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La chronique littéraire d’Émile Cougut


Si vous êtes amateur de whisky, il faut absolument que vous ayez près de votre bar «Les 1001 Whiskies qu’il faut avoir goûtés dans sa vie

Si vous n’êtes pas amateur de whisky il est fortement conseillé de compulser ce livre de temps en temps ne serait-ce que pour son iconographie et surtout pour ouvrir votre esprit non seulement à cette boisson mais aussi à la culture qu’elle véhicule.

Il ne faut surtout pas être rebuté par le volume de ce livre de 952 pages, car la moitié est composée d’ une très belle iconographie et le reste par des fiches « techniques ».

La courte introduction de Dominic Roskrow à elle seule ouvre la porte d’un univers que le béotien ignore. Soit, on sait plus ou moins que le whisky est d’origine écossaise, qu’il est fait à base d’orge puis qu’il est le fruit d’une distillation. On n’en sait pas beaucoup plus après la lecture de cette introduction, mais le profane n’a plus qu’une envie, découvrir l’univers que représente le whisky.

Il y a les 5 pays dit légitimes, dans le sens de l’intériorité, quant à la production du whisky : l’Ecosse, l’Irlande, les Etats-Unis d’Amérique, le Canada et le Japon. Mais à peu près le monde entier se met à faire des whiskies : l’Inde, l’Afrique du Sud, la Suède, La Tchéquie, la Nouvelle Zélande… et même la France en Lorraine ou en Bretagne par exemple. Seule l’Amérique du sud semble pour l’instant avoir résisté à son attrait. Cette géographie des lieux de production semble montrer que le whisky n’est pas ce qu’il semble être. Soit, il est fortement présent dans les anciennes colonies, même au Pakistan, pays musulman où l’alcool est par principe (religieux) interdit, mais que dire du Japon, si ce n’est par effet d’imitation des commerçants, le saké étant considéré comme la boisson du peuple, ou du Liechtenstein ! Quant à la France, que vient faire le whisky au pays du Cognac et de l’Armagnac ? La vodka semble elle aussi bien résister en Europe de l’est, du moins comme lieu de production, car il suffit d’aller en Russie dans un supermarché pour s’apercevoir que le choix offert au consommateur est digne de celui de n’importe quel hypermarché français…

Le whisky a été un vecteur de diffusion de la culture anglo-saxonne, de son mode de vie, comme le sont les hamburgers et le cinéma pour la culture américaine.

Le whisky pour le non initié c’est un mélange d’orge malté, d’eau, de levure, le tout distillé. C’est la base, mais après que de variations, variations qui semblent infinies autour de la distillation simple ou double, le vieillissement, l’utilisation des fûts, des bois. De fait, la complexité, et la diversité des whiskies tient avant tout au fait… qu’il n‘y a pas de définition exacte de ce que l’on peut appeler un whisky, et c’est d’autant plus vrai que certains whiskies ne peuvent être commercialisés en France sous cette appellation car trop « en marge » des règles de bases. Et c’est bien à ce niveau que réapparaissent les véritables différences culturelles entre la culture anglo-saxonne et notre positivisme. Au pays de Descartes et des jacobins, il faut des règles précises, inscrites dans le marbre qu’il est facile (ou du moins quand on s’en donne les moyens) de contrôler. Il y a un bureau de vérification et de contrôle du Cognac… à Cognac qui est particulièrement attentif à faire respecter l’appellation «Cognac» pour la différencier des simples Brandy… On ne peut non plus imaginer un Armagnac qui ne serait pas élevé dans une des trois régions d’appellation du sud-ouest.

A la fin de la lecture de «Les 1001 Whiskies qu’il faut avoir goûtés dans sa vie», on n’en saura pas plus sur les différences entre les bourbons, les blends, les singles malts et tous les sous groupes rassemblés sous la dénomination de whisky. Mais cela n’a strictement aucune importance, seuls les experts sont vraiment intéressés par toutes ces subtilités. Ce qui importe vraiment est le contenu du verre et le plaisir que l’on trouve à le déguster.

Et du plaisir on en retire énormément à la lecture de ce livre

Ce plaisir on le trouve à chaque page: chaque whisky est présenté à travers une fiche technique où se trouve la photographie d’une bouteille (et que de variations autour des formes, parfois de vraies œuvres d’art), la région et le pays d’origine, la distillerie, la tenue en alcool (de 40° à plus de 55° !), le type (single malt, whisky de grain, blend, etc.), une note de dégustation et une description. A la lecture d’une dizaine de ces fiches, l’amateur comprend vite toute la richesse, la complexité de cet alcool. Mais surtout il comprend que certains puisent en avoir une vraie passion, passion jamais assouvie car une vie ne suffirait pas pour déguster, apprécier tous les whiskies d’autant qu’entre dix et vingt font leur apparition chaque semaine…

Et même si on est fatigué, si on n’a pas envie de lire, alors il faut se plonger dans la simple vision de l’iconographie qui est magnifique. Soit, il y a des bouteilles, mais aussi des paysages, des reproductions de tableaux, des hommes, des bâtiments, enfin tout un univers.

À travers ce livre, une superbe introduction à une vraie culture, à un vrai art de vivre quand on consomme avec modération. Mais un vrai amateur consomme toujours avec modération, jamais avec excès, pour jouir des plaisirs de sa passion n’est-ce-pas… ?

Emile Cougut


Les 1001 Whiskies qu’il faut avoir goûtés dans sa vie

Éditions Flammarion. 35€

Sortie librairie le 13 mars.



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