Lu dans la presse, LE FIGARO

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Pour régler la succession de Dina Vierny, Olivier Lorquin se sépare de quelques trésors de sa mère.

Il y a des couples mythiques qui font rêver les collectionneurs. Maillol et Dina Vierny sont de ceux-là. Lui ne fut rien sans sa muse. Elle serait restée dans l’ombre sans son Pygmalion. C’est à l’âge de 15 ans que ce petit bout de femme forgée dans le bronze fait la connaissance du sculpteur. Née du hasard, la rencontre est fulgurante. L’artiste qui a entendu parler par l’architecte Dondel de cette jolie Ukrainienne au visage rond souligné par des sourcils arqués lui écrit: «Mademoiselle, on me dit que vous ressemblez à un Maillol et à un Renoir, je me contenterai d’un Renoir.» Fraîchement arrivée à Paris en 1924, cette fille née de parents juifs russes se rend à Marly-le-Roi et séduit l’homme barbu de 58 ans son aîné, qui devient comme son deuxième père. En pleine dépression, ce dernier reprend goût au travail.

Leur complicité, d’abord à l’insu des parents de Dina Vierny, va ensuite durer dix ans, jusqu’à la réalisation de L’Harmonie, la dernière œuvre de Maillol conçue vers 1940, dans la propriété d’été de Banyuls, quatre ans avant sa mort dans un accident de voiture. Maillol prend Dina comme modèle pour ses dessins à partir desquels il conçoit ses sculptures. L’une des plus célèbres, La Rivière, monumentale fonte au plomb de 1938, sera la pièce maîtresse de la vente orchestrée, le 2 décembre prochain, par Francis Briest, de la maison Artcurial, en collaboration avec Sotheby’s et en partenariat avec Stéphane C. Connery, ancien directeur mondial des ventes privées pour Sotheby’s, qui a rejoint le cabinet d’expertise Pissaro-Seydoux. Cette vente est d’abord une histoire d’amitié entre des personnes liées par le souvenir de Dina Vierny.

«Donnez-moi un jardin, je le peuplerai de statues.» Aristide Maillol

En équilibre sur son socle, La Rivière, fonte au sable posthume de Georges Rudier, va quitter le hall du Musée Maillol pour être remplacée par Les Trois Grâces, que Dina avait achetées de son vivant pour la fondation créée en 1995 et riche de 179 œuvres de Maillol. Cette édition, dont les six autres exemplaires trônent du MoMa au Jardin des Tuileries, est estimée modestement entre 2 et 3 millions d’euros. «Donnez-moi un jardin, je le peuplerai de statues», avait dit Maillol. En 1964, avec l’accord de Malraux, Dina exauça son souhait en faisant don à l’État de dix-huit de ses sculptures installées en 1964 dans les Tuileries.

«Un peu plus de trois ans après la mort de ma mère, cette vente pour régler la succession est une épreuve», explique son fils, Olivier Lorquin, président et directeur de la fondation, qui exerce le droit moral sur Maillol. Mais avec seulement onze pièces soigneusement choisies,celle-ci se transforme en un hommage à une grande dame qui a inspiré les artistes autant qu’elle les a défendus.

De jeune femme modèle, Dina est devenue une femme de caractère qui créa sa propre galerie en 1947, en allant chercher ­elle-même les œuvres de Kabakov et de Boulatov, qui n’avaient alors pas le statut d’artistes dans la Russie de Brejnev. Elle y exposa Poliakoff, Kandinsky, Laurens et Picasso. C’était aussi une grande résistante qui fit passer les antifascistes à la frontière espagnole. Maillol, qui est à l’origine de la voie qui porte son nom, s’en était rendu compte. Pour l’écarter un peu du danger, il la fit poser pour ses amis peintres, Bonnard, Matisse et Dufy.

«Je vous envoie le fruit de mon travail, écrit Maillol à Matisse, à vous de le réduire à un trait.» Avec une grande pureté, la plume trempée dans l’encre noire dessine les contours de la muse qui a des allures d’une Olympia revisitée (estimation: 40.000 à 60.000 euros pour chacun des quatre dessins). Dufy, qui se disait «le plus jeune de ses vieux amis», exécute, lui aussi, un portrait à l’encre de celle qui l’adorait (10.000 à 15.000 euros).

En onze coups de marteau, celle qui osait dire que «l’art, le vrai, est avant tout un message humain» va revivre sous nos yeux.

Béatrice De Rochebouet


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Dina Vierny

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