Elle sommeillait depuis 1945 dans un entrepôt en plein air da la ville de Brescia en Italie. Une décision du maire de la ville de la sortir de l’oubli et de l’exposer à nouveau suscite un vaste mouvement de protestation.

Quel est donc l’objet du délit ? Une statue en marbre de Carrare, œuvre d’Arturo Dazzi, connue sous le sobriquet de Bigio et représentant dans le plus pur style néo-classique en diable, un jeune athlète nu le bras replié sur la hanche. L’œuvre avait été commandée à Artura Dazzi (1881-1966), et avait été inaugurée en pleine époque fasciste en 1932 et baptisée du nom de « L’Era fascista » par Mussolini lui-même qui en admirait l’exaltation de la force et de la jeunesse.

À la chute du dictateur, la statue fut promptement mise à bas, retirée et déposée dans un hangar municipal et cela jusqu’à ce que le maire actuel de Brescia, Andrea Paroli, appartenant au parti de Silvio Berlusconi, décide au nom de considérations artistiques et urbanistiques de la remettre en lumière et de la replacer à son emplacement d’origine. Il n’en fallut pas plus pour déclencher une tempête.

Si l’Allemagne a su après la guerre examiner son passé pour en extirper les miasmes qui l’avait conduite à sa perte et permettre ainsi la naissance d’une véritable démocratie, l’Italie quant à elle n’a pas su opérer cette même autocritique et les mouvements fascistes ont toujours tenu un rôle important et clandestin menaçant même pendant les années de plomb l’existence de la république. L’Italie tenait un rôle stratégique majeur en cette période de guerre froide, le Parti communiste italien était le seul rival de la Démocratie chrétienne longtemps incarné par Giulio Andreotti.

Un levier de boucliers a immédiatement suivi l’annonce de la réhabilitation de la statue. Giulio Ghidotti, président de l’association nationale des partisans (ANPI), ne veut pas la voir de retour pour des raisons toutes à la fois historiques, politiques et financières, en effet considère-t-il, elle a été retirée au moment de la guerre de libération et renverrait à tous ces mauvais souvenirs qu’a incarné l’oppression du régime fasciste, elle a été essentiellement faite pour des raisons de propagande aussi déclare-t-il « pour nous c’est difficile de la voir comme une pure œuvre d’art ».

Qui plus est son réaménagement sur la place choisie serait considéré par l’ANPI comme provocant et offensant. Près de la place se trouve en effet une plaque d’hommage à Alberto Dalla Volta compagnon et ami de Primo Levi à Auschwitz, par ailleurs à proximité de la Piazza della Loggia, huit personnes ont été tuées par une bombe et plus de 90 autres blessées lors d’un attentat commis en 1974 contre des participants à une manifestation antifasciste. Des considérations budgétaires, importantes dans cette période de crise sont aussi avancées, ainsi la réhabilitation et l’installation de la statue avoisineraient 460 000 €

Pour les autorités municipales la réédification de cette statue rentre dans un projet global de réhabilitation urbaine de la place afin de lui redonner son identité esthétique d’origine. Elles contestent toutes considérations idéologiques estimant au contraire que ses opposants ont trouvé là un sujet de polémique électorale en vue des élections.

Il est opportun de rappeler les nombreux appels du pied du parti de Silvio Berlusconi en direction du MSI formé de nostalgiques de la période mussolinienne, et des mouvements latents de réhabilitation de cette période pour rendre acceptable une telle alliance.

Une pétition circule demandant que cette statue ne soit pas à nouveau exposée.


– Des années 30 pour les pays de l’Axe jusqu’aux années 70 pour l’Urss (on parle là de réalisme socialiste soviétique) deux styles d’art très similaires apparaissent caractérisés par un profond caractère néo-classique et se référant, en tous cas pour l’Italie et l’Allemagne à l’art grec. Malgré des politiques qui les opposent , ils exaltent les uns et les autres de manière très similaire le culte de la force et de la jeunesse, le mythe des origines et l’élan patriotique

En 1937 lors de l’Exposition Universelle de Paris, ils avaient eu l’occasion de se confronter, les groupes statuaires en vis à vis qui décoraient les pavillons de l’Allemagne et de l’URSS, situés l’un en face de l’autre sur la rive droite face à la Tour Eiffel et aujourd’hui détruits, étaient l’un et l’autre d’un style parfaitement analogue. Quant à la France au même moment, le sculpteur admiré et respecté était Aristide Maillol dont les belles naïades aux formes pulpeuses relevaient d’une forme d’académisme pour le moins peu révolutionnaire.

Alessandro Goldoni pour Wukali en Italie.


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