Il s’agit bel et bien de la plus ancienne sculpture figurative jamais découverte, une figurine sculptée dans de l’ivoire de mammouth et conservée en Allemagne au Musée d’Ulm. Elle fait actualité aujourd’hui à l’occasion d’une exposition sur l’Âge de glace qui vient de s’ouvrir à Londres au British Museum. Malheureusement c’est une copie qui sera présentée, l’originale demeurant en Allemagne.

Si bien souvent la découverte de trésors artistiques prend des airs de roman policier à suspense (exhumation de dépouilles royales de l’antiquité, identification scientifique en complément à des enquêtes en bibliothèques et en dépouillement d’archives) l’histoire de cette statue de 30 cm de haut découverte avant guerre dans le sud de l’Allemagne puis oubliée et enfin restaurée est particulièrement intéressante.

Elle fut découverte en 1939 en Allemagne dans les Alpes souabes par Otto Völzing, géologue de son état qui effectuait des fouilles financées par la SS dans la grotte Hohlenstein Stadel. Par hasard après avoir creusé toute la journée et ne trouvant que des silex et des restes alimentaires fossilisés laissés par les hommes de la préhistoire, son grattoir heurta un objet qui se révéla être probablement une représentation zoomorphe. Il mit rapidement cet objet dans une boîte et le temps passa. Elle fut entreposée loin des regards du public au Musée d’Ulm.

En 1988, des archéologues qui fouillaient à nouveau la grotte de Hohlenstein Stadel s’intéressèrent à cette statuette ou tout du moins ce qu’il en restait car elle était en piètre condition et réussirent sa reconstruction la recomposant avec près de 200 pièces. De nouveaux éléments retrouvés sur le site même de la découverte dans la grotte de Hohlenstein Stadel furent ajoutés à la statue en 1989, c’est alors qu’il apparut qu’elle représentait un lion. Une controverse entre spécialistes éclata alors pour savoir s’il s’agissait bien d’un lion et non point d’une lionne car une paléontologue, Elisabeth Schmid, formulait la théorie selon laquelle les sociétés primitives étaient matriarcales.

De nouvelles fouilles récemment effectuées dans cette même grotte Stadel ont permis d’exhumer près de 1000 nouveaux fragments appartenant à cette statue et de tailles bien entendu millimétriques, rares sont ceux qui dépassent le centimètre

Les scientifiques ont réussi à éliminer les colles précédemment utilisées pour la reconstruction de cette statue et l’utilisation des techniques d’imagerie informatisée est d’un précieux secours.

Les techniques de datation au carbone 14 utilisés sur des ossements trouvés sur le site de fouille conduisent à penser que l’homme-lion, tel on nomme la statuette dans le milieu de la recherche de la préhistoire, est plus ancienne qu’on ne l’estimait et serait âgé de 40 000 ans et non point de 32 000 ans comme on l’avait naguère estimée.

Cette statuette est une des toutes premières représentations figuratives que l’on connaisse. Les spécialistes qui se sont penchés sur l’objet estiment qu’il a fallu pas moins de 400 heures à l’artiste préhistorique pour la fabriquer avec des silex, ce qui implique une organisation sociale (chasser, se nourrir etc.). D’autres interprétations de la statuette y voient une représentation de culte chamaniste.

Le musée d’Ulm prévoit de présenter la statuette au public en novembre 2013.

Timothy Orpington.


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