Pina Bausch and the Tanztheater Wuppertal, scheduled in Nîmes arena next June


La scène française en province est riche d’institutions culturelles et artistiques, de théâtres, de maisons d’opéra, de centres chorégraphiques de très haut niveau et dont la programmation n’ a rien à envier aux scènes des capitales française ou étrangères. François Noël directeur du Théâtre de Nîmes, scène conventionnée pour la Danse Contemporaine, a accordé pour WUKALI un long entretien

En effet, une programmation culturelle éclectique de qualité et un événement exceptionnel : le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch investira les Arènes de Nîmes en juin 2016 avec deux œuvres cultes de la chorégraphe allemande.


Vous êtes directeur du Théâtre de Nîmes depuis 2003, mais votre histoire avec le Théâtre est plus longue encore.

En fait, j’ai deux vies dans ce théâtre. Une première vie dans les années 90/95 durant lesquelles j’étais directeur technique. Puis j’en suis parti suite à un changement de direction et de majorité municipale. J’ai fait bien d’autres choses, j’ai travaillé en free-lance, réalisé des tournées… Puis il y a eu à nouveau un changement de majorité, d’autres projets, et nous avons été contactés par la ville de Nîmes pour prendre la direction du théâtre. Je travaillais alors avec Jérôme Deschamps et Macha Makeieff. C’était en 2003 et je n’ai pas quitté ce théâtre depuis. L’affaire a suivi son cours les Deschamps on fait d’autres choses depuis. Il y a eu d’autres artistes associés, entre autres Alain Buffard pour la danse, Bruno Geslin, pour le théâtre… Puis le théâtre a été labellisé scène conventionnée pour la danse contemporaine en 2012, sans que j’en fasse la demande, mais plutôt au regard de ce que nous faisions, à savoir une programmation qui répondait déjà aux critères exigés pour ce label.

Vous faites partie des leaders dans ce domaine.

Il y a d’autres gens, en d’autres lieux, qui font très bien ce travail, mais il est vrai que j’ai une affinité particulière avec la danse. J’aime beaucoup la façon dont la danse nous raconte des tas d’histoires, ou nous permet de vivre une histoire qu’on envie de se raconter. A côté de cela, J’adore le théâtre… La danse, c’est effectivement un choix, mais en même temps, comme il s’agit du théâtre principal de la ville de Nîmes, il y a forcément un souci de pluridisciplinarité et d’équilibre qui doit être respecté.

Le public vous est fidèle dans votre programmation, même lorsqu’il s’agit de créations.

Le public nous suit, effectivement et une relation de confiance s’est instaurée. Il a bien perçu que, quoi que je propose, Il y a ce souci d’exigence, de qualité, de respect du public et des artistes, et de fait, cela crée ce climat de confiance entre lui et nous. À partir de là, il n’y a pas de raison qu’il ne nous suive pas ! Je précise que je vois tout ce que je programme, hormis bien sûr ce tout ce qui est en cours de création et sur lesquels nous nous sommes engagés. Je connais bien les artistes et j’échange beaucoup avec eux sur les projets. Évidemment il y a toujours une part d’inconnu, c’est l’enjeu de la création, mais cet enjeu est relativement maîtrisé.

La programmation jeune public est attractive.

Cela fait partie des domaines que l’on ne doit pas négliger et je suis particulièrement exigeant sur la qualité des spectacles jeunes publics. Cela ne doit pas être une programmation au rabais, et justement, parce que ce sont des enfants et qu’il est important de former leur esprit critique les spectacles doivent être d’excellente qualité.

Parmi les temps forts, il y a cette formidable aventure Pina Bausch avec le Théâtre de Nîmes !

Effectivement, il y a cette belle relation qui s’est tissée avec la compagnie, Le Tanztheater Wuppertal , créée par Pina Bausch. Nous les avons accueillis trois saisons d’affilée avec trois spectacles réalisés en différentes périodes de la vie de la chorégraphe. C’est exceptionnel ce qu’elle a fait et j’avais donc très envie de faire quelque chose d’exceptionnel avec eux. Exceptionnel déjà dans la façon dont on présente la compagnie. Cette fois-ci, nous bouclons une espèce de cycle que nous avions entamé avec « Nelken », il y a quatre ou cinq ans. J’avais envie que cette programmation 2015 se fasse dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Ce sera le cas puisqu’ils se produisent dans les arènes et le lieu déjà est très particulier. Nous aurons aussi les cent vingt musiciens de l’Orchestre Les Siècles dirigés par leur chef, François Xavier Roth. Les musiques du Café Müller seront interprétées par l’orchestre. Cela s’est déjà fait pour Le sacre du printemps, mais en ce qui concerne les musiques de Café Müller, ce sera une grande première.

