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Concert de clôture du Festival de Pâques 2026

par Pétra Wauters

Carte blanche à Renaud Capuçon, Lahav Shani à la direction du Münchner Philharmoniker.

Le Concerto n°1 de Chostakovitch est une œuvre d’une densité émotionnelle extraordinaire. Il a été composé en 1947 – 48, puis gardé dans un tiroir jusqu’en 1956. On apprend que le compositeur n’osait pas le créer sous Staline. Cette tension que l’on ressent tout au long de l’œuvre n’est pas un hasard : elle découle d’une vie entière sous surveillance. 

Elle offre quatre superbes mouvements:  le Nocturne d’ouverture, introspectif et hanté, le Scherzo sarcastique et grinçant, la Passacaglia qui nous parait être le sommet de l’œuvre, d’une profondeur tragique, et enfin le Burlesque final où Renaud Capuçon a déployé une virtuosité époustouflante et cela, juste après la cadence incroyable qui précédait.  C’est un concerto qui exige un violoniste capable de chuchoter la musique, la murmurer à notre oreille  autant que de la crier.  On gardera en mémoire ce long passage pour violon seul, entre la passacaglia et le burlesque final. Il est d’une longueur et d’une difficulté incroyable. Un mouvement à part entière, ou le soliste, seul, sans orchestre, est dans un « cocon » fait de tension extrême. Seul et libre.  Son jeu crée l’illusion de deux violons qui dialoguent.  

La 4ème Symphonie de Brahms en seconde partie est un choix de génie et on comprend véritablement ce qu’est le « souffle » de Brahms ! Nous en avions parlé à l’occasion du concert du samedi 28 mars, avec la symphonie n°1 en ut mineur, Orchestre National de Lille dirigé par Joshua Weilerstein, On peut comparer le « souffle », le ressentir, celui d’hier s’est répandu dans toute la salle, il nous a ébranlé ! Touché, coulé ! il est vrai qu’il s’agit du testament symphonique de Brahms. Il est austère et grandiose à la fois. 

Olécio partenaire de Wukali

Le quatrième mouvement « Allegro energico e passionato » nous assène un coup fatal ! Il ne reste plus qu’à partir,  on est sonné, mais tellement heureux ! Ce final fait écho à la passacaille du mouvement lent du concerto de Chostakovitch. 

On aime bien ces liens qui se tissent dans les programmes, ces effets en miroirs qui sont pensés pour nous.  Nous avons eu un Lahav Shani au sommet.  Il n’en fait pas trop. On a l’impression qu’il entre en contact avec ses musiciens « profondément », intimement,  sans esbrouffe. Pas de grand geste, pas de débordement. Est-ce que cela tient de la télépathie ? Tous les pupitres du  Münchner Philharmoniker le suivent avec un réél engagement, c’est clair. Lahav Shani né en 1989 à Tel Aviv n’a que 36 ans, et sa carrière est déjà « phénoménale ». On apprend que le Münchner Philharmoniker sera en résidence de trois ans à Aix ! Une chance pour toute la région : un orchestre de ce calibre, ancré dans le territoire, c’est rare et précieux. Les mélomanes provençaux ont de quoi se réjouir pour les saisons à venir.

On ne peut pas se quitter sans saluer le travail de l’équipe. Pour nous qui avons eu le bonheur de suivre cette édition 2026, nous sommes encore impressionnés. Une programmation intelligente portée par l’excellence. Et comme chaque année, champagne pour tous dans le grand hall du GTP.

Programme :
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Concerto pour violon n°1 en la mineur, op. 77
1. Nocturne (Moderato)
2. Scherzo (Allegro)
3. Passacaglia (Andante)
4. Burlesque (Allegro con brio – Presto)
Entracte
Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonie n°4 en mi mineur, op. 98
1. Allegro non troppo
2. Andante moderato
3. Allegro giocoso
4. Allegro energico e passionato

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Illustration de l’entête: ©Caroline Doutre

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