Toward a New Architecture: the ecology of modernism in architecture


Le sujet sur le Corbusier n’était pas facile et c’est pourtant celui qu’a choisi Ambroise A. Evano pour sa première chronique dans WUKALI. Bravo donc Ambroise et bienvenue au sein de notre sémillante équipe de chroniqueurs. Nous aimons accueillir des gens de passion, de curiosité, de talent, de générosité de l’esprit, ils sont l’intelligence du monde. Nous aimons aussi tout particulièrement les belles plumes, les beaux textes, les mots tout simplement car ils agencent et sont l’essence même de la vie.

P-A L


D’abord, l’exposition organisée par le centre Pompidou intitulée Le Corbusier, Mesures de l’homme. Elle retrace le parcours de l’homme Charles Edouard Jeannenet, dit Le Corbusier, dans toutes ses dimensions artistiques, car Le Corbusier est un architecte et un urbaniste, mais c’est aussi un graphiste designer, un peintre et un homme de lettres. Sur le plan chronologique, l’exposition est complète, puisque l’on part des années de formation en peinture et en architecture, à la toute fin de l’œuvre, lorsque Le Corbusier est chargé de construire la ville de Chandigarh en 1950. L’exposition atteint son objectif et permet au visiteur d’apprécier la richesse créative de Le Corbusier ; le visiteur a devant lui une perspective complète de l’œuvre de l’homme : exposition de ses peintures, de ses plans, de photographies de ses bâtiments, de ses textes théoriques. Le défi consistant à présenter l’œuvre d’un architecte dans un espace conçu à l’origine pour les plasticiens n’est pas tout à fait relevé cependant : les quelques vidéos et photographies ne sont pas assez nombreuses compte tenu de l’importance des images pour la compréhension d’une œuvre architecturale. Un manque aussi d’explications claires qui tombent trop souvent dans un jargon philosophique pédant, sans véritable valeur didactique, est également à déplorer. |left>

Olécio partenaire de Wukali

L’œuvre de Le Corbusier ensuite. Ses peintures d’inspiration sont un retard sur celles de ses contemporains George Braque ou Pablo Picasso. Leurs couleurs sont fades, leurs compositions d’une complication excessive, la superposition d’objets quelque peu maladroite. La peinture qui ressort le plus de l’exposition est une toile de…. Fernand Léger, La Balustre. Le décalage est moins évident pour les toiles visiblement inspirées du surréalisme des années 30 , sans pour autant convaincre tout à fait, tant les toiles toujours restent marquées par un manque de force et de clarté. On retiendra tout de même de ces peintures l’intérêt pour les objets du quotidien, qui se retrouvera dans sa volonté de transformer ces mêmes objets pour les rendre agréables et accessibles. On passera également très rapidement aussi sur la tentative de refonder la mesure des proportions dans l’architecture et les arts plastiques au moyen d’un chiffre initialement destiné à remplacer le nombre d’or : le chiffre Modulor

sera peu ou pas utilisé par la suite, même si cet intérêt pour le calcul et l’étude des proportions chez l’être humain l’aura certainement aidé à designer des meubles novateurs et confortables.

Les plans aident à visualiser les bâtiments construits par Le Corbusier et beaucoup possèdent une valeur graphique évidente, entre un emploi très calibré de couleurs pastels, et des traits au crayon d’une légèreté et d’une précision louables. Sur le plan du design du mobilier, il est indéniable qu’il apporte une fraîcheur salvatrice : simplicité, proportions, couleurs monochromes. Soupirs de soulagement, applaudissements nourris même, quand on pense qu’il prend la suite de l’influence de l’Art Nouveau sur le mobilier, dont certains meubles et objets de vos grands-mères portent encore les marques de l’amputation de leurs courbes, et de leurs motifs qui fatigueront dès le premier regard, et épuiseront dès le second.

Sur le plan architectural, on louera l’œuvre moderniste. Années 10-20-30, dans tous les arts, l’heure est à la modernisation à tout va et Le Corbusier réussit son pari : géométrisation des formes, rectangularité, clarté qui inonde les espaces, symétries. La Villa Savoye ou le pavillon de l’exposition Esprit Nouveau illustrent ce souffle nouveau apporté par le Corbusier. C’est de cette époque que date aussi la révolution technique apportée par Le Corbusier : le « plan libre » : les maisons peuvent tenir sur des piliers métalliques et, dès lors, il n’y a plus de nécessité de murs porteurs.

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Pour finir, difficile de juger la dernière période de la vie créatrice de Le Corbusier sans être influencé par les expériences socio-historiques qui ont découlé de son œuvre, et l’influence considérable qu’il aura sur toute l’architecture de l’après-guerre. Il n’avait peut-être pas prévu le sort malheureux et les critiques virulentes contre un urbanisme gigantesque, suffocant, hyper-rationalisé : l’homme avait prévu des espaces verts et des espaces aériens au rez-de-chaussée censés favorisé l’harmonie au sein de l’espace urbain. Mais les clichés laissent déjà entrevoir ce qui sera reproché à sa vision de l’urbanisme, comme en témoigne la photographie du « Gratte-ciel cartésien » de 1937 : la géométrisation devient étouffante ; la rationalisation de l’espace urbain excessive. Cette rationalisation et cette géométrisation s’expliquent aussi par un changement d’échelles : les premiers projets de Le Corbusier sont des maisons individuelles ou des bâtiments de taille moyenne, les derniers des immeubles gigantesques et des villes entières. On ne peut incomber à un seul homme la responsabilité des échecs de l’urbanisme de l’après-guerre : fin des années 40, années 50 et 60, l’heure est à la reconstruction et à un exode rural massif qui oblige à construire vite, beaucoup, et à moindre coût. Cette architecture et cet urbanisme aura d’ailleurs tout de même influencée toute la génération d’architectes suivante, et enfoncé des portes ouvertes que seul un égo démesuré et des expérimentations risquées auraient pu libérées.

Ambroise A. Evano


Le Corbusier et les limites de la démesure.
Le Corbusier, Mesures de l’homme

Centre George Pompidou. Paris
de 11h00 à 21h00
Galerie 2 –
jusqu’au 3 Août 2015


WUKALI 08/06/2015

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