Le [**Grand Théâtre de Provence*], métamorphosé en Pays des Merveilles, le temps de deux représentations uniques « d’Alice et autres Merveilles. », les 21 et 22 octobre 2016. Y’a t-il plus beau terrain de jeu que l’imaginaire ? Certainement pas ! Alice est là pour le prouver.

150 ans déjà ! Elle n’a pas pris une ride, [**Alice*]. Au contraire, elle a rajeuni et s’est modernisée. C’est en blouson jaune qu’elle apparaît dans la salle, sautillant entre les fauteuils, interrogeant ici et là quelques spectateurs avant de monter sur scène. Elle nous invite à la suivre aux pays des Merveilles. On va pousser la porte du monde de l’enfance pour découvrir un monde un peu fou, et parfois même inquiétant.

Tout y est ! La course après le lapin pressé, la chute vertigineuse au fond du puits (très réaliste), les rencontres improbables avec quelques un de ses copains, mais aussi d’autres, venus de contes ou d’histoires différentes. Ce sont ces télescopages qui sont particulièrement comiques. On les connaît tous, [**Barbie*], drôle et fashion-victime, qui annonce fièrement son 43 de QI et qui a peur qu’Alice lui fasse de l’ombre sur le marché du jouet,[** Pinocchio*] qui se rêve en [**Cyrano de Bergerac*] et aimerait se rendre à Bergerac pour séduire [**Roxane*], le [**Petit chaperon rouge*] qui en a marre de Mère Grand, le[** loup*] avec qui elle fera quelques pas de danse, une chenille qui la conseille, …. « Si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » demande t-elle …

[**Alice est pleine de bon sens !*]

Après [**Walt Disney*], ou encore [**Tom Burton*], on se laisse attraper par cette enfant curieuse et extravagante, un rien insouciante. Alice qui pleure, Alice qui rit, car elle se ressaisit aussitôt, vaillante et courageuse. « Allez, à quoi ça sert de pleurer comme ça! Je te conseille de cesser immédiatement!» se dit elle !

[**Fabrice Merquiot*], l’auteur des textes, et [**Emmanuel Demarcy-Mota*], le metteur en scène, nous embarquent avec leur Alice. Une «Merveille », et elle le dit tout haut du reste : « J’aimerais une vie qui soit une merveille à elle toute seule. Tant qu’à faire : j’aimerais être une merveille ».

C’est gagné ! Alice alias [**Suzanne Aubert*] est pétillante à souhait. Elle joue une Alice des temps modernes, et nul doute, [**Lewis Caroll*] aimerait cette version joyeuse et truffée de jolies trouvailles. C’est comme un grand livre d’images qui s’ouvre, un livre de prestidigitation avec à chaque page des tours de magie et des textes savoureux. Les musiques des [**Pink Floyd*] ou encore [**Tears for Fear*] ajoutent encore du piment au spectacle.

L’univers du conte et celui du théâtre sont entremêlés. Hier et aujourd’hui se cherchent, jouent à cache-cache tout au long du spectacle à travers des images, des tableaux, des dialogues.

C’est véritablement superbe d’un point de vue scénique. Une scène aquatique, des ombres chinoises, des effets visuels poétiques qui nous perdent joliment entre réel et fiction. On aime cette séquence où, suspendue au dessus de la scène, dans les airs, elle fait dans sa chute des cabrioles au bout d’une corde élastique. On en oublie le fil !
Alice, c’est un mythe, et voilà qu’elle nous donne sa définition : « Un mythe, c’est un trou dans un vêtement ! ». Non sans malice, Alice redéfinit tout, et pour notre plus grand bonheur, on retrouve de nombreuses situations du conte. Des saynètes extravagantes comme boire le thé avec le chapelier loufoque, faire une partie de croquet sur le terrain de la Reine, avec des cartes à jouer et de pauvres flamants roses malmenés, poursuivre le fameux lapin blanc qui cause tout le temps, tout comme le chat, au sourire figé.

Pas facile de grandir pour Alice. Elle passe beaucoup de temps du reste à pousser, s’allonger, s’élever, puis rapetisser pour redevenir toute toute petite. Sa façon à elle de partager son existence entre le monde des adultes et celui des enfants. Mais elle ne contrôle pas tout Alice.

Elle traverse la mare aux larmes, une scène aquatique poétique et lumineuse, qui personnifie le miroir et marque la frontière entre le réel et l’irréel.

Ou sommes-nous, nous, spectateurs ? De l’autre côté du miroir ? On pourrait revoir et revoir encore ce spectacle, tant il y a de lectures à en faire.

[**Pétra Wauters*]


Texte Fabrice Melquiot d’après Lewis Carroll. Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota assisté de Christophe Lemaire et Julie Peigné

Scénographie Yves Collet. Lumières Yves Collet et Christophe Lemaire assistés de Thomas Falinower. Costumes Fanny Brouste. Son David Lesser. Vidéo Matthieu Mullot. Masques Anne Leray. Maquillages Catherine Nicolas. Objets de scène Audrey Veyrac. Conseiller artistique François Regnault. Travail vocal Maryse Martines. Training physique Nina Dipla. Construction décor Espace et Compagnie

Avec Suzanne Aubert, Jauris Casanova, Valérie Dashwood, Sandra Faure, Philippe Demarle, Sarah Karbasnikoff, Stéphane Krähenbühl, Gérald Maillet, Walter N’Guyen


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 20/11/2016

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