One of Napoleon’s generals, his destiny was blurred with rumors of treason

[**Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont*], [**duc de Raguse*], né le 20 juillet 1774 à Châtillon sur Seine, décédé le 2 mars 1852 à Venise, est certainement le maréchal d’empire le plus décrié, celui dont la « légende noire » prend beaucoup plus de place dans l’historiographie napoléonienne que les exploits.

Une ragusade est une expression quelque peu oubliée, mais qui eut de beaux jours tout au long du XIX, un parfait synonyme de « trahison ». Car Marmont, aux yeux de l’histoire, est celui qui a trahi en 1814, un parfait bouc émissaire, l’arbre qui cache la forêt car, s’il a bien trahi, les autres maréchaux n’étaient pas tous prêts à suivre [**Napoléon*]. Songeons à [**Augereau*] qui livre Lyon sans se battre privant l’empereur de milliers d’hommes ([**Bazaine*] en livrant Metz aux Prussiens en 1870 ne fait pas mieux, mais lui passe en conseil de guerre), mais le duc de Castiglione à la bonne idée de décéder en 1816. De plus son attitude durant la révolution de 1830 fut loin de lui attirer la sympathie des Français.

[**Marmont*] est né dans une famille de petite noblesse bourguignonne. Il était destiné à une carrière juridique mais préféra la militaire, dans l’artillerie, car sous l’Ancien régime, l’avancement y était plus rapide, même si les hauts grades étaient inaccessibles. Mais arrive la Révolution et le jeune lieutenant est envoyé au siège de Toulon. Il est placé avec [**Junot,*] [**Duroc,*] sous les ordres du jeunes capitaine [**Bonaparte*]. Ces hommes seront très proches, ils vont partager une certaine misére à Paris en 1794, mais surtout suivront Bonaparte dans son épopée : la Campagne d’Italie (c’est Marmont qui amène au Directoire les drapeaux pris à l’ennemi), la Campagne d’Égypte. S’il n’a aucun rôle (si ce n’est de tester la fidélité de l’artillerie) lors du coup d’état du 18 brumaire, il fait partie des fidèles de Napoléon ce qui lui permet de poursuivre une carrière brillante, bien que pas assez rapide et prestigieuse aux yeux de l’intéressé : général de brigade en 1798, général de division en 1800, général en chef de l’armée de Hollande en 1804, gouverneur général de l’Illyrie, duc de Raguse en 1809, maréchal d’empire.

S’il montre un vrai courage physique face au feu, s’il a un charisme certain auprès de ses troupes, il est loin d’être le meilleur stratège de la grande armée, rien à voir avec un [**Duroc*], [**Lannes*] voire [**Murat*]. Soit il remporta quelques batailles, mais son « errance » à Wagram, la défaite des Alpilles face à [**Wellington*] alors qu’il commande l’armée du Portugal, ses retards lors de la Campagne de France n’en font pas le meilleur des soldats.|center>

En [**1814*], c’est lui avec [**Mortier*] qui signe la reddition de Paris auprès des coalisés. Un moindre mal, car c’était la seule solution pour que la capitale ne soit pas pillée. Mais, il y a la défection d’Essonnes. Même si Paris est occupé, la guerre continue, mais lui prend attache directement avec [**Schwarzenberg*] sans se soucier des ordres de[** Napoléon*] et des négociations menées par [**Caulincourt*]. Tout son corps d’armée est livré à l’ennemi, ce qui accule à la première abdication (de fait, les autres maréchaux ne voulaient sûrement pas continuer la guerre, et Marmont fut un parfait bouc émissaire). Il se rallie à [**Louis XVIII*] (bien que renâclant à prendre la cocarde blanche à la place de la tricolore) qui le « préserve ». Mais de fait, s’il est toujours membre de la Chambre des pairs, il est marginalisé par le régime.

