A Florentine over gifted artist


[**Andrea del Verrocchio*] (Florence 1435?-1488 Venise) était un artiste aux multiples facettes : à la fois sculpteur, peintre et orfèvre. Il fut souvent sollicité par [**Laurent le Magnifique*], dont il reçut des commandes considérables. Il dirigeait le plus fameux atelier artistique de la ville : [**Léonard de Vinci, Perugin, Lorenzo di Credi*] y passèrent de nombreuses années, [**Ghirlandaio*] et [**Botticelli*] y furent apprentis à leurs débuts.

D’après « l’anonyme Gaddiano  », manuscrit toujours très bien informé, il aurait été l’élève de [**Donatello*]. En 1469 il est membre de la guilde des sculpteurs, en 1472 de celle des peintres. Sculpteur officiel des [**Médicis*], il crée pour eux le tombeau (bronze et porphyre) de [**Pierre et Jean de Médicis*] en 1472, ainsi que son David de bronze( en référence à celui de [**Donatello*]). Ses œuvres picturales seront célèbres, à l’instar du « Baptême du Christ* » auquel participera[** Léonard de [**Vinci*]*] ( l’ange au visage tournant et le paysage au-dessus de lui).

En 1483, il part pour Venise afin de réaliser une commande exceptionnelle : le monument équestre dédié au condottiere Bartolomeo Colleone**, qui sera la deuxième statue équestre créée depuis l’Antiquité. La première ayant été celle du Gattamelata de Donatello à Padoue.

C’est en 1468 que Verrocchio reçoit la commande de « L’incrédulité de Saint Thomas » pour Or San Michele à Florence. L’œuvre occupera la niche, création de Donatello dans laquelle se trouvait son « Saint Louis de Toulouse ». Il s’agit d’un groupe, de deux personnages en bronze, de 230 cm de hauteur. L’étroitesse de l’espace, prévu pour une unique statue au départ, l’obligera à inventer une position nouvelle pour la scène : seul le Christ est dans la niche, Saint Thomas se tient sur le rebord extérieur, un peu en-dessous du sauveur vers lequel il se tourne. Le génie de l’artiste explose dans sa démonstration tridimensionnelle : le bronze n’a pas de dos car il est fait pour être vu de face. La fonte utilise donc beaucoup moins de métal, donc elle est moins onéreuse, et la réalisation est beaucoup plus facilement adaptable au cadre considéré. D’autre part, le fait que Saint-Thomas, légèrement en mouvement, oriente le regard du spectateur vers son soleil galactique (le Christ) implique une notion de durée, de temps écoulé, de figuration narrative, tout en introduisant un moment cinétique permettant la prise de possession visuelle de l’œuvre.

La conséquence en est le dialogue silencieux, oxymore osé mais vérité évidente, qui se créé entre les deux personnages : pour se convaincre de la résurrection du Christ l’apôtre Thomas, très agité, touche les plaies de son seigneur. Il représente donc le pôle terrestre, mortel et humain de ce duo. A contrario du corps du Christ d’où rayonne une puissance immortelle et illimitée qui transcende l’espace environnant. Le visage du sauveur, allongé et amaigri, est d’un calme olympien. Son bras droit levé béni son disciple, paraissant lui proposer la vie éternelle. Une conversation sacrée unit le divin et le profane par les jeux complexes des mains : la gauche du Christ et la droite de Thomas. Les visages des deux interlocuteurs sont jeunes, celui de Thomas légèrement plus rond. Les plis du vêtement de Jésus sont profonds, fouillés et larges tandis que ceux de la robe de Thomas sont courts, légers et peu marqués. Les chevelures bien équilibrées sont des morceaux de bravoure de ciselure.

Ce chef d’œuvre est caractéristique de l’évolution de la sculpture après[** Donatello*] : deux personnages dont les corps dialoguent dans une harmonie visuelle parfaite et dont la permanences des valeurs spirituelles proposées n’est accessible qu’au meilleur de l’humanité.

[** Verrocchio*], on s’en rend immédiatement compte, est doté d’un tempérament classique, un peu sophistiqué, et possède une parfaite connaissance technique du style et de la nature de la sculpture classique issue de Donatello et de l’Antiquité gréco-romaine.

On n’insistera jamais assez, au regard de cette sculpture, sur son aspect « extraordinaire », au sens étymologique du terme : une spiritualité d’un incroyable naturel en émane, le merveilleux rejoignant l’éternité. Il faut être face à elle pour comprendre ce qui la différencie des autres : les mots manquent, où plutôt ils sont insuffisants pour exprimer la puissance irradiée. Seul le silence admiratif est de mise car nous percevons qu’elle appartient à un monde qui n’est pas le nôtre et qui nous dépasse : celui de l’archétype de la beauté physique comme celui de la permanence de l’intemporel.

[**Jacques Tcharny*]


*Voir catalogue des œuvres de Léonard de Vinci sur Wukali
**Voir histoire de la statue équestre sur Wukali


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WUKALI Article mis en ligne le 15/08/2018)]

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