Georges Braque along with Picasso, master of modern painting of the twentieth century


[**Georges Braque*] (1882-1963) est un peintre français de caractère. Dans un premier temps il suit la leçon de [**Matisse*] en participant au fauvisme. Mais dès l’été 1906, avec les paysages de l’Estaque, les maisons représentées sont des cubes : Braque pousse, aux limites de ses idées, la manière de [**Cézanne*]. Il rencontre Picasso l’année suivante. La vision des « Demoiselles d’Avignon », encore en chantier, le bouleverse et les deux hommes vont inventer et développer le cubisme entre 1907 et 1914 : ils se voient tous les jours, finissant par faire « atelier commun ». Leur rupture se produira à la déclaration de guerre : Braque, mobilisé, rejoindra l’armée alors que Picasso refusera de s’engager.

Trépané puis réformé, Braque revint à une peinture plus traditionnelle : des natures mortes aux plans reconstruits, puis le paysage et la figure humaine, traités plutôt classiquement, dans les années trente.

Plus tard et contrairement à beaucoup d’autres artistes, il refusera « l’amitié allemande » et ne se commettra jamais avec l’Occupant. A la Libération il se tiendra à l’écart des comités d’épuration et n’adhérera pas au parti communiste, malgré les sollicitations.
Sa fresque « Les oiseaux  »(1953), au plafond de la salle Henri II du Louvre sera son dernier grand travail, une sorte d’apothéose artistique. Il mourra en 1963.

Aux antipodes de Picasso, il avait peu de goût pour le « show business » de son temps. L’homme se méfiait du monde et préférait son atelier aux salons de la haute société. Par tempérament très réservé et très modéré, Braque adorait la musique et la poésie. Son amitié avec [**Erik Satie*] était de notoriété publique.

Nous allons essayer d’analyser « Le duo », œuvre qui fut dénommée d’abord « la musique  » puis « Femmes au piano ». C’est une huile sur toile de dimensions : 131×162,5cm, elle est signée et datée de 1937, en bas à gauche. Elle est conservée au musée national d’art moderne de Paris ( Centre Pompidou).

On voit trois personnages : deux femmes assises qui se font face et un grand piano brun qui semble, tout à la fois, les unir et les séparer. C’est sur ce dernier que Braque a centré le tableau. Les chaises, sur lesquelles reposent les figures, renforcent, par leur nature stable, l’équilibre de la composition. On aperçoit les moulures du plafond, en vert d’eau, ainsi qu’un bout de celui-ci en vert clair. Sur le mur, juste derrière le visage de la pianiste, un tableau cubiste la couronne, élargissant l’espace dans lequel se trouve la figure et l’espace mental du spectateur. Au sol un damier d’ardoises, en vert clair et vert d’eau, apparaît.

La femme de droite joue : on voit ses doigts effilés effleurer les touches en suivant la partition, sur papier blanc, accrochée au bel instrument. Celle de gauche tient une partition colorée où l’on décrypte, difficilement, le nom de [**Debussy*] en majuscules. Les motifs décoratifs des tapisseries murales, des formes géométriques abstraites et des fleurs, ressemblent à des papiers gaufrés. Sous l’éclairage, ardu à définir car on ne distingue pas sa source, le spectre coloré s’étend du jaune paille au vert sombre.

L’analyse de la conception spatiale et la géométrie utilisée montre qu’elles sont de nature cubiste mais avec quelque chose de plus doux, de plus personnel, de plus angoissé si l’on en juge par le fait que tout l’espace est couvert de peinture : les formes et les teintes ne laissent aucun vide, tandis que les deux femmes assises interrogent l’esprit : complémentaires puisque l’une joue(la muse?) et l’autre tient une partition de [**Debussy*] que [**Braque*] vénérait, mais aussi différentes dans leur allure et leur positionnement. Leurs profils en ombres chinoises et l’allongement des cous montrent une influence certaine de l’art étrusque et, encore plus, que Braque connaissait bien l’œuvre de [**Giacometti*].

Désorienté, au premier abord, par cette traduction physique d’une création intellectuelle hors-normes, le spectateur voit son œil se fixer sur « les trois personnages de ce duo » dont les relations spatiales complexes se conjuguent et s’opposent en même temps, les jeux des ombres et des lumières constituant une bonne part de ces contrastes.

La femme à la partition s’inscrit dans son espace environnant par des couleurs pures, posées en aplat de noir et de rose principalement, mais existent aussi des blancs formant la base d’un cadre et des ocres doublant, partiellement, les aplats fondamentaux. Elle est beaucoup plus large, ample et volumineuse que la pianiste, laquelle est élaborée à partir des mêmes couleurs : noir, brun et vert-gris, mais elles sont nettement moins appuyées.

Au final, cette toile illustre parfaitement la richesse du monde intérieur de Braque, puisqu’elle en possède tous les ingrédients : conceptualisme intellectuel, cubisme ambiant, valeurs colorées, attraits de la musique et angoisse d’une époque où l’on sentait venir la catastrophe. Elle démontre à quel point Braque possédait un sens artistique, inné et très développé, tout en anticipant l’avenir.

Souvent les artistes de génie, tel Braque, créent des œuvres où se devinent angoisse, peur de l’avenir, inquiétudes existentielles confuses. Ils sentent arriver les désastres. Malheureusement, leur prescience reste purement individuelle et n’intéresse personne. Jouer les Cassandre est de mauvais aloi…

[**Jacques Tcharny*]

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WUKALI Article mis en ligne le 29/01/2019)]

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