En 1830, quand[** Polignac*] et [**Charles X*] veulent imposer leurs ordonnances liberticides, il est nommé à la tête des troupes de Paris pour « mater » la révolution. Ses hésitations, ses atermoiements, même s’il a tout fait pour servir de médiateur, ont contribué quelque peu à la chute du régime. Il part avec le roi en Angleterre, puis en Autriche et à Venise. Il voudrait bien revenir en France, mais le [**maréchal Soult*], son ennemi intime, fait tout pour l’en empêcher. De fait il restera plus de 20 ans hors de France, ce n’est que son corps qui y reviendra pour être inhumé à Châtillon sur Seine.

Marmot s’est marié avec la belle [**Hortense de Perrégaux*]. Il voulait une petite femme gentille qui l’attendait au foyer, elle ne rêvait que de fêtes, de relations mondaines. Le couple ne s’entendait pas du tout, se voyait peu, mais Marmont ne voulait surtout pas divorcé, car son épouse était la fille unique d'[**Alphonse Perrégaux*], un des principaux banquiers parisiens, premier gouverneur de la Banque de France. Napoléon pour financer ses campagnes avait besoin de Perrégaux, aussi pour ne pas le froisser, se montra-t-il très indulgent vis-à-vis du gendre.

Marmont, s’il ne fut pas un stratège de génie, fit montre de vrais talents d’organisateur : aussi bien au sein de l’armée (il a essayé tant faire ce peu d’améliorer les conditions de vie des soldats), mais surtout en Dalmatie et en Illyrie où il fit construire des routes, des hôpitaux et a favorisé l’éducation des enfants. Marmont plus un gestionnaire qu’un soldat.

Enfin, un gestionnaire pour les affaires publiques, car au niveau privé, ce fut un désastre. Le maréchal aimait le luxe et le paraître (un « bling-bling » du XIXè siècle), il avait un train de vie très supérieur à ses revenus, alors l’Empereur, le Roi, la banque, couvraient ses dépenses somptueuses. Il vouluT se lancer dans l’industrie métallurgique, dans l’élevage des moutons mérinos et finit par faire faillite. C’est un homme dans le dénouement qui meurt à Venise.

Un aspect moins connu de Marmont est son talent d’écrivain. Ses récits de voyages furent de grands sucés d’édition, son esprit des institutions militaires a été étudié et admiré par plusieurs générations de militaires, dont le [**général de Gaulle*], mais surtout il y a ses mémoires. Comme [**Chateaubriand*], il a voulu que celles-ci soient publiées à titre posthume, et pour cause. Car, non seulement il se justifie mais en plus il accuse durement l’entourage de Napoléon, allant jusqu’à accuser [**Eugène de Beauharnais*] de trahison ce qui aboutira à un des procès les plus retentissant du XIX siècle.

[**Franck Favier*] nous décrit sans détours un homme vaniteux, orgueilleux, envieux, jaloux de tout et de tous: il ne comprend pas pourquoi il ne fait pas partie de la première liste des maréchaux. Il déteste (et c’est réciproque) les autres maréchaux, les fonctionnaires civils, ne comprend pas que Napoléon n’en fasse pas son interlocuteur privilégié. Mais aussi un homme plein de compassion, faisant montre d’empathie, proche de ses hommes. Un véritable administrateur, un travailleur infatigable, parfois même un visionnaire quand il améliore les trains d’artillerie où quand il investit dans de nouveaux processus industriels. Un homme paradoxal comme tout homme, un homme dont les honneurs, la gloire ont quelque peu « fait tourner la tête ».

Celui qui a sûrement le mieux analyser la personnalité et la vie du duc de Raguse est Napoléon quand il dit de lui à Sainte-Hélène : « La vanité a perdu Marmont, la postérité flétrira justement sa vie ; pourtant son cœur vaudra mieux que sa mémoire. »

[** Félix Delmas*]|right>


[**Marmont*]
Le maudit
[**Franck Favier*]
éditions Perrin. 23€


[(


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WUKALI Article mis en ligne le 03/07/2018)]

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