Threats over the Art collection of the Detroit Institute of arts


Nous avions déjà consacré dans Wukali un article sur la faillite de la ville de Détroit aux États-Unis et son impact sur le Detroit Institute of art, son musée, menacé de voir ses oeuvres vendues à l’encan pour éponger les dettes de la ville. Nous vous présentons sur le même sujet un article paru dans le Chicago Tribune et dont nous avons assuré la traduction. P-A L

Pendant des années, les visiteurs du musée de Détroit ( Detroit Institute of Arts) ont pu s’amuser, s’inspirer voire se défier des dangers de la joie gaillarde des paysans peints au 16ème siècle par le peintre flamand Pieter Bruegel l’Ancien.

Du fait de la mise en faillite de la ville de Détroit, la peinture «La danse de mariage», que les amoureux de la collection considéraient comme inestimable, a désormais un prix d’étiquette oscillant entre 100 et 200 millions $, selon un rapport de la maison d’enchères Christie’s publié Jeudi.

La maison d ‘enchères new-yorkaise estime en effet dans un rapport d’audit que la valeur de marché approximative des quelques 1741oeuvres achetées au fil du temps avec des fonds municipaux, oscille entre 454 et 867 millions de dollars. L’estimation avait été requise par le médiateur d’urgence de la ville Kevyn Orr peu de temps avant que la ville ne fût déclarée en faillite, devenant ainsi la plus grande ville américaine connaissant ce déboire

Dans le domaine de l’art et pour les amoureux du musée, l’évaluation est quelque chose de surréaliste, mettre ainsi un prix sur des biens culturels qu’ils estiment ne pas pouvoir être vendus

Dans une déclaration, Orr a précisé qu’il n’avait pas l’intention de vendre l’art. Il a plutôt selon lui, demandé à Christie’s quelles étaient les options possibles ce à quoi il lui fut répondu qu’il y en avait plusieurs comme celle de servir de garantie pour un prêt. Il n’en demeure pas moins qu’une vente demeure toujours possible dans le cas d’une procédure de faillite (bankruptcy)

Lee Rosenbaum, auteur du blog CultureGrrl art, considère l’évaluation comme un coup dans l’estomac. «On ne peut espérer que l ‘évaluation sur ce que ces oeuvres pourraient rapporter n’est que pure spéculation académique et que le coût de cet audit spécifique de Christie’s ne se révélera n’être qu’un gaspillage de dollars pour les rares imposables» écrit-elle dans son blog Jeudi

Todd Levin, directeur du Levin Art group, considère quant à lui cette évaluation comme «plus ou moins correcte», mais en déteste l’idée. «Je considère que la monétisation de l’art de cette manière est dommageable tant pour le musée que pour la ville et aussi dommageable pour l’art. C’est une situation où personne ne gagne. C’est moche»

Levin dit que cette évaluation renvoie à la citation du cynique d’Oscar Wilde: «un homme qui connait le prix de tout et la valeur de rien».

Les biens estimés par Christie’s ne représentent seulement que 5% de l’ensemble de la collection du musée et que 11 pièces parmi celle ci comptent pour 75% de la valeur totale estimée

Le musée s’est refusé à tous commentaires, mais dans le passé il avait indiqué qu’il maintient ses positions pour considérer que la collection est «une ressource culturelle et non un bien municipal»

La peinture de Brueghel culmine au plus haut prix. Parmi les autres oeuvres de grande valeur un auto-portait de Van Gogh au chapeau de paille, estimé entre 80 et 150 millions $, et une oeuvre de Rembrandt «La Visitation» estimée entre 50 et 90 millions $.

Richard Feigen, un marchand et collectionneur spécialisé dans la peinture européenne, pense quant à lui que ces évaluations sont« relativement sans valeur» puisque les écarts sont si vastes. Il dit aussi que cela pourrait corrompre le monde de l’art et affecter leurs valeurs. «De mon point de vue l’idée de vendre ces oeuvres est obscène et je n’ai rien à voir avec cela».

D. Carroll Joynes, senior research fellow à the Harris School of Public Policy de l’Université de Chicago , pense que les prix sont «sur le tapis du billard», puisque de telles oeuvres n’arrivent sur le marché que très rarement. Mais il considère que l’idée de vendre des trésors d’art pour cause de problèmes municipaux financiers pourrait conduire les gens à réfléchir à deux fois avant de faire des donations pour les musées. «Cela va à l’encontre de l’assurance selon laquelle les biens ne peuvent pas être pillés quand les choses vont mal» a-t-il ajouté

Christie’s a proposé des solutions alternatives à la vente incluant un leasing avec un musée partenaire, ou la vente à un philanthrope qui laisserait les oeuvres au musée, ou encore l’option qui utiliserait les oeuvres d’art comme garantie.

Un juge fédéral agissant comme médiateur en chef dans les cas de banqueroute (bankruptcy) a proposé qu’un groupe de fondations à but non lucratif crée un fonds pour protéger les oeuvres d’art appartenant à la ville.

Mary Wisniewski

Lu dans le Chicago Tribune
Traduction pour Wukali, P-A L


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