Pour les lecteurs de « Michel Strogoff« , la ville de Perm devrait raviver quelques souvenirs. Située entre Kazan et Ekaterinbourg au pied des monts Oural à 1434 kms à l’est de Moscou ( il faut toujours être précis disait ma chère grand mère Lénotchka !), on peut y admirer dans son musée des Beaux-Arts une remarquable collection d’icônes et des tableaux de grands peintres russes comme lya Repine ou Isaac Levitan. Un autre musée dans la ville expose un squelette de mammouth exhumé voilà moins d’un siècle et qui a permis de faire connaître aux paléontologues du monde entier cette ville de plus d’un million d’habitants. À quelques dizaines de verstes de la ville, le seul Goulag sauvegardé, Perm 36, où flotte encore les ombres des Zeks qui y furent emprisonnés, se visite aussi rappelant ainsi le passé pour le moins sinistre de la région.

Mais c’est pour une toute autre raison que Perm fait aujourd’hui l’actualité, le directeur du musée d’art contemporain de Perm, Marat Guelman, bien connu dans les milieux artistiques, fondateur de la galerie Guelman à Moscou, une galerie qui compte en Russie, vient tout bonnement d’être brutalement démis de ses fonctions d’une manière qui rappelle de tristes périodes de l’histoire russe récente. Nommé en 2008 à la tête de ce musée avant son ouverture, il souhaitait faire de l’institution un nouveau Bilbao capable de transformer l’identité de la ville et de faire oublier l’histoire militaro industrielle de l’époque soviétique et en déclin aujourd’hui.

Quand en Russie on veut se débarrasser d’un gêneur, le moyen le plus rodé consiste à l’accuser de corruption (sujet on ne peut plus embarrassant et piquant dans l’administration de Poutine!), en français on dit «quand on veut tuer son chien on l’accuse de la rage». Et c’est de malversations financières qu’est accusé Marat Guelman. Le procureur désigné pour instruire le dossier s’en est même pris à l’un des artistes qui fut récemment exposé dans le musée le qualifiant d’extrémiste, la boucle est bouclée comme on dit!

Le 19 juin dernier les autorités fermèrent l’exposition intitulée Welcome Sotchi 2014 приветствовать Сочи, qui était intégrée aux Nuits blanches de Perm, festival d’été mis en place par M. Guelman et qui vient juste de se terminer. C’est à Sotchi que doivent en effet se tenir les prochains Jeux olympiques d’hiver 2014 ardemment voulus par Vladimir Poutine, et dont l’opposition dénonce les non moins colossales dérives du projet. Il est vrai que dans les oeuvres exposées se trouvait une affiche du peintre Vasily Slonov représentant Staline déguisé en ours, animal mascotte de l’événement… l’oeuvre a été confisquée !

Marat Guelman avait été nommé à la direction du musée d’art contemporain de Perm par le précédent gouverneur Oleg Chirkunov, homme d’affaire qui souhaitait donner un nouveau visage à la région, hélas Chirkunov démissionna l’année dernière et la nomination du nouveau gouverneur, Viktor Basargin, ancien ministre régional du développement, sonna le glas des ambitions de Perm pour l’art contemporain.

Pour Viktor Basargin cette démission est à mettre sur le compte à l’utilisation des fonds d ‘état utilisés par Marat Guelman et qui ne servaient selon lui qu’à promouvoir la seule image de ce dernier

Malgré le tohu bohu déclenché par cette mise à l’écart, Marat Guelman a néanmoins participé le week end dernier aux derniers jours du festival qui, dit-il, a attiré plus de un million de visiteurs sur une durée d’un mois. Avant de quitter Perm il s’est notamment exprimé sur le sujet :«Toute cette histoire donne à penser que les ordres sont venus de Moscou; il fallait chercher quelque chose à tout prix, notamment parce que je ne suis pas un membre de l’opposition mais tout simplement une simple personne qui parle ouvertement de ce qu’il pense. En bref, vous apprendrez bientôt que je transportais des narcotiques, que je suis un pédophile ou mieux encore que je travaillais pour la CIA !»

Sergueï Ivanov correspondant en Russie pour Wukali et Pierre-Alain Lévy


Illustration de l’entête, toile du peintre Vera Don-Khilko, représentant nu au centre Marat Guelman


ECOUTER VOIR

L ‘art contemporain en Russie et Marat Guelman (en anglais)


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus