The antisemitic business of a second rate so-called humorist


Le Canard enchaîné a sorti une minutieuse et révélatrice enquête sur “la fortune planquée” de Dieudonné. L’article signé par Anne-Sophie Mercier et Christophe Nobili apporte les preuves de ce que tous soupçonnaient depuis bien longtemps : l’orchestration de l’insolvabilité de Dieudonné M’Bala M’Bala. Ce qui surprend toutefois, c’est la fragilité de certaines ”planques”, pas si planquées que ça…
C’est désormais au fisc de faire son travail !


La fortune planquée du pauvre Dieudonné

Publié le 12 février 2014 dans Le Canard enchaîné.

Villas, bagnoles, bateau, comptes bancaires bourrés, valises de biftons et 1 demi-million pompé à ses adeptes… Pendant que le fisc roupillait, l’antisémitisme, ça rapportait !
C’est mieux qu’un beau « système » que les enquêteurs de la financière sont en train de mettre au jour avec l’« anti-système » M’Bala M’Bala. Un passionné de l’oseille qui s’est payé la tête de beaucoup de monde, ces dernières années, à commencer par celle de ses adeptes.

Depuis les perquisitions du 28 janvier dans ses propriétés d’Eure-et-Loir et dans son théâtre parisien, les poulets épluchent la comptabilité de Dieudonné, ses comptes bancaires, ses acrobaties financières, ses titres de propriété et la manière grossière dont il a organisé son insolvabilité au nez et à la barbe du Trésor public. Une foultitude de documents, tombés dans le bec du « Canard », montrent ainsi que la farce ne se limite pas aux 600 000 euros et 15 000 dollars, tout en liquide, découverts chez celui qui pleure misère. Mais aussi que le fisc et la justice, auxquels il raconte n’être en mesure de payer ni impôts ni amendes, sont bizarrement passés à côté de sa fortune : contrairement à ce que tout le monde pensait, de nombreux biens de notre contribuable en cavale ne sont pas au nom de sa compagne actuelle, Noémie Montagne, mais bien au sien…
Une quenelle pour le fisc

Dans la première propriété du Mesnil-Simon, en même temps que la superbe décou­verte des valises de billets, les flics ont pu ad­mi­rer le confort du maître des lieux : 1,2 hec­tare de terrain, avec tennis, piscine et quatre bâtiments en sus de sa belle maison principale en pierre. C’est bien M’Bala M’Bala qui est le propriétaire de cet ensemble immobilier, dont une partie en indivision avec Marine Lutinier, sa première femme. Des contrats d’assurance le confirment, tout comme les relevés de propriété archivés aux… services fiscaux de Dreux. Il suffit de les consulter.

Tout en baladant le Trésor public, le grand propriétaire terrien n’a jamais cessé de s’acheter des babioles. Exemples : un quad Polaris à près de 10 000 euros, en février 2012, pour aller s’éclater sur les chemins de campagne ; une petite péniche de 14 mètres à 68 000 euros, le mois suivant, pour les doux week-ends sur l’eau… Cet été, Dieudonné s’est aussi offert un break Mercedes d’une valeur de plus de 20 000 euros, mis à son nom, comme un petit scooter Yamaha à 1 850 euros.

Les poulets qui, à la demande du parquet de Paris, mènent l’enquête sur l’« insolvabilité frauduleuse » de la vedette planchent également sur les conditions dans lesquelles il a fait racheter aux enchères, il y a un an, pour 551 000 euros, sa seconde propriété de Saint-Lubin-de-la-Haye (1,5 hectare, avec maison, dépendances et studios). Celle-là avait été saisie par le fisc (tout de même), à qui il devait 887 135 euros d’impôts et autres pénalités non acquittés depuis quinze ans.

Un petit million pour rester propre

Le parquet ne va pas être déçu : c’est tout simplement grâce à un fameux appel aux dons sur Internet que M’Bala M’Bala a pu mener à bien cette drôle d’opération. En deux mois à peine, près de 1 800 fans lui ont envoyé des chèques et des espèces (voir ci-contre). Montant final de la collecte : 561 000 euros ! Entre janvier et mars 2013, Dieudonné-le-miséreux a tout bêtement déposé ce blé, par paquets de 40 chèques en moyenne, sur un compte bancaire ouvert à son nom dans une agence de la Banque populaire, à Houdan, à… dix minutes de chez lui (notre document). Il a ensuite viré 558 000 euros sur le compte de Noémie Montagne, le 19 mars 2013. Laquelle a viré à son tour la somme, en plusieurs fois, sur un compte des Productions de la plume. C’est à partir de ce compte que s’est effectué le rachat de la baraque. Moralité, si l’on ose dire : c’est le fan-club de Dieudonné qui l’a aidé à payer ses impôts ! Avec, en prime, des dons et des prêts… toujours pas déclarés à ce jour.