Comment avez vous découvert Pina Bausch ?

J’ai découvert Pina Bausch au tout début de sa carrière avec Kontakthof, c’était en 1978 dans le théâtre municipal du Festival d’Avignon

. Ça été un véritable choc pour moi !

Pour ce qui est de ses prochains spectacles joués dans les arènes, tout le monde est très excité. Que ce soit les gens de la compagnie, François-Xavier Roth ou encore les musiciens… nous sommes tous enthousiastes.

Est-ce compliqué de faire venir Le Tanztheater Wuppertal à Nimes ?

Oui, c’est compliqué, déjà parce qu’ils sont sollicités dans le monde entier et que leurs agenda et planning se remplissent très tôt à l’avance. Compliqué aussi parce qu’ils privilégient une relation de fidélité avec les lieux qui les accueillent depuis de nombreuses années. C’est très difficile de s’intercaler au milieu de tout ça et donc de les faire venir dans un endroit qu’ils ne connaissent pas bien et où ils ne sont jamais venus avec Pina Bausch. De plus, cette compagnie a la pratique des grandes capitales et des grands théâtres et pas du tout la pratique des petites villes de province et des petites scènes. Notre plateau est relativement petit par rapport aux spectacles de Pina Bausch. De plus, la chorégraphe n’étant plus là, il y a ce respect de ce qu’elle a écrit. Tout cela fait que c’est effectivement un peu compliqué à mettre en place. Mais je suis opiniâtre et j’avais très envie que ce projet se réalise. Cela nous a pris du temps mais nous y sommes arrivés !

Nous avons une belle complicité avec la compagnie, les danseurs, les techniciens, Lutz Förster, le directeur artistique, en binôme avec le directeur administratif Dirk Hesse. Ils font un travail formidable. Tout a été préservé, jusqu’à l’histoire de chaque danseur. Je pense notamment à Dominique Mercy, un des danseurs fétiches et proche collaborateur de Pina Bausch. Il a beaucoup apporté à la compagnie.

La chorégraphe a révolutionné les codes de la danse et n’a pas toujours été comprise, notamment à ces débuts à Wuppertal. Est-ce que son travail reste surprenant pour le public d’aujourd’hui ?

Oui et non. Il y a toujours des choses qui peuvent paraître incompréhensibles, mais sa notoriété a dépassé, balayé tous ces doutes, ces incompréhensions. Bien sûr il y a toujours des gens dans le public qui disent qu’ils n’ont pas très bien compris certains passages, mais qu’importe ! Elle a une telle notoriété que personne ne conteste la qualité du spectacle, même si certaines pièces peuvent paraître dures, intransigeantes. Le fond est particulièrement juste et beau par rapport aux propos qu’elle voulait tenir à l’époque. Et c’est toujours le cas pour des pièces plus récentes.

Pétra Wauters


Pour en savoir plus sur la programmation du théâtre de Nîmes

Notons tout particulièrement : Café Müller et Le Sacre du Printemps, du 6 juin au 9 juin 2016 aux Arènes de Nïmes.

Sur une partition d’Henry Purcell, Café Müller est une des pièces les plus personnelles de la chorégraphe disparue en 2009. Le décor de chaises et de tables de bistrot, réminiscence de la brasserie de ses parents dans l’Allemagne en guerre, est gravé dans les mémoires. Deux danseuses aux yeux bandés tentent de s’y frayer un chemin. Un homme devance la marche pour écarter les meubles qui volent, tombent, s’amassent… Blessures intimes, recherche du contact charnel, les grands thèmes de Pina Bausch sont là.

À cette pièce de légende succède un autre monument de la danse contemporaine : Le Sacre du Printemps. Des nombreuses versions inspirées du ballet de Nijinski, celle de Pina Bausch reste une des plus marquantes. À un rythme effréné, quatorze hommes et quatorze femmes s’affrontent en d’incroyables mouvements de groupes. Violence des rapports, corps traversés par la peur, robes blanches peu à peu maculées de terre : l’énergie du vivant dans une danse tellurique et flamboyante. La partition originelle de Stravinsky, reconstituée par François-Xavier Roth, sera interprétée sur instruments d’époque.


WUKALI 30/09/2015

Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l’entête : Le Sacre du Printemps de Stravinski, chorégraphie de Pina Bausch


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