le pape donne libre cours à Hitler qui veut agrandir la future Wehrmacht. Pour le Führer, ceci est une condition indispensable pour déchaîner la Seconde Guerre mondiale.

La continuité du Concordat du Reich jusqu’à présent

Lire le texte du Concordat (document CNRS)

Ne pouvant être dissous que par accord mutuel entre l’Etat et l’Église catholique, le Reichskonkordat de 1933 continue d’exister dans la République fédérale d’Allemagne
Ni le Saint­ Siège ni l’Eglise catholique allemande n’ont intérêt à annuler le traité. Malgré une critique publique croissante, la majorité des députés du parlement allemand, fortement influencée par les lobbyistes des deux Églises officielles, veut conserver le traité, elle aussi. Évidemment, l’Église n’est pas seulement présente dans l’Église; elle l’est aussi dans l’État. Le concordat, garanti par l’Etat, offre des privilèges lucratifs.

Les prestations de l’état

Les prestations de l’État (RK art. 18) sont un ensemble de privilèges divers (18):

Les subventions [d’Etat] au personnel­ que ce soit sous forme de rémunération (salaires, pensions) pour le haut clergé ­ que ce soit à des fins de formation ou pour d’autres frais administratifs.

Un exemple numérique illustre la différence de revenus entre la République fédérale d’Allemagne et la France laïque: en République fédérale d’Allemagne, un archevêque touche environ 8.000€ par mois payés par le contribuable, alors qu’en France l’archevêque de Lyon touche environ 800€ qui lui sont donnés par les fidèles qui ont fait la collecte. Les facultés de théologie des universités publiques sont financées, elles aussi, par chaque contribuable. On y forme des enseignants religieux et des prêtres, ce qui profite à l’Église et non à l’Etat. Les Kirchentage1 sont également financés, pour une grande partie, par les impôts payés par les non­croyants aussi bien que par les croyants des autres confessions.

Depuis le milieu du XIXe siècle, chaque Église allemande organise un grand rassemblement de manière alternée : un Kirchentag pour les protestants, un Katholikentag qui ras­semble, lui, les catholiques allemands. Mais en 2003, les chrétiens étaient allés plus loin en co­organisant un pre­mier « Kirchentag oecuménique » (ÖKT) à Berlin.. Ces rassemblements durent plusieurs jours. (NdT)

La célébration du jour de Luther au Lustgarten à Berlin ! L’évêque Joachim Hossenfelder prononce un discours le 19.11.1933.
Bundesarchiv Bild 102-15234, Berlin, Luthertag.j

Exonération fiscale et exemption de taxes (impôt sur le revenu des sociétés, impôt sur le revenu du capital, impôt sur les mutations immobilières, exonération des frais de notariat et autres actes officiels)

Les paiements pour les frais de construction des églises (y comprises la restauration des églises, la préservation des presbytères, etc.)

Impôt ecclésiastique

La perception de l’impôt ecclésiastique au profit des grandes communautés religieuses est maintenue. Jusqu’au Concordat du Reich, l’administration paroissiale devait calculer et recouvrer le montant correspondant dû par le croyant sans la participation active de l’Etat et sans celle de l’employeur ­ une entreprise laborieuse. Depuis le Concordat, c’est l’Etat qui perçoit les impôts des croyants au profit de l’Église. (20) Il s’agit donc d’une cotisation obligatoire, calculée et transférée par l’employeur, perçue par l’État et reversée aux deux Églises moyennant une petite contribution. En raison de l’inscription obligatoire des aveux sur la carte fiscale du contribuable, celui­ci a été et est tenu de divulguer des informations relevant de sa sphère privée.</doc5210|left>

Droit du travail ecclésiastique

Le Reichskonkordat donne à l’Église catholique le droit « d’organiser ses affaires de manière indépendante et d’adopter des lois contraignantes pour ses membres. Cette disposition est encore aujourd’hui la base du droit spécial du travail de l’Église.

Aujourd’hui, un peu moins des deux­ tiers des Allemands sont encore catholiques ou protestants luthériens. Néanmoins, les établissements sociaux tels que les hôpitaux, les jardins d’enfants et les maisons de retraite sont dans leur majorité écrasante aux mains des deux Eglises officielles. Les médecins, les éducateurs d’école maternelle et les infirmiers pour personnes âgées et pour les malades en général doivent appartenir à la confession chrétienne correspondante pour trouver du travail dans une entreprise à tendance ecclésiale. Ils doivent aussi s’adapter à la morale ecclésiale dans leur vie privée. Par exemple, quitter l’Eglise, changer de foi, se remarier après un divorce ou s’engager publiquement dans un partenariat homosexuel sont pour l’Église catholique des motifs suffisants pour qu’un évêque congédie l’employé concerné.

