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Jean-François Zygel au Grand Théâtre de Provence

par Pétra Wauters

Mon Beethoven à moi : le ton est donné ! Ce mardi 28 avril, au Grand Théâtre de Provence d’Aix, Jean-François Zygel, entouré de l’Orchestre national Avignon-Provence sous la direction de Débora Waldman, ne s’est pas contenté d’un hommage convenu à Ludwig van Beethoven. Pianiste virtuose et figure bien connue du petit écran, il a métamorphosé la soirée en un véritable spectacle : à la fois éclairant, vivant, subtilement teinté d’humour.

Le pianiste est venu à plusieurs reprises dans la région, notamment dans les théâtres aixois, des rendez-vous très prisés du public, à la fois pédagogiques, vivants et empreints de fantaisie. On se souvient du Pouvoir de la musique, l’année dernière, un spectacle qui nous immergeait dans un univers poétique où la musique élève et parle d’elle-même.

On vient de l’apprendre : le pianiste, improvisateur et conteur, reviendra régulièrement comme « artiste en résidence », une excellente nouvelle pour les mélomanes… et pour les autres. Car la musique classique,  on le répète, est accessible à tous. Certes, Beethoven impressionne par sa grandeur : c’est un génie, et entendre ses œuvres en concert est un bonheur absolu, si elles sont bien servies, cela va de soi. Mais Beethoven invité d’honneur dans un concert-fantaisie, c’est encore autre chose, plus direct, plus proche. Et Jean-François Zygel nous promet toujours de belles surprises.

Il entre sur scène, décontracté. Pas un feuillet pour le guider. Il nous invite à le suivre à Vienne de sa voix douce et calme, (on aurait aimé un petit micro, car on perdait parfois le fil) Du Grand Théâtre à Vienne,  il n’y a qu’un pas et quelques notes de musique ! Heureusement, fin avril, il ne fait pas aussi froid qu’en ce mois de décembre 1808 !

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Le format du spectacle surprend. Dans le concert traditionnel, tout est réglé comme du papier à musique. Ici, Jean-François Zygel propose un « concert-fantaisie », dont la forme est en elle-même une invention. Dans un concert classique, tout est codifié : Il peut s’agir d’une ouverture, un concerto avec soliste, un entracte, puis une symphonie. Le tout dure souvent deux fois trois quarts d’heure. Le pianiste entre en scène sans un mot, salue brièvement, joue, puis quitte la scène avant de revenir, rappelé par les applaudissements, dans un rituel bien connu.

Ce format, hérité notamment de Franz Liszt, enchaîne les œuvres. Il a sa logique, mais aussi ses limites. Le parallèle proposé par Zygel dans un podcast sur le site « Les théâtres » est aussi amusant que juste : « Comme dans un restaurant où les plats se succèdent trop vite, on n’a pas toujours le temps de savourer une grande œuvre avant de passer à la suivante. »

Zygel dit toutefois aimer ce cérémonial, proche d’un rituel religieux, avec son silence et sa distance entre le soliste et le public. Mais avec le « concert-fantaisie », il cherche à inventer autre chose. Chaque concert devient différent : surprises, interventions, échanges avec le public, (il nous a même fait chanter ce soir-là et le chœur du GTP a assuré !) . On a eu de belles surprises au milieu de ce mélange de répertoire et d’improvisation, d’orchestre, de solo ou de musique de chambre. Il ne s’agit plus seulement de remplir un cadre, mais d’inventer à la fois la forme et le contenu.

L’improvisation y tient une place essentielle. Zygel rappelle que Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig van Beethoven étaient des improvisateurs hors pair. Justement, lors du concert du 22 décembre 1808 à Vienne, où furent créées la Cinquième Symphonie et la Pastorale, Beethoven improvisa longuement entre les œuvres. 

Débora Waldman, Jean-François Zygel, orchestre national Avignon-Provence
Photo P. Wauters

On écoute avec attention Jean-François Zygel, toujours respectueux de la partition, mais aussi prêt à s’en échapper pour explorer d’autres chemins, pour notre plus grand plaisir. Des extraits superbes offerts par Débora Waldman et son orchestre.  On aime quand Débora Waldman fait danser les pupitres, notamment dans la Septième. On souffre, mais avec plaisir dans l’Héroïque. Et l’on comprend mieux la Pastorale grâce à la tempête : cordes graves grondantes, timbales éclatantes, trombones menaçants, cuivres puissants… sans oublier le piccolo ( joué par Juliette, invitée pour l’occasion ), dont les effets sifflants évoquent le vent avec une redoutable efficacité.

On a bien compris, grâce à notre « prof » du soir, qu’à cette époque, le public venait entendre du nouveau : une musique jamais jouée auparavant, et qui ne le serait peut-être jamais plus. C’était l’inattendu. C’est cet esprit que Jean-François Zygel a su retrouver : accepter de ne pas tout savoir à l’avance, laisser place à la surprise, faire de chaque concert une expérience unique.

Le public est entré sans peine dans ce dialogue entre le piano et l’orchestre, comme au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Le piano pouvait rivaliser avec la puissance orchestrale.

Ce mardi soir, nous avons entendu, de Beethoven : 

  • Symphonie n°5 : 1er et 2e mouvements
  • Symphonie n°3 :L’Héroïque – Scherzo
  • Symphonie n°7 : 2e mouvement
  • Valse en ré majeur (Danses de Mödling)
  • Concerto pour piano n°4 : 2e mouvement
  • Marche militaire en ut majeur pour piano à quatre mains (avec la participation de Paulin Seiler)
  • Symphonie n°6 La Pastorale – 4e mouvement
  • Hymne à la Joie
  • Symphonie n°7 – Finale

Un bis savoureux, où Zygel swingue avec esprit, toujours autour d’un Beethoven presque souriant. Souriants aussi, la cheffe et les musiciens, visiblement complices et heureux de partager cette soirée. Des moments inattendus, d’autres attendus mais toujours bienvenus, et une vraie interaction avec le public : une expérience à la fois surprenante et profondément musicale, que l’on espère déjà retrouver !

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