« Cats » from Broadway to Paris. Excellent !


Le théâtre Mogador, temple de la comédie musicale à Paris, présente en version française, Cats, spectacle musical phare du West End dans les années 80. Une évadée poétique au charme suranné.

Cats n’est pas une comédie musicale, ni même un musical au sens où on l’entend aujourd’hui. On a pu lire ça et là qu’il n’y avait pas d’histoire : oui, c’est vrai, ne cherchons pas dans ce spectacle un livret ou une fable, l’objet n’est pas là. Il faut prendre Cats pour ce qu’il est, à savoir un recueil de poèmes de Thomas Stearns Eliot mis en musique. Une galerie de portraits de chats aux caractères sociaux bien humains qui se succèdent sur la musique d’Andrew Lloyd Webber. Cats est une pièce paysage où, une fois le tableau initial posé on s’arrête quelques instants sur chacun des chats qui le composent, Cats n’est pas une histoire mais des histoires. Cats est une poésie dont Nicolas Nebot et Ludovic-Alexandre Vidal ont habillement retranscrit le sens et la musique des mots en français. Cats est une revue musicale où chaque poème est prétexte à un déploiement chorégraphique et vocal qui résiste à la tentation, parfois sur le fil, de basculer dans la démonstration.

L’esthétique de Cats est profondément ancrée dans les années 80. Guêtre et académiques aux imprimés félidés ont mal vieilli et peuvent piquer les yeux de la jeune génération mais confèrent à l’ensemble toute la saveur nostalgique d’une production qui traverse les âges, comme on savoure les effets spéciaux douteux des classiques du cinéma. Il est toutefois regrettable que les costumes oscillent entre une volonté de suggérer l’animal tout en conservant du performeur sa morphologie tout à fait humaine et une volonté de camoufler complétement ces corps. Ces chats sauvages manquent parfois de chairs et d’un peu de naturel.

La production française de Cats nous prouve, s’il en est encore besoin, qu’en France aussi nous avons des artistes capables de chanter et danser et ainsi porter de grands projets musicaux. La distribution est sans fausse note. Le Munkustrap incarné par Cédric Chupin nous entraine dans l’univers des Jellicles avec sa voix hypnotique. Emmanuelle N’Zuzi et Rachael Ward ne manquent pas de souffle dans leur très entrainant duo « Macavity », numéro qu’on croirait tout droit sorti de Chicago. La voix puissante de Pierre Yves Duchesne est quant à elle tout aussi imposante que le personnage du vieux Deutéronome. Enfin, la salle frémissait d’avance aux premières notes de « Memory ». Prisca Demarez a la lourde tâche d’interpréter, en français, la chanson phare de ce spectacle rendue mondialement célèbre par « >Barbra Streisand. Les premiers couplets s’écoulent, la salle murmure quelques commentaires, puis vient l’envolée lyrique, la salle se tait, figée par une interprétation sans excès, Grizabella, star déchue marque le spectacle d’un grand moment d’émotion. Saluons également la prestation de William Pedro, chat virtuose dans le rôle de Mistoffelees et de l’ensemble chorégraphique.

Malgré quelques longueurs dans certains numéros et une esthétique datée Cats réussit le pari de nous émerveiller. Ne regrettons pas ce que ce spectacle n’est pas et considérons le comme un bel objet spectaculaire inscrit au patrimoine de la comédie musicale sans en être tout a fait une.

Ronan Ynard


Cats
Théâtre Mogador
25 Rue de Mogador. 75009 Paris. Metro : Trinité

Jusqu’au 10 janvier 2016
Réservation conseillée


WUKALI 06/10/2015
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l’article : Crédit photo Brinkhoff / Mˆgenburg © RUG


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