Il n’ y a pas de comité d’entreprise pour les employés, et on leur refuse le droit de grève ­ contrairement aux entreprises qui ne sont pas affiliées à l’Église. Les intérêts des salariés sont donc moins bien représentés sur le marché du travail de l’Église que sur le marché « séculier »; de plus, “les employés de l’Eglise” sont très souvent payés à des salaires inférieurs. Ceux qui ne sont pas religieux ou qui n’appartiennent pas à la bonne confession sont exclus de l’emploi ecclésiastique au préalable, même s’ils peuvent présenter la qualification professionnelle nécessaire et faire preuve d’un grand engagement au travail. Tout cela va à l’encontre du principe d’égalité.

Conclusion

Le Concordat du Reich de 1933 est la seule loi de l’ère fasciste qui a conservé sa validité jusqu’à ce jour. En tant que pacte Hitler­-Vatican, il témoigne du tournant opportuniste du Saint­-Siège en faveur d’une collaboration fatale avec l’Etat fasciste. Le traité cimente des privilèges qui doivent leur origine à des circonstances historiques discutables. Les prérogatives ecclésiastiques sont discriminatoires à l’égard de la liberté de religion et à celle d’autres conceptions du monde. Les adeptes des autres idéologies en Allemagne doivent donc, eux aussi, soutenir le catholicisme et le luthéranisme. La question se pose de savoir: pendant combien de temps et en vertu de quel droit les deux Églises officielles allemandes seront­elles encore privilégiées? Quand les privilèges d’Eglise seront­-ils enfin abolis? Quand est­-ce que toutes les conceptions du monde seront­-elles considérées comme relevant des affaires privées? Quand la séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui est garantie par la Constitution, sera­-t-­elle enfin strictement respectée dans la République Fédérale d’Allemagne?

Hartmann Schimpf
Professeur à l’université de Bochum

Article initialement paru dans WUKALI le 21/12/2017

Bibliographie

O.) Le Reichskonkordat comme texte est cité selon: https: de. Wikipedia. org/wiki/Reichskonkordat ­ en outre selon le lien: Texte du Reichskonkordat avec le protocole secret.
1) Folk Fabricius, Église du national­socialisme. Entre résistance et loyauté. Francfort/M. 1982, S.3
2) H. ­A. Raem (éd.), Église catholique et national­socialisme, Paderborn 1980, p. 27.
3) H. ­A. Raem, précité, p. 27.
4) H. ­A. Raem, précité, p. 27.
5) Reinhard Kühnl, Le fascisme allemand dans les sources et les documents. Cologne 1978, p. 212­217
6) Lettre pastorale conjointe des pasteurs des diocèses d’Allemagne, par: Hans Müller (Ed.): Église catholique et national­socialisme. (documents dtv), Munich 1965, p. 163 et suiv.
7) Karl­Heinz Deschner, Avec Dieu et les fascistes. Le Vatican en collaboration avec Mussolini, Franco, Hitler et Pavelic. Freiburg/Br. 2012, S.87
8) K. ­H. Deschner, précité, p. 87 9) Ibid. p. 87
10) Ibid. p. 87
11) Ibid. S.87
12) Ibid. S.87 13) Ibid. S.87
14) Hans Müller, Église catholique et national­ socialisme. Documents 1930­1935, Munich 1963, p. 73
15) Rassemblement de la Conférence épiscopale de Fulda du 28.03.2017 par: Hans Müller, ibid., p. 77.
16) Hans Müller ibid., p. 156
17) L’origine historique des privilèges du clergé est traité par Carsten Frerk, Livre violet des finances de l’Eglise, Aschaffenburg 2010, pp. 23­ 25
18) Le calcul détaillé et précis des prestations gouvernementales se trouve chez Carsten Frerk, ibid., p. 59­212.
19) Gerhard Czermak, religion et croyance dans la vie sociale et en juridiction. Lexique pour la vie pratique et la science. Aschaffenburg 2009, p. 206
20) Carsten Frerk, ibid., p. 45 à 51.)]

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