Back in Gallia in the IVth century in company of a writer and philosopher


Ausone, voilà un nom qui chante dans le cœur de plus d’un. Ausone, un des plus prestigieux cru de Saint Emilion,mais aussi le dernier poète de l’antiquité romaine, loué aussi bien dans le bordelais (Bordeaux où il fut professeur) qu’en Moselle dont il a chanté les charmes quand il y partit pour devenir le percepteur à Trèves du jeune garçon de cinq ans qui deviendra l’empereur[** Gratien*].

Peu importe la vie d’[**Ausone*], la qualité de son œuvre qui fut si décriée, aussi bien louée que durement critiquée, Ausone fut avant tout un témoin de son temps, et à la fin de l’Empire romain déchiré par des luttes de pouvoir ([**Gratien*] finit massacré par les troupes de [**Maximien*] à Lutèce) et l’arrivée parfois pacifique souvent violente des Barbares. Dans le même temps disparaissaient aussi les dieux du Panthéon romain au profit du Christianisme.

Ausone vécut à la même époque que [**Saint Martin de Tours*], qu’[**Amboise de Milan*] et surtout de [**Paulin de Noles*], son disciple préféré, ce grand propriétaire aquitain qui vendit tous ses biens au profit des pauvres pour suivre une vie d’anachorète. La fin d’un monde, d’un univers pour un futur imprévisible, difficile à comprendre pour ceux qui vivaient à cette époque. Mais, et c’est une constante dans toute l’œuvre d’Ausone, il y a l’immuable, bien loin de la folie des hommes : la nature qu’il célébrait, aussi bien les eaux poissonneuses de la Moselle, que la vigne qui tous les ans offre ses fruits, son vin à ceux qui savent la chérir.

C’est cet Ausone vieillissant, revenu dans son Aquitaine natale, au milieu des vignes de Lucania, qui sait qu’il va bientôt mourir, et que [**Marc Petit*] met en scène dans son roman. Après une superbe ode au soleil que n’aurait pas reniée le poète, il écrit huit lettres qu’aurait pu signer Ausone. A des morts, à des vivants. A son grand-père Arborius, le gaulois de la tribu des Eudéens, né à Autun, venu se réfugier sur les berges de la Garonne, ce druide qui de fait cherche à percer les mystères du temps pour essayer d’en devenir le maître. A son épouse Sabina, décédée très jeune, qui est toujours présente dans son cœur, lui qui ne s’est jamais remarié. A Hilaria, sa tante qui se consacre à Dieu car elle ne veut pas être sous la coupe d’un homme, qui devint médecin comme les hommes de sa famille mais qui se trouve en butte à la misogynie de la société. A Gratien, son élève, cet empereur qu’il a voulu guider (et qui l’a remercié en le couvrant d’honneurs) qui a souhaité transformer l’Empire, le faire évoluer mais qui est tombé sous le coup des ambitieux qui ne comprirent pas le sens de sa politique. A Symmaque, son ami, le sénateur qui souhaite que Rome revienne aux principes de ses origines pour retrouver sa gloire passée et qui assiste impuissant au triomphe de l’égoïsme des riches et à la misère des plus pauvres. A Bissula, cette jeune femme d’origine allemande, tribut de guerre, qu’il adopte et adore d’un amour platonique. A Paulinus son élève préféré dont il ne comprend pas le choix de vie, le christianisme intransigeant qu’il profère, Ausone vivant un christianisme ouvert de miséricorde, tolérant. Et puis à son maître [**Virgile,*] le plus grand poète romain, et le roman finit par une élégie au pays à naitre montrant une confiance en un avenir non meilleur, mais autre et radieux.

Le testament d’Ausone est loin d’être un livre nostalgique, mais plutôt un constat d’une époque qui finira par donner autre chose, une réflexion sur la vie, la relativité des honneurs du pouvoir ([**Montaigne*] est aussi bordelais…), une introspection emplie d’humanisme.

[** Emile Cougut*]|right>


[**Le testament d’Ausone
Marc Petit*]
éditions Le Festin. 15€


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WUKALI 08/04/2018)]

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