Le pire : c’est ce même fan-club qui, aujour­d’hui, a commencé à payer aussi les amendes de son idole. En décembre, M’Bala M’Bala, qui doit plus de 65 000 euros en raison de ses diverses condamnations pour antisémitisme, a lancé, pas gonflé, un nouvel appel sur le Web aux généreux donateurs. Il est vrai que le malheureux était un peu court, avec ses deux propriétés, ses 600 000 euros en liquide sous le matelas, ses 2 millions de chiffre d’affaires du Théâtre de la Main-d’Or, sans parler des 415 000 euros expédiés au Cameroun (« Le Canard », 8/1) par l’intermédiaire de son fiston Merlin et de son ex-femme Marine.

Comme disait un (vrai) humoriste, François Morel, le 10 janvier sur France Inter : « J’aurais dû faire antisémite… »

Quête miraculeuse

Le 8 janvier 2013, lorsque Dieudonné s’est mis à pleurnicher sur Internet après la saisie de sa maison par le fisc et à réclamer de l’aide, la petite secte dieudonniste n’a guère tardé à réagir. Ils ont été 1 761 à se porter au secours de leur gourou, et ce pour un montant total de 561 451 euros. Une paille…

« Le Canard » a pu consulter la liste des dons et des donateurs. L’écrasante majorité des chèques et des espèces reçus par Dieudonné varie entre 50 et 200 euros, mais une quarantaine de personnes ont envoyé 1 000 ou 2 000 euros, une petite dizaine ont signé un chèque de 10 000 euros. Un ouvrier du bâtiment qui galère a vidé son compte pour sortir son idole de cette mauvaise passe en lui envoyant 25 000 euros : « C’était plutôt un prêt, explique-t-il au “Canard”. Je lui ai fait confiance, sur parole. Sa compagne m’a remboursé quelques mois plus tard. » Le pactole : une administratrice de société de la région nantaise a prêté, elle, 165 000 euros au nécessiteux de la Main-d’Or. Mais elle refuse de dire si elle a récupéré ses sous.

Interrogés par le Palmipède, quelques signataires des très gros chèques disent, eux, avoir été remboursés. Tous ne l’ont pas été. Impossible de faire le décompte de ce qui s’est soldé par un prêt ou par un don, forcé ou consenti. Mais la réactivité des admirateurs force… l’admiration. Et en dit long sur la nature des liens qui les unissent au gourou antisémite. Solidarité, quand tu nous tiens !

Business théâtral

Pour mettre hors d’atteinte des créan­ciers le produit de ses spectacles, la boîte de Dieudonné, les Productions de la plume, appartient, sur le papier, à parité à sa compagne, Noémie Montagne, et à sa mère. Soupçonnant quelques abus de biens sociaux au sein de cette société, les flics s’intéressent notamment aux véhicules qui passent, à l’occasion, des mains des Productions de la plume à celles de membres de la famille. Mais aussi à des gros chèques de la boîte qui atterrissent sur différents comptes bancaires de Noémie Montagne : 80 000 puis 170 000 euros en juin et septembre 2013, par exemple.

En juillet, Dieudonné a aussi écrit à ses voisins du Mesnil-Simon pour leur proposer de racheter leur propriété. Le miséreux était prêt à leur verser… 370 000 euros. Avec, en guise de garantie, « ma société de production », comme il l’a appelée à cette occasion.
Autre poilade dans le business de cette boîte : les produits dérivés de la boutique du Théâtre de la Main-d’Or. Les tee-shirts « quenelle » : Dieudonné les vend 20 euros après les avoir fait fabriquer par une petite entreprise, où il les paie 4,40 euros.
Près de cinq fois la mise : c’est pour qui, la quenelle ?

Le Canard enchaîné. Anne Sophie Mercier et Christophe Nobili


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