The weak French King, John « Lackland »


Parmi les rois ayant « mauvaise presse  », [**Jean sans Terre*] occupe une des premières places. Ses contemporains qui ont écrit sur lui étaient très critiques, et les biographies qui lui sont consacrées sont le plus souvent empruntes de jugements moraux et ne brillent pas par leur « objectivité », mais peut-on être objectif dans ce domaine qu’est l’histoire ?

La biographie que consacre [**Frédérique Lachaud*] au dernier fils d’[**Henri II*] et d’[**Aliénor d’Aquitaine*] nous montre une personnalité, moins caricaturale que celle qui est véhiculée dans nos livres d’histoire, un roi qui fut, par la force des choses, obligé de combattre, de se justifier alors qu’il aurait sûrement voulu vivre en paix. On oublie rapidement son œuvre réformatrice tant au niveau du droit, de la fiscalité, mais aussi de la marine. On oublie qu’il su s’entourer de serviteurs de talent qui ont su accompagné les transformations de la société féodale. Le principal « tort » de ces conseillers : à de très rares exceptions près, ils ne faisaient pas partie de la « caste » dominante des grands barons du royaume. Reproches que l’on va retrouver en France, un siècle après contre l’entourage des clercs autour de [**Philippe le Bel*].

On connaît bien les reproches, la légende noire qui entoure le[** roi Jean*]. Traître à son frère [**Richard*] alors qu’il était prisonnier en Autriche, une légitimité douteuse quant à son accession au trône, accession due au meurtre qu’il aurait commandité de son neveu et rival [**Arthur.*] Un roi faible qui n’a pas su conserver le domaine des [**Plantagenet*] sur le continent dont le berceau de la dynastie : la Normandie. Une diplomatie maladroite, voire brouillonne qui revint très cher au Trésor royal pour finir dans le désastre de [**Bouvines*]. Un être entêté, voire têtu, qui eut pour conséquence, en outre l’interdit jeté sur le royaume par le Pape. Un personnage, toujours à court d’argent et multipliant les expédients pour en trouver. Tout cela finit par la révolte d’une partie des barons, révolte qui trouve sa conclusion dans la Charte de Runnymede. Mais Jean s’empresse de se faire relever de son serment par le pape ce qui déclenche une guerre civile et l’arrivée de [**Louis,*] le fils de [**Philippe Auguste*] à la tête d’une armée accueillie en héros à Londres. Et puis le brusque décès, inattendu de Jean et les rumeurs portants sur un potentiel empoisonnement.

Tout cela est à la charge de Jean, mais tout cela doit être modulé.
Contrairement à la légende noire, Jean sans terre ne fut pas un mauvais stratège militaire. Jeune, il a fait montre de vraies capacités militaires au service de son frère Richard. La chevauchée de Mirabeau montre aussi une véritable capacité de stratège. On lui a reproché sa couardise, ses hésitations, ses dérobades. Mais, Jean cherchait sûrement plus la paix que la guerre, qui plus est à son époque, il était parfaitement admis que l’on puisse se dérober si le rapport de force semblait défavorable. En plus, les risques d’être fait prisonnier étaient grands car, qui disait prisonnier impliquait une rançon. Or les finances du royaume d’Angleterre était en crise, la politique d’[**Henri II,*] celle de [**Richard*], la rançon de ce dernier, les conflits sur le continent mais aussi en Irlande et au nord avec l’Écosse ayant entraîné une pression fiscale très importante.

Le but de Jean était de préserver son héritage sur le continent. Soit, il fut parfois maladroit, ne prit pas toujours les bonnes décisions, surestima ses capacités (en outre il était persuadé que Château Gaillard était imprenable alors qu’il se rendit en moins de quinze jours). Mais il fut aussi victime de grands seigneurs qui le trahirent, et les barons anglais ne l’ont guère aidé dans sa lutte contre l’expansionnisme de [**Philippe Auguste*].
Mais, même si c’est avant tout un traité de paix, la Charte de Runnymede a connu une postérité prestigieuse. Légèrement remaniée, elle est devenue la Grande Charte ( Magna Carta), base depuis bientôt 8 siècles du droit anglo-saxon, ce qui est loin d’être négligeable.

Loin de Walter Scott, [**Frédérique Lachaud*] resitue [**Jean sans Terre*] dans son contexte politique et social. Elle ne cherche pas à le réhabiliter mais à trouver des éléments pouvant expliquer sa politique, tout en essayant de montrer la complexité de sa personnalité.

[**Félix Delmas*]


[**Jean sans Terre
Frédérique Lachaud*]
éditions Perrin. 24€90

[(

– Cet article vous a intéressé, vous souhaitez le partager ou en discuter avec vos amis, utilisez les icônes Facebook (J’aime) ,Tweeter, + Partager, positionnées soit sur le bord gauche de l’article soit en contrebas de la page.

– Retrouvez toutes les critiques de LIVRES parues dans WUKALI

– Peut-être même souhaiteriez pouvoir publier des articles dans Wukali, nous proposer des sujets, participer à notre équipe rédactionnelle, n’hésitez pas à nous contacter ! (even if you don’t write French but only English, we don’t mind !)

Retrouvez tous les articles parus dans toutes les rubriques de Wukali en consultant les archives selon les catégories et dans les menus déroulants situés en haut de page ou en utilisant la fenêtre «Recherche» en y indiquant un mot-clé.

Contact : redaction@wukali.com

WUKALI Article mis en ligne le 11/10/2018)]

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus